Le président du Parlement iranien Mohammad Baqer Qalibaf a franchi un cap dans la rhétorique de la confrontation. Dans un message publié sur le réseau social X, il a lancé un avertissement direct et sans ambiguïté à quiconque envisagerait de frapper les îles appartenant à l’Iran : « Toute attaque contre les îles iraniennes brisera toutes les limites. Nous abandonnerons toute retenue et remplirons le Golfe Persique du sang des envahisseurs. » Le message, rapporté par Ynet, est signé d’un des hommes forts du régime — et il ne s’agit pas d’une déclaration anodine de façade.
La ligne rouge que Qalibaf vient de tracer publiquement concerne des territoires qui ne sont pas que symboliques. Parmi les îles iraniennes du Golfe Persique, certaines abritent des terminaux énergétiques d’importance stratégique majeure — à commencer par l’île de Kharg, par laquelle transite l’essentiel des exportations pétrolières iraniennes. D’autres îles du même espace maritime sont utilisées comme bases militaires par les Gardiens de la Révolution islamique, les fameuses Pasdarans, qui y maintiennent une présence opérationnelle permanente leur permettant de surveiller et de menacer le trafic maritime dans l’un des détroits les plus névralgiques de la planète.
Cette déclaration intervient dans un contexte de guerre ouverte entre l’Iran d’un côté, Israël et les États-Unis de l’autre. Depuis le déclenchement des opérations militaires, les échanges de frappes ont déjà touché des infrastructures militaires et nucléaires iraniennes sur le continent. La question des îles du Golfe représentait jusqu’ici une ligne que les belligérants n’avaient pas franchie — du moins pas ouvertement. En menaçant explicitement de « lever toute retenue » si cette ligne est franchie, Qalibaf signale que Téhéran considère ses îles comme une ligne rouge absolue, distincte et encore plus sensible que ses installations terrestres.
La formulation choisie est elle-même révélatrice. Parler de « remplir le Golfe Persique de sang » n’est pas seulement une rhétorique de guerre : c’est une menace directement adressée aux flottes militaires américaines et israéliennes qui patrouillent dans ces eaux, mais aussi — et peut-être surtout — aux États du Golfe dont les eaux territoriales jouxtent celles de l’Iran. Bahreïn, les Émirats arabes unis, le Qatar, l’Arabie saoudite : tous sont riverains de ce même Golfe Persique que Qalibaf promet de transformer en théâtre de carnage si ses îles sont touchées. Le message est donc à double ou triple destinataire.
Sur le plan stratégique, la protection des îles est une priorité existentielle pour le régime iranien. Le contrôle de ces points avancés dans le Golfe permet à l’Iran de maintenir une capacité de nuisance sur le détroit d’Ormuz — par lequel transitent environ 20% du pétrole mondial — même en cas de frappe sévère sur le territoire continental. Priver l’Iran de ses îles reviendrait à lui retirer l’un de ses derniers leviers de pression géopolitique réelle. C’est précisément pour cela que cette menace doit être prise au sérieux : derrière la rhétorique guerrière se cache un calcul stratégique froid.
Il n’est pas anodin non plus que ce soit le président du Parlement, et non un général ou un porte-parole militaire, qui formule cet avertissement sur les réseaux sociaux. Cela suggère que le message a été validé au plus haut niveau du régime et qu’il s’inscrit dans une stratégie de communication délibérée : faire monter la pression diplomatique tout en restant dans le registre politique plutôt que militaire — pour l’instant. Qalibaf, ancien commandant des Gardiens de la Révolution et figure politique de premier plan, sait exactement ce qu’il dit et à qui il le dit.
Post original sur X de Mohammad Baqer Qalibaf : https://x.com






