
Il y a dans cette phrase toute la contradiction de la politique américaine depuis le début de l’opération Shaagat HaAri. D’un côté, Washington bombarde l’Iran avec une puissance de feu décrite comme illimitée. De l’autre, Trump appelle le peuple iranien à se soulever pour renverser le régime. Et maintenant, face aux images de manifestants qui commencent à descendre dans les rues de Téhéran, le président américain leur demande d’attendre. « C’est très dangereux dehors. Beaucoup de bombes tombent. »
Un appel au soulèvement, suivi d’une mise en garde
Depuis le début de l’offensive, Trump multiplie les adresses directes au peuple iranien. Il les a exhortés à « saisir le moment », promis que « l’Amérique est avec vous avec une puissance immense et létale », et appelé les membres des Gardiens de la Révolution à déposer les armes en échange de l’immunité. Le registre était celui de la libération imminente.
Ce mardi, le ton a légèrement changé. Interrogé à la Maison-Blanche sur les premières manifestations signalées en Iran, Trump a exprimé son soutien au mouvement tout en demandant aux Iraniens de ne pas agir dans l’immédiat. La raison invoquée est aussi simple que glaçante dans ce qu’elle révèle de la réalité du terrain : les bombardements en cours rendent la rue trop dangereuse pour que des civils s’y exposent.
Le problème des successeurs : ils sont morts
Trump a également livré une réflexion sur la transition post-conflit en Iran qui illustre l’ampleur des éliminations ciblées menées depuis le début de l’opération. Interrogé sur les personnes susceptibles de diriger l’Iran après la chute du régime, il a reconnu que la plupart de ceux qu’il avait identifiés comme candidats potentiels à une transition ont été tués dans les frappes. « La plupart des gens que nous avions en tête sont morts. »
Cette déclaration, faite sans affect particulier, dit quelque chose d’important sur la profondeur de la décapitation en cours. Israël et les États-Unis ne frappent pas seulement des infrastructures militaires — ils éliminent méthodiquement les cadres intermédiaires et supérieurs d’un régime dont ils souhaitent accélérer l’effondrement. Mais cet effondrement, pour être utile, nécessite des successeurs. Et les successeurs identifiés disparaissent au fil des frappes.
Trump a néanmoins exprimé son optimisme : de nouveaux candidats émergeront, a-t-il affirmé. « Beaucoup de gens veulent le poste, et certains seront très bons. »
L’espoir d’une figure issue de l’intérieur
Au-delà des calculs stratégiques, Trump a exprimé une aspiration plus simple : voir surgir depuis l’Iran même une personnalité capable de réconcilier le pays avec lui-même et avec le reste du monde. Il s’est dit ouvert à coopérer avec un nouveau gouvernement iranien, même s’il devait inclure des éléments de l’ancien régime — pourvu que la politique étrangère et nucléaire change radicalement.
Ce pragmatisme assumé tranche avec le discours de rupture totale que certains attendaient. Pour Trump, l’objectif n’est pas la destruction de l’État iranien mais la neutralisation de ses ambitions nucléaires et régionales. Un Iran différent, dirigé différemment, reste un interlocuteur possible.





