Président imprévisible : pourquoi Trump « baisse le ton » face à l’Iran ? | Avec Ron Ben-Yishai

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Début août, le président américain Donald Trump a annoncé l’annulation de l’attaque prévue contre l’Iran, qui a entre-temps cessé de frapper ses voisins du Golfe — et l’armée américaine informe déjà ses cadres d’une « accalmie ». Mais s’agit-il uniquement d’une tactique de négociation, et dans quelle mesure Israël doit-il s’inquiéter ? L’analyste sécuritaire de Ynet et de Yédiot Aharonot, Ron Ben-Yishai, a livré son analyse du changement de perception du président américain concernant la situation dans le détroit d’Ormuz, le lien avec les élections de mi-mandat aux États-Unis, et les restrictions imposées par les Américains à Tsahal — y compris sur d’autres théâtres d’opérations.

Un blocage stratégique autour du détroit d’Ormuz

« Aux États-Unis, on commence à comprendre qu’en l’état actuel, ils ne parviendront pas à leur objectif d’obtenir un accord nucléaire qui empêcherait totalement l’Iran de s’approcher de la bombe, de devenir un État au seuil du nucléaire », explique Ron Ben-Yishai. « Ils ont compris que ce n’est plus seulement une question de moyens militaires. Tant que l’Iran peut prendre en otage les pays du Golfe et menacer leurs installations pétrolières, on ne peut pas faire bouger l’Iran. Cela vaut aussi pour le problème local du détroit d’Ormuz. Les Iraniens ont compris que ce détroit constitue un levier auquel ils n’avaient pas pensé, mais qui leur donne la capacité de menacer également l’ensemble de l’économie mondiale. »

Selon Ben-Yishai, le régime iranien actuel, qualifié d’« extrémiste », ne se laisse pas dissuader par la détresse de sa propre population, ce qui complique la donne pour Washington. « Les États-Unis n’ont actuellement pas la capacité de mettre en péril sa survie, car ils comprennent que s’ils bombardent des infrastructures nationales, cela affectera la population iranienne et la situation énergétique mondiale s’aggravera, y compris aux États-Unis. Trump ne veut pas de cela à l’approche des élections de mi-mandat. Il constate qu’il ne fait bouger aucun navire au Moyen-Orient. Alors que fait-il ? Il dit : j’arrête d’essayer d’amener l’Iran à la table des négociations. Mon hypothèse est qu’il attend les élections de mi-mandat, après quoi il recalculera sa trajectoire — mais Trump est réellement imprévisible. »

Des restrictions américaines qui touchent aussi Israël

L’analyste souligne également l’impact de cette imprévisibilité présidentielle sur la marge de manœuvre israélienne sur d’autres fronts. « Nous avons affaire à un président impulsif. À Gaza, par exemple, Israël coopère avec le Conseil de la paix et avec le commandement américain, y compris dans la préparation des infrastructures du plan de paix de Trump, sans que Tsahal ne recule d’un seul centimètre. Mais il y a ici une dimension politique : Israël n’accepte pas le plan en 15 points qui offre au Hamas une possibilité de se reconstituer et prend en charge son volet économique. Le plan initial de Trump, en 20 points, prévoyait que le Hamas se désarme, après quoi Israël se retirerait. Aujourd’hui, on dit : non, faisons cela par étapes. Au Liban aussi, les Américains nous imposent des limites, mais seulement au-delà de la ligne jaune. Une fois de plus, on voit Trump dire : nous baissons le ton. »

Ce changement de posture intervient dans un contexte régional particulièrement volatil : selon plusieurs médias américains, Washington avait annoncé début août une pause dans ses attaques contre l’Iran, en échange de la réouverture complète du détroit d’Ormuz — condition centrale posée par Trump. Mais les négociations directes entre les deux pays restent, à ce stade, dans l’impasse : Téhéran a affirmé à plusieurs reprises ne mener aucun pourparler direct avec Washington, se limitant à des discussions avec Oman concernant le passage sécurisé dans le détroit. Le président américain a lui-même alterné, au fil des dernières semaines, entre déclarations optimistes évoquant un accord imminent et accusations virulentes contre Téhéran, qu’il a qualifiée de « incroyablement fourbe » après que l’Iran a démenti la reprise de tout dialogue direct.

Cette instabilité diplomatique s’accompagne d’une pression économique croissante sur l’Iran, dont l’inflation galopante et les difficultés à financer ses propres forces armées sont régulièrement évoquées par Trump comme des leviers susceptibles, selon lui, de pousser Téhéran à négocier à terme. Le détroit d’Ormuz, par lequel transite environ 20 % du pétrole mondial, demeure au cœur de ce bras de fer, la fermeture du passage par l’Iran depuis la reprise des combats en juillet ayant considérablement perturbé le trafic maritime international.

Sur des sujets connexes, notre rédaction avait déjà suivi de près l’évolution du conflit entre Washington et Téhéran autour du détroit d’Ormuz, ainsi que les multiples volte-face de Trump sur la question des frappes contre l’Iran ces derniers mois.

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