Près de trois ans après le massacre du 7 octobre, et un an après l’entrée en vigueur du cessez-le-feu imposé par l’administration Trump, le Hamas est loin d’avoir disparu du paysage de Gaza. C’est le constat que dresse un rapport diffusé par la chaîne israélienne Channel 12, signé par le correspondant aux affaires palestiniennes Ohad Hamo. Loin de l’image d’un mouvement à genoux que certains voudraient voir, le tableau qu’il dépeint est celui d’une organisation qui a payé un prix lourd pendant la guerre, mais qui a su préserver l’essentiel : des hommes, des armes et des tunnels. Le titre même du rapport ne laisse guère de doute : le Hamas ne se contente pas de survivre, il reconstitue activement son arsenal.
Le premier chiffre parle de lui-même. Entre 25 000 et 30 000 combattants armés seraient encore opérationnels dans les rangs du Hamas, un total qui intègre des recrues récentes venues combler les pertes encaissées depuis le 7 octobre. Le rapport s’appuie notamment sur des images tournées lors d’un enterrement à Gaza : on y voit des dizaines d’hommes défiler ouvertement armés dans le cortège funéraire, sans se cacher des caméras, une scène où, selon Hamo, une large part des participants appartiendrait au mouvement terroriste. Ces images, à elles seules, contredisent le récit d’un Hamas réduit à la clandestinité.
Le Hamas ne se contente pas de préserver ses effectifs humains : il continue d’investir dans ses infrastructures souterraines. Le réseau de tunnels, que beaucoup pensaient très affaibli après deux ans de guerre, continue au contraire d’être entretenu, voire étendu, en particulier dans les secteurs situés au-delà de la « ligne jaune », la ligne de déploiement fixée à l’armée israélienne dans le cadre du cessez-le-feu. Cette ligne délimite les zones où Tsahal maintient une présence au sol de celles qu’elle a quittées ; ce sont précisément ces dernières qui servent de couverture à l’activité souterraine du mouvement, menée à l’abri des regards et des drones de surveillance.
Même logique du côté de la production d’armements. Les ateliers de fabrication de roquettes que décrit le rapport tournent dans ces mêmes secteurs non parcourus par les manœuvres terrestres israéliennes, mais aussi au cœur de zones densément peuplées, où le Hamas mise sur la présence de civils pour se mettre à l’abri d’une frappe. Pour l’instant, précise le reportage, ces roquettes ne sont pas tirées : le mouvement redoute une riposte israélienne qui viendrait fragiliser l’équilibre, déjà précaire, du cessez-le-feu en vigueur depuis un an. L’arme est prête, mais elle reste au fond du tiroir, comme une carte gardée pour plus tard.
L’organisation ne garde pas non plus son arsenal pour elle seule. Elle distribue des armes à feu à des habitants qui lui sont affiliés, sans que ceux-ci soient nécessairement des membres officiels de ses rangs. La logique décrite par le rapport est limpide : garantir un accès à des armes même si le Hamas devait, un jour, être contraint de rendre son propre arsenal dans le cadre d’un futur accord. Disperser le stock, en somme, pour ne jamais s’en retrouver totalement privé, quelle que soit l’issue des négociations en cours sur le désarmement du mouvement.
Le Hamas complète cet arsenal par une filière d’approvisionnement venue de l’extérieur. Des armes sont acheminées vers la bande de Gaza par drones en provenance d’Égypte, une méthode de contrebande dont l’ampleur exacte reste, selon le rapport, indéterminée à ce stade. Ni le volume des livraisons ni leur fréquence n’ont pu être établis avec certitude par les services qui suivent ce dossier, ce qui laisse planer une zone d’ombre sur la réalité du réarmement en cours.
Au bout du compte, la conclusion que tire Ohad Hamo de son enquête ne laisse guère de place au doute. Le Hamas forme aujourd’hui, selon ses mots, « une organisation gravement endommagée », mais qui conserve malgré tout « des dizaines de milliers de combattants, des infrastructures souterraines, une capacité de production locale et des canaux de renforcement ». Autrement dit, un mouvement laminé par deux ans de guerre, mais loin d’être neutralisé, et toujours capable de se régénérer sous les yeux de l’armée israélienne, un an après l’arrêt des combats. Le cessez-le-feu a mis fin aux tirs ; il n’a pas mis fin, lui, à la reconstruction discrète de la force du Hamas.
Sur ce sujet, alyaexpress-news.com a déjà publié plusieurs enquêtes sur la capacité de nuisance persistante du mouvement : sur le creusement de nouveaux tunnels pendant que le monde regarde ailleurs, sur le contrôle total exercé par le Hamas sur le centre de Gaza, et sur la condition posée par Netanyahou à toute reconstruction de Gaza.



