Dans la politique israélienne, les menaces de scission sont monnaie courante — elles font partie du folklore des négociations internes, brandies comme des épouvantails puis rangées dans un tiroir dès que les accords sont trouvés. Mais ce jeudi matin, une déclaration a franchi un seuil inhabituel : non pas lancée par un adversaire ou un dissident, mais par un membre du centre du Likoud, en soutien explicite à Benyamin Netanyahu.
Yaakov Matzlaui, membre du centre du parti, s’est exprimé dans l’émission d’Anat Davidov et Nissim Mishal sur la radio 103FM pour prendre la défense de la nomination de l’avocat Michael Ravilo au poste de Contrôleur de l’État — un choix contesté qui alimente depuis plusieurs jours une nouvelle crise institutionnelle en Israël. Mais c’est sur la question des investitures aux prochaines élections que ses propos ont pris une tournure explosive.
La querelle des sièges garantis
Au cœur de la tourmente interne du Likoud : la bataille pour les places réservées sur la liste électorale du parti avant les prochaines législatives. Netanyahu cherche à obtenir des « blindages » — des sièges attribués directement par la direction à ses fidèles, sans passer par les primaires ouvertes aux adhérents. Un outil de contrôle qui lui permettrait de façonner une liste à son image, en contournant les courants internes et les figures qui lui résistent.
Or, les structures du parti ne sont pas unanimement disposées à lui accorder une telle latitude. Certains membres du centre du Likoud résistent, considérant que les primaires constituent le mécanisme démocratique fondateur du parti, et que les blindages massifs pervertiraient le processus.
C’est dans ce contexte que Matzlaui a mis les cartes sur la table. Sa formulation est sans ambiguïté : « Si on ne lui accorde pas ses blindages, Netanyahu doit quitter le Likoud et créer une nouvelle liste. » Une déclaration qui, dans la bouche d’un partisan du Premier ministre, sonne moins comme une menace que comme un avertissement adressé aux récalcitrants internes : pliez-vous aux exigences du chef, ou il emmènera le Likoud avec lui — ou plutôt, sans vous.
Le spectre de Sharon
L’ombre d’Ariel Sharon plane sur ce débat. En 2005, le Premier ministre d’alors avait quitté le Likoud pour fonder Kadima, emportant une large frange des élus et des électeurs du parti. Le Likoud ne s’en est jamais vraiment remis dans sa forme d’origine. Netanyahu, dont le capital électoral personnel dépasse largement celui du parti qu’il dirige, possède théoriquement la capacité d’un mouvement similaire.
La différence avec 2005 est que Sharon avait quitté son parti sur une divergence idéologique majeure — le désengagement de Gaza. Netanyahu, lui, ne parle pas de doctrine mais de contrôle de liste. Ce qui transforme la menace en quelque chose de plus cynique et peut-être de plus crédible : il ne s’agit pas de conviction, mais de survie politique dans une campagne électorale qui s’annonce serrée.
La nomination de Ravilo comme détonateur
Le contexte immédiat de cette déclaration est la polémique autour de la nomination de Michael Ravilo au poste de Contrôleur de l’État — une institution indépendante dont le titulaire est censé exercer son mandat à l’abri des pressions politiques. La coalition a soutenu cette nomination, que ses critiques interprètent comme une tentative d’installer à la tête d’un organe de contrôle une figure jugée proche du pouvoir.
Face aux attaques, Matzlaui a fait valoir que la Cour suprême avait elle-même bloqué plusieurs nominations gouvernementales ces dernières années, et s’est interrogé sur la légitimité d’une telle ingérence judiciaire dans les décisions de l’exécutif. « Il y a tellement de choses dans les tribunaux ces trois dernières années qui ne sont pas correctes », a-t-il dit, rejoignant la rhétorique habituelle de la coalition sur ce qu’elle présente comme un activisme judiciaire excessif.
Mais c’est la parenthèse sur les primaires et les blindages qui a retenu l’attention — preuve que la mécanique électorale interne du Likoud est désormais aussi explosive que les batailles institutionnelles avec les juges.
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