Il était venu attaquer. Il est reparti sous les huées. Ce dimanche, lors d’une conférence organisée par l’Institut de politique du peuple juif (JPPI), l’ancien Premier ministre Naftali Bennett a tenté de charger le gouvernement de Benjamin Netanyahu pour le désastre du 7 octobre. Mais la salle avait ses propres comptes à régler — et elle les lui a présentés sans ménagement.
Selon le journaliste Michael Shemesh qui couvrait l’événement, Bennett, qui avait choisi cette tribune pour adresser une critique sévère à l’actuel Premier ministre concernant la responsabilité dans la pire catastrophe sécuritaire de l’histoire de l’État, a été coupé dans son élan par des interpellations de plusieurs membres du public. Des voix ont fusé depuis l’auditoire : « C’est vous qui avez permis ça. Vous n’avez pas agi contre le Hamas. » L’accusation visait directement la période du gouvernement du Changement, que Bennett a présidé jusqu’à l’été 2022, et la politique menée à l’égard du Hamas durant ces mois-là.
« Pas sous mon quart »
Bennett n’a pas encaissé sans répondre. Au milieu du tumulte et des cris qui se sont développés dans la salle, il a choisi de riposter directement, en martelant ce qu’il présentait comme la ligne de démarcation essentielle entre son mandat et celui qui a suivi.
« Mes amis, sous mon quart, 1 200 Juifs n’ont pas été assassinés dans leur patrie et massacrés. Pas sous mon quart », a-t-il lancé à l’adresse du public, avant de répéter sa formule une seconde fois, comme pour s’assurer que le message était bien entendu : « Sous mon quart, 1 200 civils n’ont pas été assassinés. »
La phrase — concise, tranchante, construite sur la répétition — était clairement préparée. C’est le type de réplique qu’on forge lorsqu’on anticipe la contre-attaque. Bennett sait que la question de sa propre part de responsabilité dans ce qui a conduit au 7 octobre lui est régulièrement adressée depuis des mois. Sa stratégie de défense repose sur cette ligne rouge : quoi qu’on puisse lui reprocher sur la gestion du dossier Hamas, l’attentat lui-même n’a pas eu lieu pendant son mandat.
Une scène révélatrice d’une société qui cherche des coupables
L’épisode — un ancien Premier ministre qui attaque le Premier ministre en exercice et se retrouve lui-même mis en cause par le public — illustre à la fois la profondeur du traumatisme collectif du 7 octobre et la violence des batailles politiques qui se jouent autour de la question des responsabilités. Dans une société qui n’a pas fini de digérer le choc, chaque prise de parole publique sur ce sujet devient potentiellement un champ de mines.
Bennett n’est pas le premier, et ne sera pas le dernier, à tenter de retourner l’accusation. La séquence qui s’est jouée ce dimanche dans la salle du JPPI est en quelque sorte un microcosme de ce qui se joue à l’échelle nationale : la recherche d’un responsable désigné, dans un contexte où la chaîne de décisions et de manquements implique des acteurs qui se sont succédé au pouvoir.
Malgré l’atmosphère tendue et l’affrontement verbal qui a marqué la réunion, Bennett a tenu à conclure son intervention sur une note tournée vers l’avenir. « Quand, avec l’aide de Dieu, nous réussirons cette mission, personne ne pourra nous vaincre », a-t-il conclu — une formule qui tient autant du message politique que du cri de ralliement national.
Pour aller plus loin sur le retour politique de Naftali Bennett, lire aussi :
- Naftali Bennett brise le silence : « Le peuple veut autre chose. Netanyahu doit rentrer chez lui »
- Élections israéliennes 2026 : le come-back surprise qui pourrait renverser Netanyahou






