Vendredi soir, à New York, le Yankee Stadium accueillait le derby entre les Yankees et les Mets, jour du vingt-cinquième anniversaire des attentats du 11 septembre 2001. À vingt et une heures onze précises, un spectateur muni d’un drapeau palestinien a enjambé la barrière depuis les sièges du champ gauche et s’est élancé vers le champ centre.
Il a échappé quelques secondes à plusieurs policiers et agents de sécurité du stade avant d’être plaqué au sol sur la pelouse du champ extérieur. Les vidéos diffusées ensuite le montrent se débattant pendant qu’on l’évacue.
La réaction du public a été immédiate et sans nuance. Des huées ont parcouru les gradins. Des spectateurs installés au-dessus de l’enclos des lanceurs des Mets lui ont jeté des canettes de bière et des boissons tandis qu’on l’emmenait derrière le mur du champ centre. Puis les tribunes ont entonné des chants scandant « USA », repris par les supporters des deux camps — chose rare dans un stade où ces deux publics ne s’accordent sur presque rien.
On September 11, outside the 9/11 Memorial, a neo-Nazi group is spreading hatred on the streets of New York City.
History has taught us not to ignore inciting rhetoric or dismiss provocative displays of hate.
On the eve of Rosh Hashanah, New York must wake up.
“Never Again” is… pic.twitter.com/s5q5A59xt7
— Danny Danon 🇮🇱 דני דנון (@dannydanon) September 11, 2026
L’interruption est tombée à un moment charnière de la rencontre. On jouait le début de la septième manche, les Yankees menaient cinq à deux, les buts étaient remplis, il y avait deux retraits et le compte était plein. Francisco Lindor se tenait au marbre face au lanceur Brent Headrick. Celui-ci a dû s’échauffer de nouveau pendant l’arrêt de jeu, puis il lui a suffi d’un lancer pour retirer Lindor sur une balle en flèche renvoyée vers le monticule. Les Yankees l’ont emporté six à quatre.
La soirée avait pourtant commencé tout autrement. Avant le premier lancer, le club avait rendu hommage aux victimes des attentats et réuni sur le terrain plusieurs membres de l’équipe championne de 2001 — Derek Jeter, Mariano Rivera, Jorge Posada, Paul O’Neill, Tino Martinez et Scott Brosius. Le chanteur Lee Greenwood y a interprété son hymne patriotique. Les lancers protocolaires ont été confiés à des enfants d’hommes tués le 11 septembre, dont la fille d’un pilote de ligne dont l’appareil avait été détourné.
La police a depuis identifié l’intrus : Kelly Marcucci, 38 ans, résident de Long Island. Il fait l’objet de deux poursuites — un délit pour interférence avec un événement sportif professionnel, et une contravention pour intrusion. Ce sont des infractions mineures au regard du droit new-yorkais. Les Yankees ont refusé de commenter l’incident.
Plusieurs éléments circulant sur les réseaux au sujet de ses opinions politiques n’ont pas été confirmés par les autorités ni par la presse généraliste, et nous ne les reprendrons pas. Un détail vestimentaire est en revanche visible sur les images et documenté : il portait un maillot floqué d’un slogan de contestation dirigé contre le président américain. Sa démarche relève donc d’un militantisme dont les contours exacts restent à établir.
Ce qui ne relève pas du hasard, en revanche, c’est l’horaire. Vingt et une heures onze, le onze septembre. Une correspondance numérique trop exacte pour être fortuite, choisie pour transformer une infraction mineure en image virale. L’homme n’a pas seulement voulu déployer un drapeau : il a voulu que cette image existe à cette minute-là, ce soir-là, devant ce public-là.
C’est précisément ce calcul qui explique l’intensité de la réaction. Un drapeau brandi dans une manifestation relève de l’expression politique ordinaire. Le même drapeau déployé sur le terrain d’un stade en pleine commémoration d’un attentat islamiste change de fonction : il ne demande plus qu’on l’écoute, il exige qu’on regarde, au moment précis où d’autres se recueillent.
Le procédé n’est pas isolé. Des passagers israéliens de croisière ont été accueillis par des drapeaux palestiniens géants dans des ports grecs, des équipes israéliennes ont vu leur propre drapeau interdit dans des salles européennes, des artistes internationaux se voient tendre des drapeaux sur scène pour créer l’incident. La méthode est constante : viser l’endroit et l’instant où l’attention est maximale et où la contradiction est impossible.
Vendredi soir dans le Bronx, elle a produit exactement l’effet contraire à celui recherché. Cinquante mille personnes, toutes allégeances confondues, se sont levées pour scander le nom de leur pays.
Sur les usages du drapeau palestinien comme instrument de provocation dans le sport et les lieux publics, plusieurs articles de nos archives :
- « Nous avions peur de descendre du bateau » : un immense drapeau palestinien attendait les Israéliens en Crète
- Lady Gaga jette un drapeau palestinien : tollé pro-Gaza, applaudissements en Israël
- L’antisémitisme dans le sport en Grèce : le drapeau israélien interdit pour l’équipe AS Ramat Hasharon



