Dans les ruelles étroites de la vieille ville de Jérusalem, là où les pierres portent le poids de millénaires d’histoire humaine, une violence discrète se perpétue. Elle ne fait pas la une des grands journaux. Elle ne provoque pas de conférence de presse d’urgence. Mais le professeur Rafi Karso, qui publie ce 2 mai une tribune dans Maariv Week-End, refuse de continuer à la regarder en silence.
« Il y a des moments où j’ai honte d’être rangé dans le même groupe que ces Israéliens », écrit-il. Sa tribune est un cri — mesuré, argumenté, douloureux.
Des actes qui ne sont pas anecdotiques
Karso commence par rejeter l’idée qu’il s’agirait d’incidents isolés, de « mauvaises herbes » qu’on peut tolérer. Les données qu’il cite sont éloquentes : plus de 30 actes de vandalisme grave contre des institutions religieuses en l’espace d’une courte période, incluant la profanation de tombes et des incendies répétés. Des agressions physiques documentées et des actes de harcèlement contre des membres du clergé — des prêtres et des sœurs aspergés de gaz lacrymogène, crachats à leur encontre dans les ruelles de la Vieille Ville. Et pour couronner le tout, la destruction du buste du Christ dans un village du sud du Liban par des soldats israéliens.
Ce qui aggrave la situation, souligne-t-il, c’est l’impunité quasi systématique. Moins de 5% des plaintes déposées pour criminalité idéologique aboutissent à des actes d’accusation. Ce taux dérisoire envoie un message clair aux auteurs : ils ne risquent pas grand-chose. La police, dit-il, n’agit pas avec la fermeté nécessaire.
Le double standard et la honte
Le cœur de l’argumentation de Karso est un constat d’incohérence morale. Le cœur juif, écrit-il, se serre à chaque rapport d’antisémitisme dans le monde. L’image d’un Juif humilié à l’étranger provoque une onde de choc nationale. Mais quand ce sont des chrétiens ou des musulmans qui sont harcelés ou vandalisés en Israël, l’indignation collective est absente — ou discrète. « Dans notre maison s’est développée une cécité morale effroyable et dangereuse. »
Il soulève également la dimension internationale : chaque vidéo d’un prêtre harcelé, chaque photo d’une église dégradée devient virale en quelques minutes. « Nous offrons à nos ennemis la justification qu’ils attendaient : la capacité à dépeindre Israël comme un endroit sombre, irrespectueux des lieux saints d’autrui. »
Ce que Karso demande
La tribune ne s’arrête pas au diagnostic. L’auteur appelle à des mesures concrètes : ancrer la liberté de culte dans la loi avec des garanties juridiques solides, une sanction sévère et dissuasive pour quiconque y porte atteinte, et une tolérance zéro de la part des autorités. Il propose également que le ministère de l’Éducation intègre dans les programmes scolaires de tous les établissements des modules sur l’importance de la tolérance religieuse et du respect de l’autre. « Ceux qui ne comprennent pas la valeur de la tolérance par le bon sens devront l’apprendre par le biais du Code pénal. »
La tribune de Karso est une opinion — celle d’un universitaire israélien qui choisit de mettre en avant la cohérence morale plutôt que la complaisance identitaire. Elle reflète un malaise réel qui traverse une partie de la société israélienne, celle qui estime que la grandeur d’un État démocratique se mesure aussi à la façon dont il protège les minorités et les lieux de culte de tous.
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