Alors que le monde juif s’apprête à observer Tisha Beav, le rabbin Eldad Yona propose un guide halakhique détaillé rassemblant l’ensemble des lois du jeûne, du dernier repas avant son entrée jusqu’aux règles de prière qui rythment cette journée de deuil.
Le repas qui précède le jeûne
Tout commence par le « seouda mafseket », le dernier repas pris avant l’entrée du jeûne. Ses règles particulières ne s’appliquent que si ce repas est consommé après midi et que la personne n’a pas l’intention de prendre un autre repas complet avant le début du jeûne. En revanche, si le repas est pris avant midi, ou même après midi mais suivi d’un autre repas complet avant l’entrée de Tisha Beav, aucune de ces restrictions ne s’applique. C’est pourquoi certains ont pour habitude de bien manger dans l’après-midi, de marquer une pause d’environ une heure, puis de prendre ensuite leur repas de rupture proprement dit, soumis alors aux limitations qui suivent.
Lors de ce dernier repas pris après midi la veille de Tisha Beav, il est interdit de consommer de la viande et de boire du vin. Contrairement aux jours qui précèdent, où ces interdits relèvent de la coutume, ici ils sont d’ordre rabbinique. C’est pourquoi l’usage veut également qu’on s’abstienne de poisson lors de ce repas.
Une autre règle limite le nombre de plats cuisinés à un seul, sachant que la cuisson d’un même aliment dans deux marmites distinctes est déjà considérée comme deux plats. Il est également interdit de mélanger deux aliments différents dans une même marmite, sauf si cette combinaison constitue l’usage habituel tout au long de l’année. Les fruits crus, en revanche, peuvent être consommés en plusieurs variétés. Certains ont pour coutume de manger des lentilles ou des œufs durs, considérés comme des mets de deuil, sans y ajouter d’autre plat puisqu’ils sont déjà comptés comme tels.
Les plus rigoureux ont l’habitude, lors de ce repas, de manger du pain sec trempé dans du sel et de ne boire que de l’eau. On a également coutume de s’asseoir à même le sol durant ce repas — étant entendu qu’on a, au préalable, mangé et bu à sa faim afin de pouvoir tenir le jeûne.
Il convient par ailleurs de veiller à ne pas être trois personnes attablées ensemble, afin de ne pas se trouver tenu à la formule de zimoun collective ; chacun doit alors manger et réciter les bénédictions de son côté. Une fois les grâces après repas récitées à l’issue de ce dernier repas, il reste permis de continuer à manger et à boire jusqu’au coucher du soleil, à moins d’avoir formulé explicitement l’intention d’entamer dès ce moment le jeûne.
Les cinq interdictions du jour
Tisha Beav comporte cinq interdictions majeures : celles de manger et de boire, de se laver, de s’enduire le corps, de porter des chaussures de cuir et d’avoir des relations conjugales. L’ensemble de ces restrictions s’applique depuis le coucher du soleil la veille de Tisha Beav jusqu’à la sortie des étoiles à l’issue du jeûne.
Concernant l’alimentation, les femmes enceintes et allaitantes doivent, si elles sont en bonne santé, jeûner comme tout le monde, sauf si elles sont affaiblies, malades ou viennent d’accoucher — contrairement aux trois autres jeûnes mineurs, dont elles sont exemptées même en bonne santé. Même dans ce cas, il est préférable qu’elles ne mangent et ne boivent que par nécessité, sans rechercher le plaisir. Les femmes ayant accouché dans les trente jours précédents, ainsi que toute personne malade ayant besoin de manger ou de boire — même en l’absence de tout danger vital — sont autorisées à manger et boire à leur convenance, à condition de ne pas consommer de mets superflus comme des desserts ou des sucreries.
L’étude de la Torah est également prohibée ce jour-là : il est interdit de lire la Torah, les Prophètes et les Écrits, ainsi que d’étudier la Michna, le Midrash, la Guemara, les lois et les récits, car il est dit que les préceptes divins réjouissent le cœur — une joie incompatible avec le deuil du jour. Les enfants en âge scolaire sont dispensés d’étude ce jour-là. Il reste permis de lire le Livre de Job ainsi que les passages difficiles du Livre de Jérémie, en sautant les versets de consolation. De même, l’étude du Midrash Eikha, du chapitre « Elou Meguil’hin », de l’ordre du jour, du passage des sacrifices et du Midrash de Rabbi Ishmaël demeure autorisée.
Concernant le lavage et les onctions corporelles, il est interdit de se laver, que ce soit à l’eau chaude ou froide, et même tremper un doigt dans l’eau est prohibé. Il reste permis de se laver en cas de salissure réelle, de se laver les mains le matin jusqu’aux articulations des doigts, et de passer de l’eau humide sur les yeux. L’onction du corps n’est interdite que dans un but de confort ; elle reste autorisée pour des raisons d’hygiène ou de santé.
L’interdit de porter des chaussures ne concerne que le cuir : les chaussures en tissu, en bois, en liège ou en caoutchouc restent autorisées. Les relations conjugales sont interdites ce jour-là, y compris le simple fait de dormir avec son épouse dans le même lit.
L’usage veut également qu’on s’abstienne de travailler à Tisha Beav, certains étant plus stricts jusqu’à midi seulement ; le travail visant à éviter une perte est cependant autorisé, de même que le travail effectué par un non-juif. On ne se salue pas ce jour-là, et si l’on reçoit malgré tout une salutation, on y répond à voix basse et avec gravité. On évite également de se promener, afin de ne pas se distraire du deuil, et l’on ne récite pas la bénédiction sur les parfums.
Les personnes en bonne santé ont l’habitude de s’asseoir à même le sol, ainsi que de poser leur matelas au sol, à la synagogue comme à la maison, jusqu’à midi le jour de Tisha Beav. L’ensemble de ces interdictions, à l’exception de celle de ne pas s’asseoir sur un siège et, selon la tradition ashkénaze, de celle du travail, s’appliquent toute la journée jusqu’à la sortie des étoiles. L’usage veut également qu’on s’abstienne de viande et de vin le dixième jour du mois d’Av, certains jusqu’à la fin de la journée, d’autres jusqu’à midi seulement.
Les prières du jour
Lors de la prière de Min’ha la veille de Tisha Beav, ainsi que pendant les offices du jour lui-même, on ne récite ni confession ni Ta’hanoun. Le soir de Tisha Beav, l’office du soir se déroule normalement ; les communautés séfarades y ajoutent les prières « Anénou » et « Na’hem » dans l’Amida. Après l’Amida, on lit le Livre des Lamentations ainsi que les Kinot, dans le pleur et la gravité, suivis de la formule « Veata Kadosh » comme à l’issue du Shabbat.
Concernant le port des tefilines, certains les mettent le matin, d’autres l’après-midi ; il convient toutefois de ne pas créer de division au sein d’une même synagogue, où une partie de l’assemblée suivrait un usage et l’autre un usage différent. Le matin également, les communautés séfarades ajoutent « Anénou » et « Na’hem » ; après l’Amida, on sort le rouleau de la Torah pour la lecture, suivie de la Haftara, puis on récite de nouveau Eikha et les Kinot. Lors de la prière de Min’ha, toutes les communautés récitent « Anénou » et « Na’hem », sortent le rouleau de la Torah et lisent la Haftara.
L’article original, signé par le rabbin Eldad Yona, a été publié le 22 juillet 2026 sur le site de Kipa.
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