La révélation est signée Israel Hayom, en exclusivité : au sein du département de l’éducation arabe de la municipalité de Jérusalem, des millions de shekels alloués aux établissements scolaires de Jérusalem-Est ont disparu. La directrice du département, Lara Moubarkhi, a été licenciée à la suite de ces constatations. Depuis début mai, le département — qui supervise environ cent écoles dans la partie est de la ville — est sans responsable.
Un rapport de contrôle accablant
La contrôleure municipale de Jérusalem a consigné des irrégularités graves dans un rapport dont Israel Hayom a obtenu les détails. Des prestataires récurrents ont été sollicités sans documentation, pour des services hors de leur domaine de compétence, souvent à la qualité bien inférieure aux standards municipaux. Des travaux ont été effectués dans des établissements scolaires de manière « pirate », sans appel d’offres et sans déclaration à la ville, pour des montants élevés. Des écoles ont procédé de leur propre chef à des fractionnements de factures pour échapper au seuil de validation hiérarchique. Des équipements, notamment technologiques, ont été commandés pour les établissements et ne sont jamais arrivés, ou sont arrivés partiellement.
La conclusion du rapport : « En pratique, il n’existait pas de procédure interne organisant le contrôle des écoles en gestion autonome. »
« Il pourrait y avoir encore des vols »
L’élément le plus troublant du dossier est sans doute une phrase de Moubarkhi elle-même, prononcée lors d’une réunion sur le sujet. Interrogée sur les garanties en place, elle aurait admis que même avec un contrôle de sa part, « il pourrait encore y avoir des vols ». Cette déclaration, citée dans le rapport, illustre l’ampleur d’un problème systémique qui dépasse le seul comportement des individus.
Après son audition, la décision de la licencier a été prise — officiellement présentée comme une « retraite consensuelle ». Un appel d’offres a depuis été lancé pour trouver un successeur.
Le vrai risque : le retour au programme palestinien
L’enjeu dépasse le scandale financier. Ces dernières années, la municipalité de Jérusalem, sous la houlette du maire Moshé Lion, avait engagé un effort considérable pour inciter les écoles de Jérusalem-Est à adopter le programme d’études israélien en lieu et place de celui de l’Autorité palestinienne. Au dernier jour de Jérusalem, Lion se félicitait d’avoir atteint 30% de taux d’adoption, avec l’objectif que toutes les classes de CP étudient dès l’année suivante sur la base des programmes israéliens menant à la maturité israélienne.
Moubarkhi avait été l’artisane de ce rapprochement. Elle était celle qui négociait avec les comités de parents et les directeurs d’école, qui les convainquait un par un de rejoindre le programme israélien. Son départ, combiné à six semaines de vide à la tête du département, fait peser un risque sérieux sur ce programme.
Selon des sources proches du dossier citées par Israel Hayom, si la vacance se prolonge, les écoles qui avaient basculé vers la maturité israélienne pourraient revenir au programme de l’Autorité palestinienne. Une régression que personne à la municipalité ne souhaite — mais que l’inertie administrative risque de produire malgré tout. Le Parquet de la ville est lui aussi hors jeu sur ce dossier : le conseiller juridique municipal avait pris sa retraite peu après la publication du rapport, et les recommandations pénales de la contrôleure n’ont jamais été transmises à son successeur dans le cadre de la passation de pouvoirs.
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