Vivre juif en Belgique en 2026 : isolement, insécurité et une communauté qui doute de son avenir

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1Entre 35 000 et 40 000 personnes. C’est la taille, minuscule à l’échelle du pays, de la communauté juive de Belgique, concentrée pour l’essentiel entre Anvers et Bruxelles. Une communauté qui pèse peu numériquement mais qui occupe, depuis le 7 octobre 2023, une place centrale dans les débats sécuritaires et politiques belges, sans que la situation ne se soit véritablement apaisée en 2026.

Le constat le plus frappant vient des services de renseignement eux-mêmes. En février 2026, l’organe belge d’analyse de la menace confirmait que la communauté juive demeurait la principale cible de menaces terroristes potentielles dans le pays. Une vulnérabilité qui n’a rien d’un ressenti diffus : c’est un paramètre structurel, reconnu noir sur blanc par l’État belge lui-même. Concrètement, cela se traduit par des patrouilles militaires devant les écoles, les épiceries casher et les lieux communautaires, et par des budgets de sécurité privée qui pèsent lourd dans les comptes des associations juives, certaines d’entre elles consacrant plus de 120 000 euros par an à la seule protection de leurs locaux.

Face à cette pression continue, deux grandes organisations, le Comité de Coordination des Organisations Juives de Belgique et le Forum der Joodse Organisaties, ont multiplié les prises de parole publiques. Dans une lettre adressée au gouvernement, elles décrivent une communauté qui se sent isolée et abandonée, faute de manifestations d’empathie réelle de la part de la société belge. Le sentiment n’est pas neuf, mais il s’est cristallisé : une enquête a montré que près de 42 % des Juifs belges ont sérieusement songé à émigrer, un chiffre qui dit à quel point l’idée de quitter le pays n’est plus taboue, même chez une population historiquement bien intégrée.

Cette inquiétude a pris une tournure spectaculaire à l’été 2025, lorsque le ministre israélien des Affaires de la diaspora, Amichai Chikli, a publiquement recommandé aux Juifs de Belgique de quitter le territoire, affirmant que le pays avait « capitulé » face à des foules pro-Hamas et Hezbollah et qu’il ne pouvait plus protéger ses Juifs. Une sortie jugée outrancière par une partie de la communauté elle-même, mais qui a eu le mérite de mettre en lumière un malaise réel, documenté depuis des mois par les propres organisations juives belges.

Le climat ne se limite pas à la rue ou aux réseaux sociaux. Depuis février 2026, des poursuites pénales visent trois mohalim anversois, à la suite de signalements déposés par une figure ultra-orthodoxe marginale dont la légitimité rabbinique est contestée aussi bien par la communauté israélite de Vienne que par le Consistoire central israélite de Belgique. L’affaire illustre une inquiétude plus large des responsables religieux : les menaces juridiques qui pèsent sur des pratiques comme la circoncision rituelle ou l’abattage casher, perçues comme des remises en cause frontales de libertés religieuses jusque-là jamais contestées.

Sur le plan institutionnel, le soutien de l’État reste par ailleurs limité : la Belgique ne finance officiellement qu’une quinzaine de postes de rabbins sur l’ensemble du territoire, un chiffre dérisoire au regard des quelque trente synagogues actives à Anvers, ville où la communauté orthodoxe reste particulièrement pratiquante, contrairement à celle de Bruxelles, majoritaire numériquement mais nettement plus sécularisée.

Ce climat d’incertitude a des conséquences politiques directes. Une partie croissante de la communauté juive belge se détourne des partis traditionnellement ancrés à gauche pour se rapprocher du MR et de la N-VA, deux formations classées à droite qui ont notamment appuyé le déploiement de militaires aux abords des lieux fréquentés par la communauté. Un basculement électoral que les chercheurs relient à la fois à l’ascension sociale d’une partie de la population juive, aujourd’hui davantage installée à Uccle ou à Waterloo qu’à Anderlecht ou Schaerbeek, et à un sentiment que la gauche a insuffisamment condamné la montée de l’antisémitisme depuis 2023.

Reste une question de fond, qui traverse toutes ces tensions : celle de l’avenir. Depuis le début de la guerre à Gaza, le gouvernement belge a même dû étudier l’option d’un rapatriement pour les quelque 13 000 Belges présents en Israël au moment des attaques du 7 octobre. Un chiffre qui rappelle à quel point les deux pays, la Belgique et Israël, restent intimement liés par cette communauté, tiraillée entre l’attachement à un pays où elle vit parfois depuis des générations et l’attrait d’un ailleurs perçu, à tort ou à raison, comme plus sûr.

 

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