Après près de deux années de fermeture totale, le passage de Rafah, principal point de sortie de la bande de Gaza vers l’Égypte, s’apprête à rouvrir à la circulation dans les deux sens. Cette décision, finalisée par l’establishment sécuritaire israélien, provoque déjà une onde de choc politique et sécuritaire, tant en Israël qu’au sein de l’opinion publique concernée par les enjeux de sécurité nationale.
Selon les informations diffusées mercredi matin, les préparatifs opérationnels sont désormais achevés et l’ouverture effective du passage pourrait intervenir dans les tout prochains jours, voire dès jeudi. Il s’agirait de la première ouverture à la circulation des personnes vers et depuis Gaza depuis près de deux ans, une période marquée par des restrictions extrêmes liées à la situation sécuritaire et aux affrontements répétés avec le Hamas.
D’après les modalités retenues, toute personne souhaitant entrer ou sortir de la bande de Gaza devra obtenir une autorisation égyptienne préalable. Les listes de passagers seront ensuite transmises aux services de sécurité israéliens, en particulier au Shin Bet, pour validation sécuritaire. En revanche, et c’est l’un des points les plus controversés de la décision, les personnes quittant Gaza ne seront pas soumises à un contrôle physique israélien direct.
Contrairement aux déclarations récentes du Premier ministre israélien, le filtrage sur place ne sera pas assuré par des forces israéliennes, mais par une mission de l’Union européenne, assistée de personnels locaux gazaouis opérant pour le compte de l’Autorité palestinienne. Israël, de son côté, se contentera d’un contrôle à distance, fondé sur des moyens technologiques avancés.
Concrètement, un agent de sécurité israélien sera positionné dans une salle de contrôle et observera en temps réel la zone dite de la « carrousel », par laquelle transitent les voyageurs vers l’Égypte. Grâce à des systèmes de reconnaissance faciale, il pourra vérifier que les personnes autorisées correspondent bien aux identités validées en amont. À l’aide d’un dispositif de commande à distance, l’agent pourra également ouvrir ou fermer le passage instantanément, notamment en cas de tentative de sortie non autorisée ou de soupçon d’infiltration.
Cette architecture sécuritaire inédite suscite de vives critiques en Israël. Plusieurs responsables politiques et experts sécuritaires dénoncent un affaiblissement du contrôle souverain israélien, estimant que la délégation de responsabilités à des acteurs étrangers et à des structures palestiniennes locales constitue un risque majeur. « Il s’agit d’un pari dangereux, surtout après ce que nous avons vécu ces dernières années », confie un ancien haut responsable sécuritaire sous couvert d’anonymat.
Du côté de l’armée israélienne, Tsahal assure toutefois que le dispositif mis en place permet un niveau de contrôle suffisant, combinant coopération internationale, renseignement préalable et surveillance technologique continue. Selon des sources militaires, la possibilité de bloquer immédiatement le passage en cas d’incident constitue une garantie opérationnelle essentielle.
Sur le plan régional, l’Égypte joue un rôle central dans ce mécanisme. Le Caire apparaît une nouvelle fois comme un acteur pivot dans la gestion du dossier gazaoui, servant d’intermédiaire entre Israël, les Palestiniens et les instances internationales. L’implication de l’Union européenne vise quant à elle à donner une dimension internationale et « neutre » au contrôle du passage, tout en réduisant les frictions diplomatiques.
Pour les habitants de la bande de Gaza, cette réouverture représente un espoir concret de mobilité après des mois d’enfermement quasi total. Mais en Israël, la décision est perçue par une partie de la population comme un geste prématuré, voire comme une concession injustifiée dans un contexte de menaces persistantes.
À l’approche de l’ouverture effective du passage de Rafah, une chose est certaine : cette décision marque un tournant stratégique sensible, dont les conséquences sécuritaires, politiques et humaines ne manqueront pas de se faire sentir très rapidement.






