L’affaire dite de « l’espion du Commandement Sud » connaît un tournant judiciaire majeur. Assaf Shmuelevitz, officier de réserve issu du renseignement militaire, a saisi le tribunal de district de Beersheba afin d’être déclaré pénalement irresponsable en raison de troubles psychiatriques. Cette requête intervient après la levée de l’ordonnance de non-publication de son identité et alors que la procédure pénale se poursuit.
Selon ses proches, Shmuelevitz souhaiterait désormais mettre fin à la bataille judiciaire pour se concentrer sur son état mental. Sa famille affirme qu’il est détenu depuis plus de deux ans dans des conditions difficiles, sous la supervision du service pénitentiaire israélien, et qu’il aurait été exposé à des menaces et à des violences liées aux rumeurs entourant l’affaire. Elle soutient que depuis la divulgation de son nom, la pression médiatique et publique aurait aggravé sa situation psychologique.
Par l’intermédiaire de son avocate, Me Rittigstein Eisenner, la défense affirme que la demande repose sur trois expertises médicales distinctes. Selon elle, les conclusions indiqueraient qu’il ne s’agit pas d’un individu animé par un mobile économique ou idéologique, ni d’une personne ayant intentionnellement porté atteinte à la sécurité de l’État. L’avocate insiste sur le fait que le procès serait devenu pour son client une épreuve psychologique insoutenable et appelle à ne pas instrumentaliser cette affaire à des fins politiques ou médiatiques.
Le tribunal devra désormais se prononcer sur son aptitude à comparaître et déterminer si son état mental justifie une exemption de responsabilité pénale. Cette décision pourrait profondément influencer la suite de la procédure.
Les faits reprochés à Shmuelevitz demeurent toutefois d’une gravité exceptionnelle. Selon l’acte d’accusation, il aurait méthodiquement cherché à accéder à des informations classifiées au sein de l’armée israélienne, Tsahal. Il est soupçonné de s’être fait passer pour un officier de réserve au grade de capitaine et d’avoir présenté un faux document de nomination le désignant à un poste sensible au sein du centre opérationnel du Commandement Sud.
Grâce à ce document falsifié, il aurait participé à des réunions classifiées et eu accès à des informations hautement sensibles, notamment des données sur les déploiements de forces, des capacités technologiques confidentielles, des lacunes opérationnelles et des plans militaires en cours. Les enquêteurs estiment qu’il aurait photographié des documents confidentiels à l’aide de son téléphone personnel, enregistré des conversations sensibles et consigné des notes détaillées contenant des éléments de renseignement.
Une partie des informations collectées aurait, selon les soupçons, été transmise à des civils et à des militaires non habilités à en prendre connaissance. Ces éléments ont alimenté les critiques sur les procédures de contrôle et de filtrage à l’entrée des installations sensibles en période d’urgence.
L’un des épisodes les plus marquants de l’enquête concerne une image montrant Shmuelevitz à proximité de l’ancien ministre de la Défense Yoav Gallant lors d’une visite au centre opérationnel au début des combats. Cette séquence a renforcé les interrogations sur les failles sécuritaires ayant permis à un individu présumé non autorisé d’intégrer un environnement stratégique.
La défense soutient pour sa part que Shmuelevitz aurait agi ouvertement sous son identité réelle après le 7 octobre, qu’il aurait été contrôlé à l’entrée des bases et même mobilisé pour le service de réserve. Selon sa famille, toutes ses actions auraient été effectuées avec l’accord et sous la supervision d’officiers supérieurs qui le connaissaient personnellement. Elle affirme que son intention aurait été d’apporter son expérience au profit de l’effort de guerre.
Au-delà des débats juridiques, l’affaire soulève des questions plus larges sur la gestion des habilitations en temps de crise, la pression exercée sur les structures militaires après le 7 octobre et la vulnérabilité potentielle des centres opérationnels. Elle met également en lumière la frontière délicate entre responsabilité pénale et troubles psychiatriques, dans un dossier mêlant sécurité nationale et drame humain.
Le tribunal devra trancher entre ces deux dimensions : la gravité des accusations liées à l’accès présumé à des informations classifiées et l’argument d’une altération de discernement invoqué par la défense. Sa décision sera déterminante non seulement pour l’avenir judiciaire d’Assaf Shmuelevitz, mais aussi pour la manière dont des cas similaires seront appréhendés à l’avenir.







