Amit Segal : « Les cimetières sont pleins de commentateurs qui ont prédit que c’était le dernier tour de Netanyahu »

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Il y a des matinées radio qui restent. Celle qu’Amit Segal, l’un des commentateurs politiques les plus suivis d’Israël, a accordée à la station 103FM ce mercredi compte dans cette catégorie. En l’espace d’une heure, il a déroulé son analyse sur quatre dossiers qui dominent l’actualité intérieure israélienne : la nomination du nouveau chef du Mossad, le comportement de la procureure générale Gali Baharav-Miara, la loi sur la conscription des ultra-orthodoxes, et l’avenir politique de Benjamin Netanyahu.

Roman Gofman sera nommé — malgré tout

Sur le dossier du Mossad, Segal a d’abord épinglé le fonctionnement du comité de nomination. La Cour suprême a sanctionné sévèrement, selon lui à juste titre, un comité qui n’a pas fait son travail : « La Cour suprême a pour ainsi dire réprimandé le comité — et à raison. Le candidat n’a qu’une affaire un peu trouble, un épisode pas très clair. Vous n’aviez qu’une seule chose à faire : convoquer le jeune homme qui aurait été manipulé, convoquer l’homme qui peut éclairer l’affaire, et en finir avec cette histoire maudite. Ils ont fait du mauvais travail, et c’est pour ça qu’ils devront se réunir à nouveau. »

Mais selon Segal, l’issue ne fait guère de doute : « La Cour suprême n’a pas souhaité se substituer au comité pour examiner l’honorabilité du candidat — ce n’est pas son rôle. Et comme la majorité semble nettement en faveur de la nomination, je serais très surpris que Roman Gofman ne soit pas nommé chef du Mossad. »

Il a également formulé une critique de principe sur la pratique qui consiste à laisser les responsables sortants peser sur la désignation de leur successeur : « Nous en sommes arrivés à un point où en Israël, si on veut qu’on honore ‘la loi sur la pérennité des institutions’, il faut que le prédécesseur décide qui le remplace. Ronen Bar lui aussi a essayé de faire ça après son licenciement. Ce n’est pas normal, ce n’est pas convenable, et c’est ce qui nous a conduits là où nous en sommes. »

La procureure générale comme « cheffe de l’opposition »

La section consacrée à Gali Baharav-Miara est la plus acide de l’entretien. Amit Segal n’a pas pris de gants : « Elle se comporte en pratique comme un acteur politique face au gouvernement. J’attends juste le prochain gouvernement, si les sondages sont exacts et qu’un autre gouvernement se forme, pour voir comment cette même Gali Baharav-Miara expliquera qu’on peut licencier Untel, renvoyer Gofman, et évincer Tel-autre — parce que je n’ai aucun doute là-dessus, c’est exactement ce qu’elle fera. Elle est actuellement dans le rôle du chef de l’opposition de ce gouvernement, et elle s’en fiche. »

Il a poussé la critique jusqu’à la qualité juridique des actes de la procureure : « Vous êtes tous à la procurature, vous vous levez le matin, vous avez un diplôme de droit, une formation, vous êtes là parce que vous y comprenez quelque chose. Il n’y a pas un seul d’entre vous qui soit gêné ? Pas par le parti pris — juste par les performances juridiques. C’est vraiment embarrassant. C’est un vrai événement embarrassant que de venir devant la Cour suprême et d’établir un précédent historique d’un avocat qui perd contre son propre client. Je ne connais pas d’équivalent à ça. »

La loi sur la conscription : Netanyahu veut-il vraiment la passer ?

Sur la loi sur la conscription des ultra-orthodoxes — dossier central de la coalition depuis des mois — Segal a livré une analyse nuancée qui tranche avec les prises de position habituellement tranchées sur ce sujet. D’un côté, il estime que « les chances que la loi passe augmentent » et que Netanyahu travaille personnellement à convaincre les membres de la Knesset : « Pour surmonter cette coalition [d’opposition à la loi], Netanyahu doit faire du lobbying personnellement. C’est exactement ce qu’il fait ces derniers jours — et à ma connaissance avec un succès non négligeable. Il est très difficile de résister à la combinaison de séductions et de menaces d’une conversation en tête-à-tête avec le Premier ministre. »

Mais il a aussitôt introduit un doute de taille : « Pourquoi j’émets une réserve ? Parce que je ne suis pas sûr à cent pour cent que Netanyahu soit véritablement déterminé à faire passer la loi. Autrement dit, s’il veut la faire passer, il la passera. Mais je ne sais pas encore s’il la veut vraiment ou s’il cherche juste à gagner du temps pour faire glisser les élections de septembre à octobre. »

La mécanique de ce calcul est simple, a-t-il expliqué : si les élections ont lieu en septembre, Netanyahu arrive devant les électeurs alors que les grands objectifs militaires de la guerre — le Liban, l’Iran — ne sont pas encore réglés. « Si le régime iranien n’est pas tombé, ça signifie que la guerre au Liban n’est pas non plus terminée. Netanyahu arrive alors aux élections au point le plus bas relatif de la zone qui devrait être la plus forte pour lui. En revanche, si le régime tombe, c’est un véritable changement du Moyen-Orient. Sept semaines, c’est une éternité au Proche-Orient. »

« Je ne prendrai pas ce risque »

C’est en fin d’entretien que la formule qui fera le tour des rédactions a été prononcée. Interrogé sur la possibilité que Netanyahu se retire de la vie politique, compte tenu des sondages, de son état de santé et du procès en cours, Segal a répondu avec une assurance tranquille : « Les cimetières sont pleins de commentateurs qui ont prédit que c’était le dernier tour de Netanyahu. Je ne prendrai certainement pas ce risque. Je pense que la probabilité est très faible. Elle est peut-être un peu plus élevée qu’il y a cinq ans, mais tant que je ne vois pas Netanyahu se retirer de lui-même — et tant que je n’aurai pas vu un Premier ministre quitter la scène de son propre chef quand il avait encore une chance d’être réélu — je ne peux pas y croire. »

Et d’ajouter, avec une touche d’autodérision : « Moi j’aurais quitté, mais moi j’aurais aussi plongé sous la couette au début de la crise du Covid. Ce n’est pas pour rien qu’on devient Premier ministre. C’est une motivation vraiment hors norme — proche du pathologique. C’est vrai pour tous ceux qui sont là-bas. Et davantage encore pour celui qui fêtera la semaine prochaine les 30 ans de sa première élection à la tête du gouvernement, et qui ne montre aucun signe de vouloir lâcher. »

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