« Terrible » : la peine infligée à l’homme qui a frappé un père endeuillé par le massacre du 7 octobre

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Il y a des scènes qui restent gravées dans la mémoire collective d’une société. La nuit de mai 2024, sur le boulevard Kaplan à Tel Aviv, en est une. Dans la foule compacte qui manifestait pour le retour des otages, Gadi Kadem était là — père endeuillé, homme brisé, portant en lui la perte de sa fille, de son gendre et de leurs trois enfants, tous assassinés dans le kibbutz Nir Oz lors du massacre du 7 octobre. Ce soir-là, alors qu’il tentait simplement d’exprimer sa douleur dans l’espace public, il a été frappé par un activiste de droite. Hospitalisé à la suite de l’agression, il a vu son agresseur comparaître. Le verdict est tombé lundi : 160 heures de travaux d’intérêt général et 2 500 shekels de dédommagement.

Ce qui s’est passé ce soir-là

La scène se déroule lors de l’une des manifestations hebdomadaires qui secouaient Tel Aviv depuis le 7 octobre, sur fond de pression populaire croissante contre le gouvernement, accusé d’abandonner les otages entre les mains du Hamas. Gadi Kadem et son épouse Rauma étaient présents parmi les manifestants. Des militants de droite avaient également convergé vers les lieux, parmi eux Shimon Biton, Uri Harush et un troisième homme, Abraham Saad.

Selon les faits établis dans l’acte d’accusation, Abraham Saad s’est approché de Rauma Kadem et lui a craché des mots d’une violence glaçante — la traitant de traîtresse, de « gauchiste », ajoutant, dans une phrase que les juges ont retranscrite telle quelle dans le dossier, qu’il était « bien fait » que ses enfants aient été tués. Il l’a ensuite bousculée et lui a arraché le panneau qu’elle tenait. Gadi Kadem a tenté de repousser Saad pour protéger sa femme. Dans la confusion qui a suivi, les deux hommes sont tombés sur la chaussée. C’est à ce moment précis, alors que Kadem gisait au sol, que Shimon Biton l’a frappé à la tête avec un panneau en carton — et qu’Uri Harush lui a décoché un coup de pied dans le dos et les fesses.

Gadi Kadem a été évacué par le Magen David Adom et transféré à l’hôpital Ichilov, où il a reçu des soins pour des contusions et des lacérations.

Des peines qui divisent

Le parquet avait sollicité six mois d’emprisonnement à exécuter sous forme de travaux d’intérêt général, assortis d’une amende et d’une indemnisation, estimant que le rôle d’Harush dans l’agression était plus grave que celui de Biton — qui, lui, avait bénéficié d’un accord transactionnel : aucune condamnation pénale au casier, 80 heures de travaux d’intérêt général et 2 500 shekels de dédommagement.

La défense d’Harush a contesté cette lecture. Son avocate a soutenu que l’acte d’accusation ne mentionnait qu’un seul coup de pied, et que ni son client ni aucun des prévenus ne savait, au moment des faits, qui était Gadi Kadem. Elle a demandé au tribunal de suivre la recommandation du service de probation : travaux d’intérêt général, peine avec sursis et dédommagement, en invoquant également l’état de santé et la situation économique difficile d’Harush. Dans sa dernière déclaration, l’accusé lui-même a pris la parole : « Je regrette ce qui s’est passé. Je ne connaissais pas Gadi Kadem avant… Si j’avais su qu’il avait perdu sa famille, j’aurais empêché ça. » Il a ajouté que depuis l’incident, il suivait un processus de réhabilitation et avait cessé de participer à des manifestations.

La juge entre sévérité morale et clémence judiciaire

La juge Ben Itzhak a rendu une décision nuancée, mais dont la conclusion a heurté une partie de l’opinion publique. Elle a reconnu que les faits constituaient une agression violente dans l’espace public, portant atteinte à trois valeurs fondamentales : l’intégrité physique, la dignité humaine et la liberté d’expression. Elle a néanmoins précisé que rien n’indiquait une violence préméditée, et a rejeté la thèse du parquet selon laquelle Harush portait une responsabilité significativement plus lourde que Biton. « Les actes des deux prévenus sont très similaires », a-t-elle écrit.

Pour fixer la peine, la juge a pris en compte l’aveu d’Harush, l’écoulement du temps depuis les faits, la période de détention provisoire et d’assignation à résidence qu’il avait déjà subie, ainsi que l’appréciation positive du service de probation quant à l’évolution personnelle de l’accusé. Elle a finalement suivi la recommandation du service de probation : 160 heures de travaux d’intérêt général et 2 500 shekels versés à Gadi Kadem. En clôturant son jugement, elle a tenu à adresser quelques mots personnels aux victimes, déclarant qu’elle « s’associe à nouveau à leur deuil, à leur perte terrible et inconsolable ».

Ces mots de la juge ont été salués. La peine, elle, a suscité un malaise diffus — celui d’une société encore sous le choc du 7 octobre, confrontée à la difficulté de concilier procédure judiciaire et justice ressentie.


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