« Celui qui n’étudie pas doit s’enrôler » : le candidat ultra-orthodoxe qui dérange Deri et Gafni

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Moti Leitner, président de la liste « Le public harédi », a entamé son parcours politique à Beit Shemesh, où il a fondé avec des partenaires la liste « Derekh », sous le slogan « Des habitants pour les habitants ». Face à ce qu’il décrit comme un « désert » de communautés et d’institutions, la liste est devenue un succès local. Aujourd’hui, Leitner vise la scène nationale. Son objectif : donner une voix à des dizaines de milliers de harédim travailleurs, immigrants, baalei techouva (nouveaux pratiquants) et à d’autres communautés qui ne trouvent pas d’écho dans les partis ultra-orthodoxes traditionnels.

Dans un entretien sans détour, il met les sujets sur la table — de la loi sur l’enrôlement à la violence des éléments extrémistes, en passant par la prise en charge des abus sexuels — dans le but affiché de se soucier de l’avenir de la société harédie.

« Les partis harédiques n’ont pas réussi à défendre le monde de la Torah »

Interrogé sur la nécessité d’un nouveau parti harédi, alors que les partis existants affirment déjà représenter les harédim qui travaillent, Leitner répond sans détour : « Les partis harédiques n’ont pas réussi à représenter et à défendre le monde de la Torah, alors comment défendraient-ils les harédim qui travaillent ? Aujourd’hui, il existe des groupes très importants au sein du secteur harédi qui ne sont pas représentés, et les besoins de nos enfants et de nos communautés restent simplement sans réponse. Nous avons cherché à nous intégrer dans les partis existants, mais nous nous sommes heurtés à l’indifférence. Si nous ne nous présentons pas, le bloc de droite perdra des mandats de personnes qui, tout simplement, n’iront pas voter faute d’avoir quelqu’un pour qui voter. Le public harédi sera représenté à la prochaine Knesset, par tous les moyens nécessaires. »

Sur la question explosive de la loi sur l’enrôlement, qui divise profondément le pays, Leitner adopte une ligne ferme : « La position est claire : celui qui étudie la Torah et pour qui l’étude est sa vocation doit rester assis et étudier — c’est notre valeur suprême. Mais en parallèle, quiconque n’étudie pas doit aller servir au sein des forces de sécurité — service militaire, civil ou national. La folie qui consiste à considérer les étudiants de yeshiva comme des délinquants doit cesser, mais en parallèle, celui qui ne s’enrôle pas et n’étudie pas doit comprendre la portée de son choix, exactement comme les autorités agissent contre quiconque ne paie pas ses impôts. »

Violence, place des femmes et abus sexuels dans le secteur

Interrogé sur les agressions violentes visant des soldats et des policiers dans les quartiers ultra-orthodoxes, Leitner se dit consterné : « C’est effrayant et choquant. Il s’agit d’une pente glissante où les normes se sont totalement estompées. Cela dit, on ne peut pas exiger d’un public entier qu’il change du jour au lendemain, après des décennies durant lesquelles Tsahal n’a en réalité jamais vraiment voulu des harédim, et où ce mensonge arrangeait tout le monde, sans lui proposer des parcours réellement adaptés. »

Sur la question de l’intégration de femmes sur la liste pour la Knesset, il tempère : « Nous venons représenter le public, pas l’éduquer. Le public harédi n’est aujourd’hui pas prêt pour cela et n’y est pas mûr. Les changements se font par les escaliers, pas par l’ascenseur, et nous devons aussi laisser quelque chose pour les générations futures. Ce qui est urgent aujourd’hui, c’est de résoudre les difficultés qui nous empêchent de vivre ici ensemble en tant que peuple uni. »

Concernant les abus sexuels dans le secteur harédi, un sujet dépourvu de représentation politique, Leitner affirme : « C’est l’une des détresses les plus douloureuses et les plus lancinantes du secteur harédi aujourd’hui. Des organisations comme « Magen » accomplissent un travail sacré, mais sans représentation politique harédie, cette action reste une goutte d’eau dans l’océan. Nous mobiliserons les mécanismes gouvernementaux et veillerons à ce qu’ils disposent des outils et des budgets nécessaires pour faire face à cette détresse. »

Interrogé sur la présence d’Eli Yishai sur sa liste, jugée issue de l’ancien establishment, il défend ce choix : « Eli Yishai a, pendant de nombreuses années, sacrifié sa vie pour le public en tant que serviteur public. Il a gagné la confiance et la bénédiction de nombreux grands sages des générations précédentes. »

Sur une éventuelle coalition avec Gadi Eizenkot, Leitner reste catégorique : « Notre engagement est total envers le bloc religieux-sioniste et le bloc de droite dirigé par Netanyahou, qui ont prouvé pendant des décennies leur engagement envers le monde de la Torah, et nous croyons en la victoire de ce bloc. Cela dit, en temps de guerre, il est juste qu’il y ait un gouvernement d’union large qui œuvre à la reconstruction du peuple. » Sur la réforme judiciaire, il appelle à une approche partagée et responsable entre les différents courants politiques, à l’image des ébauches d’accord presque trouvées à la résidence présidentielle à la veille du 7 octobre.

Sur des sujets connexes, notre rédaction avait déjà suivi de près les tensions autour de la loi sur l’enrôlement des harédim et les positions des partis ultra-orthodoxes traditionnels sur ce dossier explosif.

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