L’ancien ministre de la Défense, Yoav Gallant, s’est exprimé hier dans l’émission « Pgosh Et Haitonout » (« Rencontre avec la presse »), animée par Ben Caspit et Amit Segal. Pour la première fois depuis la campagne face à l’Iran, un responsable sécuritaire de premier plan a livré une explication tranchante qui résonne comme le chaînon manquant de toute l’histoire. Il ne s’agit plus d’un débat sur les performances de l’armée de l’air, sur le renseignement, ou sur la coordination avec les Américains, mais sur l’erreur critique que Benjamin Netanyahou aurait commise, selon lui, avant même que la guerre ne débute.
« La cible stratégique a été mal choisie »
Selon Gallant, le principal échec ne résidait pas dans la manière dont la campagne a été menée, mais dans la façon dont son objectif a été défini. Plutôt que de concentrer les États-Unis sur l’objectif pour lequel Israël œuvre depuis trois décennies — l’élimination du programme nucléaire iranien —, Netanyahou aurait présenté au président Trump un objectif différent et illusoire : le renversement du régime à Téhéran.
« L’erreur grave de jugement a résidé dans le choix de la cible stratégique », a déclaré Gallant. « Israël aurait dû partir en guerre pour un seul objectif : l’élimination du programme nucléaire et de la matière fissile. Israël a présenté à Trump un plan illusoire et non préparé de renversement du régime. L’attention américaine constituait une fenêtre temporelle limitée, et durant ce temps, il fallait se concentrer uniquement sur le nucléaire. »
Il s’agit d’une déclaration à portée considérable. Non pas parce qu’elle impute une responsabilité au premier ministre, mais parce qu’elle change entièrement l’angle sous lequel est envisagée la campagne. Aujourd’hui, le débat public porte sur la question de savoir si les États-Unis vont pousser l’escalade jusqu’au bout face à l’Iran, ou si cela mènera à un accord incluant, on l’espère, le nucléaire et non uniquement le détroit d’Ormuz. Gallant estime que ce débat passe à côté de l’essentiel : le problème résidait dans le fait que l’objectif choisi dès le départ était erroné.
Une fenêtre d’opportunité manquée
Pendant des décennies, Israël a bâti toute sa conception de sécurité autour de la prévention d’un Iran nucléaire. Tous les premiers ministres, tous les ministres de la Défense, tous les chefs du Mossad ont répété, encore et encore, le même constat : un Iran nucléaire constitue la plus grande menace existentielle pour Israël. Dès lors, si une occasion rare s’est effectivement présentée d’agir aux côtés des États-Unis, la question qui s’impose est de savoir pourquoi l’accent a été déplacé du nucléaire vers un rêve de changement de régime.
Gallant a expliqué pourquoi il s’agissait, selon lui, d’une erreur critique. « Renverser un régime avec des forces aériennes, ou au moyen de forces kurdes imaginaires, cela n’a aucun sens. Ce n’est pas un plan. » Faire tomber un régime n’est pas un objectif atteignable en quelques sorties de l’armée de l’air. Cela exige une réalité politique, des forces terrestres, une révolte interne et des conditions échappant totalement au contrôle d’Israël. L’objectif du renversement du régime a, selon lui, aveuglé la concentration de l’effort qui aurait dû rester sur le nucléaire.
Trump, a expliqué Gallant, disposait d’une fenêtre d’action très courte. Il était clair que l’attention américaine était limitée, et qu’il fallait donc se concentrer sur un objectif unique, clair et réalisable. Au lieu de cela, un plan bien plus vaste et ambitieux a été présenté. Si tel a effectivement été le plan, il n’est pas surprenant que, lorsqu’il est apparu que le régime de Téhéran ne s’effondrait pas et que l’attention s’est déplacée vers le détroit d’Ormuz, l’enthousiasme américain pour la poursuite de l’opération se soit lui aussi éteint.
Ben Caspit a d’ailleurs précisé le propos en demandant à Gallant : « Netanyahou et Dedi Barnéa ont convaincu Trump de toutes leurs forces d’aller dans cette direction. Est-ce pour cela, selon vous, que nous avons encore un programme nucléaire vivant ? » La réponse de Gallant fut tout aussi tranchante : « L’orientation présentée à Trump est une erreur grave. » Selon lui, Israël n’a pas su séparer les objectifs, et aurait dû se concentrer uniquement sur le nucléaire. « Les forces de l’armée de l’air ont volé tout ce chemin pour frapper les forces du Bassij qui veulent remplacer le régime, au lieu de frapper le nucléaire. »
Une défense appuyée du chef d’état-major
Plus tard dans l’entretien, Gallant est également revenu sur les attaques du gouvernement contre le chef d’état-major. Il a pris la défense de ce dernier à la suite des critiques formulées par Arié Deri, affirmant que « lorsque vous portez atteinte au chef d’état-major, qui est le commandant de tous les soldats de Tsahal, vous portez atteinte à Tsahal ». Selon lui, même en présence de critiques légitimes, il ne faut pas détourner l’attention du commandant de l’armée en temps de guerre, et il convient de le renforcer plutôt que de l’affaiblir. « Quand vous occupez l’emploi du temps du chef d’état-major et son attention, même sur dix pour cent des sujets dont il doit s’occuper, vous portez atteinte à sa concentration et à Tsahal. » Gallant a également salué le chef d’état-major : « Le chef d’état-major se tient avec fierté et agit bien, il est incisif, déterminé, animé par un objectif clair, et il a devant les yeux Tsahal et sa réussite. Il faut l’embrasser, l’entourer et le protéger. »
Certains pourraient voir dans ces propos une tentative de façonner son héritage politique, ou de critiquer le premier ministre. Mais une chose ne peut lui être retirée : il est le premier à avoir formulé aussi clairement une question que presque personne n’avait posée jusqu’ici — Israël est-il parti en guerre avec le bon objectif ?
Sur ce sujet, retrouvez nos articles sur la confirmation par Trump de la présence d’agents israéliens à Fordow après la frappe américaine, ainsi que sur le journaliste de gauche qui reconnaît s’être trompé sur Netanyahou lors de la guerre contre l’Iran.






