Il devait être l’un des visages de l’événement. Champion du monde des poids moyens à l’UFC, Américain, vainqueur retentissant du mois dernier contre Khamzat Chimaev lors de l’UFC 328 — Sean Strickland avait tout pour figurer en bonne place au « UFC Freedom 250 », le gala de MMA prévu le 14 juin sur la pelouse de la Maison Blanche à Washington. Un événement rarissime : 5 000 invités triés sur le volet, essentiellement des militaires et des représentants du gouvernement, une enceinte au cœur de la capitale américaine, une mise en scène à la gloire de Donald Trump et de sa politique étrangère.
Sauf que Strickland, surnommé « Tarzan » pour son style imprévisible tant hors de l’octogone que dedans, ne sera pas de la fête. Il l’a révélé lui-même sur les réseaux sociaux dans la nuit de mercredi à jeudi : il est le seul champion masculin américain à avoir été exclu de l’événement. Et il ne cache pas pourquoi.
« Trump est à la solde de Netanyahu »
La provocation à l’origine de son bannissement ? Quelques déclarations virulentes sur la relation entre Donald Trump et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu. Dans un commentaire posté sous une vidéo promotionnelle de l’UFC, Strickland a écrit que l’événement à la Maison Blanche n’était rien d’autre que du « Israel slop » — une soumission à Israël. Il a ensuite répondu à un fan qui lui demandait pourquoi il était exclu : « J’ai critiqué Israël et Epstein. Je suis le seul champion masculin américain à avoir été banni de la Maison Blanche pour avoir dit que Trump appartient à Netanyahu. Ce n’est pas une opinion, c’est un fait. »
Dans une vidéo publiée sur Instagram, il a amplifié la provocation avec un sarcasme grinçant, imitant les responsables de l’UFC lui annonçant qu’il n’était « pas assez israélien » pour participer à l’événement — baptisé avec ironie « UFC 250 Israel Edition ». Il a affirmé que la Maison Blanche n’avait pas accordé son accréditation, et a menacé de se présenter de toute façon devant les grilles de la résidence présidentielle, ceinture de champion à la main, pour protester publiquement.
Un retournement spectaculaire
Ce qui rend l’affaire particulièrement piquante, c’est le parcours récent de Strickland. Soutien affiché de Trump lors de la campagne de réélection de 2024, il faisait partie des sportifs américains proches de la droite populiste. Mais la guerre contre l’Iran, le coût humain et financier de l’engagement militaire américain dans la région, et les relations jugées trop étroites entre Washington et Tel Aviv ont manifestement fait basculer ses positions.
Depuis quelques semaines, Strickland multiplie les attaques contre la politique moyen-orientale de l’administration. Dans un post Instagram explicitement sarcastique, il a raillé « les familles américaines qui paient 5 000 à 15 000 dollars de plus à cause de la guerre Iran-Israël » et a évoqué les soldats américains tombés au combat en les qualifiant de victimes d’une « guerre d’Israël ». Des formulations volontairement offensantes qui ont scandalisé une partie du monde des sports de combat, même parmi ses défenseurs habituels.
Le mois dernier encore, à la suite de sa victoire contre Chimaev lors de l’UFC 328, il avait glissé une blague sur l’AIPAC — le lobby pro-israélien américain — qui avait été censurée lors de la retransmission sur Paramount+. Cet incident avait déclenché une passe d’armes avec le journaliste sportif juif Ariel Helwani, que Strickland a imputée à sa plaisanterie sur le lobby.
L’UFC et la Maison Blanche se taisent
L’UFC a refusé de commenter officiellement les déclarations de son champion. Des sources proches de l’organisation indiquent que la liste des 5 000 invités a été établie conjointement par la Maison Blanche et les organisateurs de l’événement, sans que le détail des critères de sélection ou d’exclusion soit rendu public.
L’affaire Strickland illustre les tensions croissantes aux États-Unis autour de la politique étrangère de Trump dans la région, dans un contexte où la guerre contre l’Iran et ses coûts humains font de plus en plus débat dans l’opinion publique américaine — y compris dans des milieux qui soutenaient jusqu’ici inconditionnellement le président.
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