Des fantômes, des personnages qui font froid dans le dos et des femmes en tenue d’entraînement très courte qui dansent dans une salle de sport : ces images ne proviennent pas d’une fête d’Halloween organisée à New York ou à Londres. Elles ont été filmées ce week-end en Iran, un pays identifié depuis des décennies à des lois vestimentaires rigides, à des restrictions imposées aux femmes et à une surveillance étroite de la vie publique. Ces scènes ont de quoi surprendre : elles dévoilent une autre facette de la vie quotidienne iranienne, loin de l’image que la plupart des gens se font du pays depuis l’extérieur de ses frontières.
L’une des vidéos, diffusée le 31 octobre sur le réseau X, montre des jeunes déguisés déambulant dans la rue, se filmant les uns les autres entre les vitrines des boutiques. Radio Farda a attribué une partie de ces images à la rue Iranshahr, à Téhéran, non loin du parc des Artistes, tandis qu’Iran International a précisé que les séquences provenaient en réalité de plusieurs endroits différents du pays. Selon des informations parues le même jour, des unités paramilitaires du Bassidj, épaulées par des agents en civil, seraient intervenues sur place pour disperser les participants, ordonner aux familles présentes de quitter les lieux et fermer les cafés avoisinants ; plusieurs personnes auraient été interpellées.
🧵1/4 🇮🇷 HALLOWEEN IN TEHRAN – DESPITE THE OFFICIAL BAN
– Crowds in costumes filled Iranshahr Street in central Tehran on Oct 29–30
– Iran’s Chamber of Guilds (state-backed trade body) had banned Halloween events in public venues and warned cafes they could be closed
The people still came out. https://t.co/tW1SmZJDtK
— Lord Bebo (@MyLordBebo) October 31, 2026
L’un des témoignages les plus inattendus provient, contre toute logique, d’une salle de sport réservée aux femmes à Téhéran. Dans une vidéo publiée sur Instagram par l’utilisatrice viktonicca, on voit des femmes en tenue d’entraînement très dévoilée et en costume d’Halloween s’entraîner et danser sous un éclairage rouge, au sein du club Luna Wellness Club.
La publication a été vue environ 156 000 fois et a suscité une avalanche de réactions étonnées. Un internaute a demandé où se trouvaient les hommes ; la propriétaire du compte a répondu qu’il s’agissait d’un entraînement réservé exclusivement aux femmes. Un autre utilisateur a eu du mal à croire que la scène avait réellement été tournée en Iran.
🇮🇷 Oppressed Iranian teenagers take to the streets of Tehran to celebrate Halloween, embracing the spooky festivities despite ongoing war tensions.
Not quite the picture Western warmongers want you to believe. https://t.co/FdRDbXI8Zi
— Censored Humans (@CensoredXHumans) October 31, 2026
Ces réactions, justement, montrent à quel point ces images tranchent avec l’image que beaucoup se font de l’Iran depuis l’étranger, et à quel point les réseaux sociaux permettent d’entrevoir des pans de la vie quotidienne qui n’arrivent pas toujours jusque dans les journaux.
Derrière l’écran, pourtant, les célébrations d’Halloween en Iran ne sont pas accueillies avec bienveillance par le pouvoir. À l’approche de la fête, la Chambre des corporations iranienne avait publié des restrictions visant l’ensemble des commerces du pays, leur interdisant d’organiser des cérémonies ou des rassemblements liés à Halloween, d’en faire la publicité ou d’en vendre les accessoires. L’organisme justifiait cette décision par la nécessité de préserver les valeurs culturelles locales d’une influence occidentale jugée indésirable.
Selon des médias iraniens, 19 commerces ont été fermés dans la province de Qazvin en raison d’activités liées à Halloween. Iran International a par ailleurs rapporté la dispersion de fêtards rue Iranshahr, à Téhéran, ainsi que des témoignages évoquant des arrestations et des actes de violence commis par les forces de sécurité. Ces informations sur les arrestations n’ont pas été confirmées de manière indépendante.
The regime in #Iran grudgingly allows young men and women in Tehran to celebrate Halloween, while those it has recruited from Pakistan to Yemen, Kuwait, Iraq, and Lebanon are expected to die fighting for it.
https://t.co/yzJt9VRpw0— Ahmed Quraishi (@_AhmedQuraishi) October 31, 2026
Selon une analyse parue le même jour, cet épisode dépasse la simple anecdote : il illustrerait un fossé générationnel qui ne cesse de se creuser en Iran, entre une partie de la jeunesse en quête de liberté personnelle et un pouvoir qui continue d’exiger une conformité idéologique stricte. Des décennies d’ingénierie culturelle menée par l’État n’auraient pas suffi, toujours selon cette même analyse, à éteindre l’attrait des jeunes Iraniens pour une culture mondialisée.
Malgré les restrictions, les vidéos ont continué d’être publiées et ont atteint des centaines de milliers de spectateurs. Pour ceux qui vivent hors d’Iran, elles offrent un aperçu rare de la façon dont une partie de la jeunesse du pays occupe son temps, célèbre et partage sa vie sur les réseaux sociaux, même lorsque ces célébrations suscitent l’opposition déclarée des autorités.
The Islamic Republic banned Halloween parties in Iran this year. Cafes and restaurants were warned not to host events or sell decorations, or face being sealed shut. Officials told people to stick to “national and religious rites” instead.
Young people went out anyway. Videos from Thursday night show them in costumes and face paint in Tehran, Shiraz, Mashhad, and Bushehr. Some of the women are not wearing hijab. Decorations were already on sale in the Tehran bazaar.
The same regime whose crowds chant “Death to America” cannot stop its own kids from dressing up for an American holiday. Ordinary young people just wanted a normal night. The Islamic Republic cannot even control that.
https://t.co/ivDHSE896K— Siaxares 🇮🇷 🇺🇸 (@siaxares) October 31, 2026
Sur le même sujet, Alyaexpress-News a suivi plusieurs épisodes de la contestation qui traverse la société iranienne : « Un moment historique » : Zvi Yehezkeli affirme qu’une véritable révolution est désormais possible en Iran, le bilan glaçant présenté dans « En Iran, la terreur d’État : un mois d’octobre marqué par un record d’exécutions », ou encore ce rapport français évoquant une tentative d’écarter Khamenei avant le pic des manifestations du mois dernier.



