Mansour Abbas interrogé sur le Hamas : « Laissez-moi protéger ma famille »

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Dans la grande salle de la résidence présidentielle à Jérusalem, l’atmosphère s’est tendue d’un coup. Isaac Herzog recevait ce jeudi les chefs de parti dans le cadre des consultations sur la formation du prochain gouvernement, et c’est au tour de Mansour Abbas, président du parti arabe Raam, de s’asseoir face à lui. La question posée par le président de l’État n’avait rien d’anodin : « Nous combattons le Hamas comme une organisation criminelle et terroriste. Vois-tu le Hamas comme une organisation terroriste ? »

Abbas, dont la formation pourrait peser dans l’équation de la prochaine coalition, a esquivé. Pas de oui, pas de non. Il a plutôt rappelé les racines du mouvement islamique dont est issu Raam, et s’est insurgé contre ce qu’il a présenté comme un test de loyauté permanent imposé à son parti sur les questions de droit et de sécurité. Selon lui, on ne peut pas soumettre en continu les siens à ce genre d’épreuve, comme si chaque consultation politique devait se transformer en examen de conscience.

Le silence n’a pas suffi à clore l’échange. Eyal Shavit, le chef du cabinet du président, est revenu à la charge : pourquoi ne pas simplement dire, une fois pour toutes, que le Hamas est une organisation terroriste ? Une question en apparence simple, à laquelle Abbas s’est encore dérobé, mais cette fois en expliquant, à sa manière, pourquoi.

« J’ai une réponse sans équivoque », a-t-il lâché, avant d’ajouter : « mais laissez-moi cette marge pour être un pont et avoir une influence des deux côtés, laissez-moi garder cet espace pour me protéger, moi et ma famille. » Pour le chef de Raam, l’enjeu dépasse la politique : il parle d’une question de survie.

Dans la foulée, Abbas a tenté de clarifier sa position sans jamais employer le mot qu’on attendait de lui. Il a décrit le Hamas comme « une organisation militaire et armée », soigneusement éloigné du terme « terroriste » réclamé par Herzog. L’écart entre les deux formulations résume à lui seul tout l’embarras de la scène : d’un côté un président qui réclame un mot précis, de l’autre un responsable politique qui s’en tient à une périphrase. Une nuance qui n’a échappé à personne dans la salle.

Il a néanmoins tenu à afficher une ligne claire sur le fond : « Nous sommes opposés sans équivoque à toute activité terroriste et à toute violence, contre quiconque, et nous aspirons à la réconciliation et à la paix entre les deux peuples. » Une déclaration de principe, mais qui ne nomme toujours pas l’organisation visée par la question initiale du président.

Abbas a profité de l’échange pour plaider la cause de sa propre participation à la coalition. Selon lui, la présence de Raam au gouvernement ne menacerait en rien la sécurité de l’État, au contraire. « Cela aidera à mettre fin au conflit. Nous ne nuirons pas à la sécurité de l’État », a-t-il assuré, présentant son parti et le public arabe israélien comme des médiateurs potentiels entre les deux camps plutôt que comme une partie qu’on somme de choisir un bord.

Cette ligne d’équilibriste n’est pas nouvelle chez Abbas. Depuis plusieurs années, le chef de Raam navigue entre la nécessité de rassurer ses partenaires de coalition potentiels côté israélien et celle de ne pas s’aliéner son électorat arabe, pour qui une condamnation frontale du Hamas comme organisation terroriste reste un sujet hautement sensible. Mais face à Herzog, dans le cadre feutré mais politiquement chargé des consultations présidentielles, l’esquive a pris une tournure particulièrement visible, au point que l’échange a immédiatement fait le tour des rédactions politiques israéliennes ce jeudi.

L’échange, survenu en marge des discussions sur la formation du prochain gouvernement, illustre la position inconfortable dans laquelle se trouve Raam à ce stade des tractations. Le parti, dont le soutien pourrait s’avérer décisif pour atteindre une majorité à la Knesset, doit convaincre qu’il peut s’intégrer dans une coalition sans pour autant renier les attentes de sa base. La question du Hamas, brandie comme un test de loyauté par ses interlocuteurs, cristallise cette tension entre deux exigences difficilement conciliables.

Pour l’instant, Mansour Abbas s’en tient à sa ligne : ni validation explicite du cadre imposé par la question, ni rejet frontal. Juste une demande, répétée, qu’on lui laisse l’espace nécessaire pour jouer un rôle de pont, et la garantie, dit-il, de pouvoir protéger les siens. Reste à savoir si cette esquive, répétée face au président de l’État lui-même, suffira à convaincre ses partenaires potentiels que Raam peut siéger dans la prochaine coalition sans que la question du Hamas revienne, encore et encore, s’interposer entre lui et eux.

Sur ce même dossier des tractations autour de la prochaine coalition, Alyaexpress-News a suivi l’alliance promue par Yair Golan avec Raam et la Liste commune, ainsi que les révélations d’Amit Segal sur l’homme le plus important de la politique du moment et l’établissement qui avait prédit les élections et le prochain Premier ministre d’Israël.

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