À peine quelques semaines après son entrée en fonction comme maire de New York, Zohran Mamdani voit son héritage législatif renaître à l’Assemblée de l’État. La deputée Diana Moreno, qui lui a succédé dans le 36e district d’Astoria, a officiellement relancé vendredi 22 mai le projet de loi connu sous le nom de « Not on Our Dime! » — « Pas avec notre argent ! » — devant la presse réunie devant le CUNY Law School de Long Island City.
Le texte, officiellement intitulé Not on Our Dime!: Ending New York Funding of Israeli Settler Violence Act, vise à interdire aux associations à but non lucratif enregistrées dans l’État de New York de financer ce que ses promoteurs qualifient de « violations du droit international » en Cisjordanie et à Gaza. Concrètement, le projet de loi modifierait la législation sur les sociétés à but non lucratif de l’État pour y inclure une section prohibant le « soutien non autorisé à l’activité de colonisation israélienne » et le « transfert illicite de civils israéliens dans des territoires occupés ».
En cas d’adoption, la loi autoriserait également le procureur général de l’État de New York à dissoudre le statut d’association à but non lucratif des organisations contrevenantes, et créerait un droit d’action privé pour les violations. Ses partisans font valoir que le texte alignerait la législation new-yorkaise sur les Conventions de Genève de 1949 et sur le Statut de Rome de la Cour pénale internationale, qui qualifient de contraires au droit international la présence de colonies dans les territoires occupés.
Le projet est soutenu au Sénat de l’État par Jabari Brisport, et co-parrainé par plusieurs élus démocrates dont Kristen Gonzalez, Julia Salazar et Robert Jackson, ainsi que plusieurs membres de l’Assemblée d’État. Diana Moreno, comme Mamdani avant elle, est membre des Socialistes démocrates d’Amérique (DSA), aile gauche organisée du Parti démocrate.
À la conférence de presse, la deputée Moreno a déclaré : « Trop souvent, l’État de New York soutient des organisations et des unités militaires responsables du déplacement violent et des atrocités contre le peuple palestinien, en leur permettant d’opérer comme des associations caritatives en violation du droit international. » Le sénateur Gonzalez a ajouté que « nos impôts ne devraient pas soutenir des violations du droit international en Cisjordanie ou ailleurs ». Jay Saper, membre de l’organisation Jewish Voice for Peace, a quant à lui affirmé « en tant que Juifs new-yorkais, nous sommes horrifiés que l’État de New York ait subventionné l’expansion illégale des colonies ».
Les promoteurs du texte avancent que plusieurs associations enregistrées comme organisations caritatives exonérées d’impôts dans l’État de New York financent des groupes de colons israéliens, acheminant selon eux plus de 60 millions de dollars par an vers ces entités.
Il faut rappeler que ce projet de loi avait été déposé une première fois en 2023 par Mamdani, alors simple député d’Astoria, dans un contexte politique très différent. À l’époque, il avait été reçu avec une hostilité marquée de la part de l’establishment démocrate new-yorkais. Ses partisans estiment aujourd’hui que le contexte a évolué, citant la polarisation accrue autour de la guerre à Gaza, les restrictions fédérales aux organisations humanitaires, et la montée en puissance de l’aile progressiste du Parti démocrate dans l’État.
Depuis son élection à la mairie fin 2025, Mamdani n’a pas caché ses positions. Il est le premier maire musulman de New York, le plus jeune depuis 1892, et il a refusé à plusieurs reprises de reconnaître le droit d’Israël à exister en tant qu’État juif. Il a également décidé de ne pas participer à la parade annuelle de la Journée d’Israël, rompant avec des décennies de tradition bipartisane dans une ville qui abrite la plus grande communauté juive hors d’Israël. Ces prises de position ont profondément fracturé ses relations avec les organisations juives new-yorkaises, qui avaient majoritairement refusé de le soutenir lors des élections.
Le projet de loi Not on Our Dime s’inscrit ainsi dans un tableau politique plus large : celui d’une ville de New York dont la nouvelle direction municipale affiche ouvertement des positions anti-israéliennes, et d’une aile progressiste du Parti démocrate qui entend désormais institutionnaliser ces positions dans le droit de l’État.
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