Il y avait des lits. Des réserves d’eau. Des couloirs assez larges pour qu’un véhicule tout-terrain y circule. Et des puits de tir pointés en direction d’Israël. Ce que les forces de Tsahal ont découvert sous les collines de Kantra, dans le sud du Liban, n’est pas une simple infrastructure souterraine de transit : c’est une ville de guerre enterrée à plusieurs dizaines de mètres sous terre, construite sur une décennie entière, financée par Téhéran, conçue pour servir de rampe de lancement à une invasion du Galil.
Mardi soir, Tsahal a annoncé la conclusion d’une vaste opération menée dans la région de Kantra, à environ dix kilomètres de la frontière israélienne. Les forces de la 7e brigade blindée et de l’unité d’élite Yahalom, sous commandement de la 36e division, ont localisé puis détruit deux tunnels souterrains d’une longueur cumulée d’environ deux kilomètres. L’opération a été conduite dans le cadre de l’opération « Flèches du Nord », engagée depuis la reprise des combats dans le secteur.
Une infrastructure à l’échelle iranienne
Ce qui distingue ces tunnels de tout ce que Tsahal avait découvert jusqu’alors au Liban, c’est leur gabarit. L’un d’eux est décrit comme le plus long jamais mis au jour dans le sud du Liban. Le second se distingue par une largeur hors norme. Les deux ont été creusés dans la roche, à des profondeurs atteignant vingt-cinq mètres et davantage, selon les sections. Un officier supérieur impliqué dans l’opération a résumé la découverte en termes sans ambiguïté : « C’est la plus grande infrastructure que les Iraniens aient jamais réussi à construire dans le sud du Liban, à proximité d’Israël. »
L’empreinte iranienne est manifeste à chaque niveau du complexe. Des brochures rédigées en persan ont été retrouvées sur place, détaillant les « points de vulnérabilité » des forces israéliennes dans le secteur et les modalités d’emploi des armements. Des portraits de dirigeants iraniens ornaient les murs intérieurs. Les services de renseignement israéliens ont formellement identifié des techniques de construction, des matériaux et des procédés caractéristiques des installations iraniennes, ainsi que des indices concordants avec une implication directe des Gardiens de la Révolution dans la planification et la supervision des travaux.
À l’intérieur des tunnels, les soldats ont trouvé une véritable logistique de guerre souterraine : une dizaine de chambres équipées de lits, des réservoirs d’eau, du matériel de survie permettant à 600 à 700 combattants de s’y installer pour une durée prolongée, des dizaines de puits opérationnels menant à des positions extérieures avec des lance-missiles pointés vers le territoire israélien — notamment en direction du kibboutz Misgav Am — ainsi qu’un arsenal comprenant des missiles antichars, des fusils de précision, des mitrailleuses, des Kalachnikovs et des engins explosifs. L’un des tunnels portait le nom de code « Arad », l’autre « Akko » — noms de villes israéliennes.
Un plan pour envahir le Galil
Le complexe de Kantra n’est pas un bunker défensif. Sa conception, sa configuration et sa position géographique racontent autre chose. Les tunnels permettaient un accès discret depuis la zone du Wadi Saluki, une installation prolongée sous terre hors de portée de toute frappe aérienne, et une sortie coordonnée via les puits vers le territoire israélien. L’objectif, selon les évaluations militaires israéliennes, était d’y concentrer des centaines de combattants de la force d’élite Radwan du Hezbollah avant de lancer une offensive terrestre en profondeur vers le nord d’Israël — dans le cadre du plan dit de « conquête du Galil » que le Hezbollah élaborait depuis des années.
Un officier supérieur de Tsahal a confié que le complexe était à ce point compartimenté que la grande majorité des combattants du Hezbollah eux-mêmes ignoraient son existence. L’accès au site était soigneusement dissimulé, et le chemin pour y parvenir, intentionnellement complexe. « Ce tronçon a été repéré il y a environ un mois grâce à un renseignement précis », a indiqué le commandant de l’unité Yahalom, précisant que la phase de destruction avait nécessité plusieurs semaines de cartographie et de préparation.
Pour neutraliser définitivement ces deux tunnels, Tsahal a utilisé plus de 450 tonnes d’explosifs — ce que certains officiers ont qualifié de « plus grande explosion de la guerre ». L’onde de choc a été ressentie dans de nombreux villages de Galilée.
Une menace systématique mise en lumière
La destruction du complexe de Kantra s’inscrit dans une séquence plus large. Depuis la reprise des opérations dans le secteur nord, Tsahal affirme avoir neutralisé près d’un millier d’infrastructures terroristes du Hezbollah, dont des entrepôts d’armes, des bâtiments piégés et des réseaux souterrains dans les zones de Rabt Talatin et Mays al-Jabal. Deux autres complexes similaires — dénommés « villes refuges » dans le langage militaire israélien — avaient déjà été localisés et détruits dans les semaines précédentes, mais celui de Kantra est décrit comme le plus élaboré et le plus stratégiquement significatif de tous.
Parallèlement, la 226e brigade, sous commandement de la 146e division, poursuit ses opérations au sud de la ligne de défense avancée. Au cours des dernières 24 heures, les forces ont frappé un dépôt d’armements, des positions antichars et des installations militaires dans la zone. Un nouveau puits souterrain, des engins explosifs et du matériel militaire ont également été mis au jour et détruits par les unités du génie.
Ce que révèle Kantra dépasse le seul cadre tactique. Il confirme que le Hezbollah a consacré une décennie entière — et des centaines de millions de dollars iraniens — à préparer une offensive terrestre majeure contre Israël, dans un secret presque total, à quelques kilomètres seulement de la frontière. La question qui reste posée n’est plus de savoir s’il existait d’autres infrastructures similaires, mais combien en restent à découvrir.
Pour aller plus loin sur infos-israel.news : — Israël demande aux États-Unis de faire pression sur le Liban concernant les tunnels — Médias arabes : « Israël a utilisé la magie d’un rabbin des forces spéciales pour trouver les tunnels du Hezbollah »






