Il y avait eu quelques semaines de répit. Des parents qui osaient de nouveau planifier. Des enfants qui retrouvaient leurs camarades cinq jours d’affilée. Et puis l’Iran a tiré, Israël a répondu, et tout s’est effondré une fois de plus — comme un château de cartes, selon l’expression d’un père du Nord. Depuis la décision de suspendre l’ensemble des cours dans tout le pays à la suite de la reprise des hostilités avec l’Iran, le système éducatif israélien se retrouve une nouvelle fois dans l’incertitude totale, et la frustration atteint des sommets.
Ornit, mère de trois garçons à Petah Tikva, résume ce que ressentent des milliers de familles : ses enfants ont été absents de l’école pendant près d’un mois et demi, puis à peine rentrés, les vacances de Pessah ont commencé. Maintenant, en fin d’année scolaire, c’est de nouveau l’annulation. Elle pointe une réalité qui dépasse le seul contexte sécuritaire : depuis six ans, entre la pandémie de Covid et les multiples cycles de conflit, les enfants n’ont pas eu de rythme scolaire normal. Sa crainte centrale est celle des conséquences à long terme — des enfants qui, à force de voir leurs apprentissages fragmentés, ne savent plus vraiment étudier. Elle espère une adaptation du programme scolaire en conséquence, tout en soulignant que la suspension actuelle se justifie pleinement sur le plan sécuritaire.
Dror Cohen, président du Conseil national des élèves et de la jeunesse, formule en une phrase ce que toute une génération ressent : « Nous avons commencé le lycée en temps de guerre et nous le terminons en temps de guerre. » Il ajoute que tant que l’état d’urgence se poursuit, on ne peut pas raisonnablement attendre des lycéens israéliens qu’ils passent leurs examens du baccalauréat dans des conditions normales, et appelle à une réponse adéquate du ministère de l’Éducation.
La situation est d’autant plus douloureuse que l’année scolaire dans les établissements du secondaire devait s’achever dans une semaine environ. Les cérémonies de fin d’année, déjà symboliquement importantes, sont désormais incertaines. Ce n’est pas un détail : pour la génération qui a traversé la pandémie en classe de 3e ou de seconde, puis une guerre en terminale, ces jalons symboliques représentent des repères d’une valeur considérable, précisément parce que les années écoulées en ont été si dépourvues.
Ce lundi, aucun cours ne se tient dans l’ensemble des établissements du pays — pas même à distance. Crèches, jardins d’enfants privés, primaires, lycées et universités sont tous fermés. Pour les parents de jeunes enfants, cela signifie rester à la maison et s’organiser sans filet. Almog, père d’un enfant de deux ans et demi résidant dans le Nord, dit simplement être épuisé. Chaque fois qu’un peu de calme revient, chaque fois qu’ils osent respirer, un nouveau cycle repart et tout s’effondre de nouveau. Son fils ne supporte plus l’instabilité — et lui non plus.
À la différence des cycles précédents, durant lesquels Israël avait le choix du moment pour frapper, la dynamique en cours est différente : c’est à partir d’un tir iranien que la séquence s’est enclenchée, entraînant Israël dans une escalade dont personne ne maîtrise encore le calendrier de sortie. Pour les familles, c’est précisément cette perte de contrôle sur l’horizon qui rend la situation la plus difficile à vivre.
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