Spécial depuis la frontière Éthiopie–Somaliland : « C’était une seule terre, ils l’ont divisée en trois »

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Pendant des décennies, le Somaliland a été un angle mort de la géopolitique mondiale. Un territoire stable, fonctionnel, doté d’un gouvernement, d’une monnaie, d’une armée et d’élections régulières, mais que personne ne reconnaissait officiellement. Aujourd’hui, cette anomalie historique est en train de devenir un point névralgique du jeu de puissance autour de la mer Rouge, l’une des artères maritimes les plus stratégiques de la planète. Des guerres tribales autour des chameaux aux rivalités mondiales autour des ports, le Somaliland est passé de la périphérie à l’échiquier central.

Ethiopia–Somalia border - Wikipedia

Pour comprendre cette mutation, il faut revenir à l’effondrement de la Somalie au début des années 1990. La guerre civile, la famine, l’implosion de l’État et l’intervention internationale ratée ont plongé le sud du pays dans un chaos durable. Tandis que Mogadiscio s’enfonçait dans la violence, le nord – correspondant à l’ancien protectorat britannique – prenait une autre voie. En 1991, le Somaliland proclamait unilatéralement son indépendance et se retirait du conflit. Depuis, il vit de facto comme un État souverain, en paix relative, loin des milices islamistes et des guerres par procuration.

Cette stabilité a longtemps été ignorée. Les frontières héritées de la colonisation, la crainte d’un effet domino en Afrique et le dogme de l’unité somalienne ont bloqué toute reconnaissance internationale. Pourtant, sur le terrain, la réalité est claire : il existe aujourd’hui trois entités distinctes là où se trouvait autrefois la Somalie unifiée – le Somaliland, le Puntland et le sud contrôlé par le gouvernement de Mogadiscio.

DP World and Somaliland open new terminal at Berbera Port ...

Le véritable tournant est géostratégique. Le Somaliland possède un atout majeur : sa façade maritime sur le golfe d’Aden, à quelques encablures du détroit de Bab el-Mandeb, passage obligé entre l’océan Indien et la mer Rouge. Environ 12 % du commerce mondial y transite, reliant l’Asie à l’Europe via le canal de Suez. Dans un contexte de tensions croissantes – attaques des Houthis, rivalités navales, militarisation des routes maritimes – chaque port, chaque base, chaque piste d’atterrissage prend une valeur stratégique disproportionnée.

Le port de Berbera est devenu l’un des joyaux convoités de la région. Déjà utilisé par l’Éthiopie, pays enclavé de plus de 120 millions d’habitants, il représente pour Addis-Abeba une porte vitale vers la mer. L’Éthiopie a tout intérêt à voir le Somaliland reconnu, voire à conditionner cette reconnaissance à un accès portuaire renforcé. Dans cette logique, le Somaliland devient une pièce clé de l’équilibre régional.

Red Sea | Map, Middle East, Shipping, Marine Ecosystems, & Geology ...

Mais l’Éthiopie n’est pas seule. La Turquie, les Émirats arabes unis, la Chine, la Russie et l’Iran regardent tous vers la mer Rouge. La Turquie, en particulier, a massivement investi en Somalie du Sud, entraîné l’armée de Mogadiscio et établi une présence militaire afin de projeter son influence jusqu’au Bab el-Mandeb. Une implantation israélienne ou alliée au Somaliland vient directement contrarier cette stratégie.

La Chine, de son côté, avance de manière plus silencieuse mais tout aussi déterminée. Elle dispose déjà d’une base militaire à Djibouti, contrôle des infrastructures portuaires et ferroviaires et déploie la plus grande flotte de pêche industrielle au monde. En Afrique de l’Est, Pékin sécurise des ressources alimentaires et énergétiques tout en consolidant sa présence navale. Le Somaliland, s’il bascule dans une sphère d’influence hostile, pourrait devenir un obstacle à cette projection chinoise.

C’est dans ce contexte qu’Israël entre en scène. Pour Jérusalem, le contrôle indirect ou l’accès stratégique à des infrastructures en mer Rouge répond à un impératif sécuritaire clair : contenir l’Iran, limiter les capacités des Houthis et sécuriser les routes maritimes reliant l’Asie à l’Europe. Le Somaliland s’inscrit dans ce que certains analystes appellent déjà un « arc oriental » de dissuasion, allant du Soudan au golfe d’Aden.

Djibouti's 'military base' diplomacy - Gateway House

Ce mouvement suscite des oppositions. L’Égypte, inquiète pour le canal de Suez, la Turquie, concurrencée frontalement, et la Russie, alliée tactique de l’Iran, voient d’un mauvais œil toute reconnaissance du Somaliland qui renforcerait le camp occidental et israélien. Mais les faits restent têtus : le Somaliland existe, fonctionne et occupe une position géographique que personne ne peut ignorer.

Au fond, le débat sur sa reconnaissance relève moins du droit international que de la realpolitik. La terre a déjà été divisée. Les équilibres ont déjà changé. Et dans la grande partie d’échecs qui se joue autour de la mer Rouge, le Somaliland n’est plus un pion oublié, mais une pièce maîtresse.

 

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