Un groupe juif affirme qu’un mémorial de Gaza exposé dans une église britannique contenait des noms de terroristes

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La Leeds Minster a vraisemblablement exposé les noms de terroristes du Jihad islamique palestinien dans une tapisserie commémorant les morts de la guerre de Gaza, affirme le Conseil représentatif juif de Leeds.

L’œuvre, intitulée « Stitch The Names Together » — coudre les noms ensemble —, comporte plus de 50 000 noms de Gazaouis tués pendant la guerre déclenchée par le massacre du 7 octobre. Elle a été réalisée par la militante irlandaise Mary Evers, avec l’aide de volontaires issus de groupes pro-palestiniens.

Le Conseil représentatif juif a saisi l’église, qui relève de l’Église d’Angleterre, après avoir identifié au moins douze noms susceptibles d’être ceux de membres du Jihad islamique palestinien.

Ce qui fonde le soupçon est précis : selon le Jewish Chronicle, qui a révélé l’affaire, les noms et les âges figurant sur la tapisserie correspondent aux registres de décès publiés par l’organisation terroriste elle-même.

Deux d’entre eux sont nommément cités. Karam Tayseer Mahmoud al-Jourani, décrit comme commandant de section sur le terrain au sein du bataillon Est du Jihad islamique à Rafah. Et Muhammad Noman Fadl Hajji, opérateur d’artillerie dans la brigade de Gaza de la même organisation.

Après examen de l’exposition, l’église a fait retirer les panneaux contenant ces douze noms.

Mais le Conseil représentatif juif avertit que d’autres terroristes pourraient figurer parmi les dizaines de milliers de personnes commémorées. Et pour cause : il n’a examiné qu’environ 4 000 noms sur plus de 50 000. Il demande donc à l’église de confronter la liste complète aux registres du Jihad islamique.

Autrement dit, douze noms retirés sur un échantillon représentant moins d’un dixième de l’œuvre. La proportion, rapportée à l’ensemble, pose une question que personne n’a encore tranchée.

La Leeds Minster devait par ailleurs examiner la diligence exercée avant l’exposition de la tapisserie.

Le second grief du Conseil est d’une autre nature. Il porte sur ce que le mémorial ne montre pas.

L’organisation objecte que l’œuvre commémore exclusivement des Palestiniens, sans mentionner les Israéliens tués depuis le 7 octobre. Dans une lettre adressée à l’église et citée par le Jewish Chronicle, elle rappelle que plus de 800 civils israéliens ont été assassinés le 7 octobre, et soutient que des vies innocentes ne devraient pas se voir attribuer des degrés de sainteté différents.

Le Conseil dit comprendre que des familles endeuillées, à Gaza comme en Israël, se concentrent sur leurs propres proches et leur propre communauté. Ce qu’il interroge, c’est qu’une église située à des milliers de kilomètres du conflit adopte la même approche.

Et il formule le reproche central : exposer un mémorial qui opère une distinction entre victimes civiles, tout en étant incapable de garantir l’exclusion de terroristes, a suscité des réactions d’inquiétude et de colère au sein de la communauté juive. Quelles vérifications, demande-t-il, les organisateurs de l’exposition et l’église elle-même ont-ils effectuées sur ce qui est présenté dans un lieu de culte ?

La ville n’est pas anodine : Leeds abrite la troisième communauté juive du Royaume-Uni.

Du côté des organisateurs, le registre est celui de la mémoire partagée.

Mary Evers a déclaré au Yorkshire Evening Post que chaque point de broderie représentait une vie humaine, et décrit comme une expérience éprouvante le fait de se tenir devant l’œuvre. Elle explique avoir délibérément choisi Leeds pour ce qu’elle présente comme la compréhension qu’a cette ville de la résilience et de la solidarité, en souhaitant que les visiteurs voient dans les personnes commémorées des individus plutôt que des statistiques.

Le chanoine Paul Maybury, de la Leeds Minster, a indiqué au même journal que l’église avait toujours été un lieu où les habitants pouvaient se réunir pour le deuil collectif et le recueillement. Il présente l’accueil de ce mémorial comme s’inscrivant dans l’engagement de l’édifice en faveur de la paix et de la solidarité interreligieuse.

Un point mérite toutefois d’être noté. Contacté par le Jewish Chronicle au sujet de ces accusations, le chanoine n’y a pas répondu directement, selon le journal. Il a transmis à la place des extraits de son discours d’inauguration.

Dans ces propos, il rappelait que la Minster commémore déjà de façon permanente des centaines de personnes, et jugeait approprié d’accueillir une exposition itinérante en mémoire des adultes et des enfants tués à Gaza depuis octobre 2023. Il décrivait l’ensemble comme un acte pacifique de mémoire, dans une chapelle utilisée quotidiennement pour la prière et le recueillement. Il reconnaissait également que des civils israéliens avaient été tués depuis octobre 2023, et invitait les visiteurs à se recueillir et à prier en circulant parmi les panneaux.

Le Jewish Chronicle indique avoir aussi sollicité Mary Evers pour réaction.

Reste que l’exposition s’est tenue pendant les Grandes Fêtes juives. Pour les fidèles de Leeds qui se rendaient à la synagogue pour Roch Hachana, une église du centre-ville exposait au même moment un mémorial dont ils venaient de découvrir qu’il contenait probablement les noms de combattants d’une organisation terroriste.

Sur le climat visant les Juifs britanniques, nos publications précédentes apportent le contexte. Nous avions rapporté l’incendie criminel des ambulances de la communauté juive à Londres, le classement du Centre Simon Wiesenthal sur les pires cas d’antisémitisme, ainsi que les déclarations de l’ancien maire de Londres Ken Livingstone.

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