Un poste de contrôle des Forces de sécurité intérieure libanaises, planté sur l’axe vital de Dahr al-Baydar entre la Bekaa et Beyrouth, a livré ces derniers jours une prise lourde de sens. À l’intérieur d’un véhicule arrêté par les forces de sécurité, des explosifs en grande quantité, mêlés à des clous et à de petites charges, visiblement conçus pour maximiser les pertes humaines plutôt que pour viser un simple bâtiment. Deux hommes présentés comme liés au Hezbollah ont été arrêtés sur place, selon les premières informations rapportées par la presse libanaise et reprises par plusieurs médias israéliens.
Les chiffres varient encore d’une source à l’autre, signe d’une enquête qui n’a pas livré tous ses éléments. Selon un responsable judiciaire cité par l’AFP, la cargaison comptait environ 500 kilos d’explosifs, répartis en 250 kilos de TNT et 250 kilos de C4. Des précisions parues ensuite dans la presse israélienne, citant des informations libanaises, font état d’un chargement total plus lourd encore, de l’ordre de 800 kilos, composé notamment de 216 kilos de C4 et de 281 kilos de tétryle, deux substances à très haut pouvoir explosif normalement réservées à un usage militaire ou à la démolition de bâtiments. Le reste du chargement était constitué de clous et de charges de petite taille, destinés, selon ces mêmes informations, à augmenter le pouvoir meurtrier de l’engin en cas d’explosion. Certaines sources évoquent même la première fois que les forces de sécurité libanaises se trouvent confrontées à ce type précis de mélange explosif.
Les deux suspects, selon le média libanais An-Nahar, ont été identifiés par leurs seules initiales : H.A., né en 1981, qui conduisait le véhicule, et A.K., né en 2001. L’un serait originaire de Baalbek, l’autre de la Bekaa centrale. Un véhicule banalisé leur aurait permis d’acheminer la cargaison depuis la région montagneuse de Baalbek. Selon leurs déclarations, retranscrites par la presse israélienne, un commandant du Hezbollah leur aurait donné l’instruction de transférer ce chargement vers le quartier de Dahiyeh, dans la banlieue sud de Beyrouth, pour le remettre ensuite à une autre personne. La presse américaine rapporte par ailleurs qu’un des deux détenus serait le fils d’un responsable du Hezbollah, l’autre étant présenté comme un membre de l’organisation.
La destination finale exacte de ces explosifs reste pour l’instant inconnue des enquêteurs. C’est précisément ce flou qui inquiète : la Gendarmerie militaire libanaise, qui a pris en charge les deux hommes et la cargaison saisie, cherche à déterminer non seulement où ce matériel devait être livré, mais aussi à quoi il devait servir. Le volume transporté sur un axe aussi stratégique a conduit plusieurs enquêteurs à évoquer la possibilité d’une opération d’assassinat en préparation, plutôt qu’un simple stock destiné à être entreposé.
Sur le plan judiciaire, un commissaire du gouvernement auprès du tribunal militaire a examiné les premiers rapports d’enquête avant de les renvoyer à la Gendarmerie militaire, avec pour consigne explicite d’approfondir les investigations. Une source politique libanaise a appelé à ce que la loi soit appliquée avec la plus grande rigueur à l’égard des deux hommes, estimant que cet épisode démontre que l’État, s’il en a la volonté, est capable d’empêcher toute infraction de ce type et d’agir avec fermeté contre tout ce qui menace la paix publique et la sécurité des Libanais.
Cette affaire s’inscrit dans un contexte particulièrement tendu. En juin dernier, Israël et le Liban ont signé, sous l’égide des États-Unis, un accord de cessez-le-feu censé mettre un terme à la guerre menée contre le Hezbollah et organiser le désarmement progressif du mouvement chiite, en parallèle d’un retrait échelonné des troupes israéliennes du territoire libanais. Mais le Hezbollah a refusé jusqu’à présent de participer aux négociations sur ce dossier, rejetant les demandes de désarmement et étant accusé d’avoir violé plusieurs fois les termes du cessez-le-feu. C’est dans ce climat que le gouvernement libanais poursuit ses efforts pour retirer les armes du mouvement, un objectif que cette saisie d’explosifs vient directement percuter.
Les autorités libanaises n’ont, à ce stade, pas confirmé officiellement l’ensemble des informations diffusées par les sources judiciaires et médiatiques anonymes. L’enquête se poursuit, entre la Gendarmerie militaire et le tribunal militaire, pour établir l’origine précise du chargement, son financement, et surtout la liste des personnes qui devaient le réceptionner à Beyrouth.
Sur des sujets proches, Alyaexpress-News avait déjà évoqué la découverte de tunnels gigantesques du Hezbollah localisés et détruits, ainsi que la destruction d’un dépôt d’armes du Hezbollah dans le sud du Liban. Le dossier plus large des négociations entre Beyrouth et Jérusalem est également détaillé dans notre article sur la reprise des pourparlers avec Israël prévue à Washington.



