Dans la guerre, les mots aussi sont des armes. Ce dimanche, le mécanisme de sécurité intérieure du Hamas a lancé une alerte : des tracts auraient été dispersés par Tsahal dans l’ouest de la ville de Gaza, contenant selon l’organisation ce qu’il a qualifié de « messages d’incitation contre les factions de la résistance » et appelant explicitement les civils à prendre contact avec les services israéliens et à coopérer avec eux.
Les photographies de ces tracts, circulant sur les réseaux arabes, montrent un message direct adressé à la population. En en-tête figure la mention « Shin Bet » — le service de sécurité intérieure d’Israël — et la formule « Shalom Shin Bet ». Le texte qui suit est sans ambages : « Habitants de Gaza, il y a encore de l’espoir. Vos intérêts sont avec nous. Le terrorisme est la cause de la destruction et de la guerre qui vous ont privés de tous les éléments d’une vie normale. Mais vous devez savoir où se trouvent vos véritables intérêts et faire valoir vos droits. »
Un appel au choix, une menace en retour
Le tract ne s’arrête pas là. Il interpelle chaque Gazaoui individuellement : « Votre avenir et celui de vos enfants sont entre vos mains. La décision est devant vous. Voulez-vous changer votre vie en mieux ? Ou vous soumettre aux terroristes ? Contactez-nous — la coopération est le secret du succès. » Le document comprend également un numéro de téléphone et des adresses sur les réseaux sociaux pour permettre aux habitants d’entrer en contact avec les auteurs du message.
La réponse du Hamas n’a pas tardé. Le mécanisme de sécurité intérieure de l’organisation a immédiatement mis en garde la population, affirmant qu’il n’y aurait « aucune tolérance pour les collaborateurs » et que l’organisation continuerait à traquer et à poursuivre tout individu qui prêterait assistance à Israël dans la réalisation de ses objectifs. Une menace claire, dans la droite ligne de la politique que l’organisation mène depuis des mois sur ce terrain.
Car cette affaire ne surgit pas du néant. Depuis quelque temps, le Hamas conduit une campagne médiatique et sécuritaire acharnée contre ce qu’il désigne comme des « collaborateurs avec Israël ». Un contexte directement lié à la série d’éliminations qui a décimé les rangs de la direction de l’organisation — des opérations ciblées rendues possibles, selon toute vraisemblance, par des renseignements humains récoltés à l’intérieur même du territoire.
La guerre des esprits, front invisible du conflit
Ce type de tract représente une dimension rarement médiatisée de la guerre à Gaza : la bataille psychologique pour gagner — ou au moins fracturer — l’opinion de la population civile. En s’adressant directement aux habitants et en pointant le Hamas comme responsable de leur misère, Israël cherche à creuser un coin entre l’organisation et ceux qu’elle prétend représenter. Le message est formulé non pas comme une injonction militaire, mais comme un appel à l’intérêt personnel — « vos intérêts sont avec nous », « votre avenir est entre vos mains. »
Le choix de larguer ces tracts dans l’ouest de la ville de Gaza, secteur où la présence civile est particulièrement dense, n’est pas anodin. C’est là que se concentre une partie significative de la population déplacée depuis le début des opérations, une population épuisée, déracinée, et que les deux camps cherchent à influencer.
Du côté du Hamas, la virulence de la réaction traduit une nervosité certaine. Une organisation parfaitement sûre de l’adhésion de sa population n’aurait pas besoin de brandir aussi rapidement des menaces de mort pour décourager quiconque serait tenté de répondre à l’appel. La campagne contre les « collaborateurs », menée en parallèle de la course aux délateurs internes, révèle les failles d’un régime qui sent que le sol se dérobe sous ses pieds, au fur et à mesure que les éliminations de commandants s’enchaînent et que la durée du conflit érode les solidarités.
La question de l’authenticité des tracts — sont-ils réellement l’œuvre de Tsahal ou une fabrication du Hamas destinée à tester la loyauté de ses administrés et à justifier ses purges internes ? — reste, elle, ouverte. Le titre même de l’article d’Israel Hayom qui rapporte l’affaire la pose sans la trancher : « Opération d’Israël ou propagande du Hamas ? » Dans un conflit où l’information est elle-même une arme, la réponse a peut-être moins d’importance que l’effet produit — et la peur qu’il installe des deux côtés.
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