Pour la troisième fois depuis son retour à la Maison-Blanche, l’administration du président Donald Trump a choisi de contourner les mécanismes traditionnels de contrôle du Congrès afin d’autoriser d’importantes ventes d’armes à Israël. Vendredi, le Département d’État américain a annoncé une série de contrats d’armement en faveur d’Israël pour un montant dépassant les 6,5 milliards de dollars, déclenchant une vive colère parmi les élus démocrates au Sénat et à la Chambre des représentants.
Selon l’annonce officielle, ces ventes comprennent notamment des hélicoptères d’attaque Apache, des véhicules blindés tactiques terrestres et des équipements critiques destinés aux forces terrestres israéliennes. La décision a été rendue publique sans attendre la validation informelle des commissions parlementaires compétentes, un usage de longue date qui, sans être inscrit dans la loi, constitue un pilier du contrôle législatif sur les exportations d’armes américaines.
Une procédure contournée, mais pas illégale
Dans le fonctionnement habituel de Washington, les grandes ventes d’armes à l’étranger sont soumises à une phase dite de « révision informelle » par les commissions des Affaires étrangères et de la Défense du Congrès. Cette étape permet aux parlementaires de poser des questions, de demander des clarifications et, parfois, de bloquer temporairement une transaction. Or, dans ce dossier, le Département d’État a décidé de ne pas attendre l’aval des responsables des commissions, invoquant des prérogatives exécutives élargies.
Le secrétaire d’État Marco Rubio, qui supervise directement ces décisions, a choisi d’activer une procédure exceptionnelle déjà utilisée à deux reprises auparavant pour Israël. Techniquement, cette démarche n’enfreint pas la loi américaine, mais elle sape une tradition institutionnelle vieille de plusieurs décennies, conçue pour assurer un équilibre entre l’exécutif et le législatif.
Quatre « dossiers » pour plus de 6 milliards de dollars
Les ventes annoncées se répartissent en quatre lots distincts. Le plus important concerne l’acquisition d’hélicoptères de combat Apache pour un montant estimé à 3,8 milliards de dollars. Ces appareils, déjà utilisés par l’armée de l’air israélienne, jouent un rôle clé dans les opérations de soutien rapproché et les frappes de précision.
Un second lot, évalué à 1,98 milliard de dollars, porte sur des véhicules tactiques légers JLTV, version modernisée des Humvees, destinés à renforcer la mobilité et la protection des forces terrestres. Les deux autres dossiers incluent des hélicoptères légers AW119 Koala ainsi que des pièces essentielles pour les blindés Namer de Tsahal.
Selon des sources citées par le New York Times, ces dossiers étaient examinés depuis plusieurs mois par les commissions parlementaires, sans qu’aucune approbation formelle n’ait été donnée. Le démocrate Gregory Meeks, figure de proue de la commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants, a confirmé avoir adressé plusieurs demandes d’éclaircissements au Département d’État, restées sans réponse.
La colère des démocrates au Congrès
Dans une déclaration écrite particulièrement sévère, Gregory Meeks a dénoncé une « nouvelle atteinte au rôle constitutionnel de supervision du Congrès ». Il affirme avoir été informé seulement une heure avant l’annonce officielle que l’administration Trump comptait ignorer la procédure de contrôle informel et rendre publiques les ventes d’armes.
Pour de nombreux élus démocrates, ce contournement répété alimente le sentiment que l’exécutif marginalise volontairement le Congrès sur des décisions aux implications stratégiques et morales majeures. Certains y voient aussi une tentative de réduire la visibilité médiatique et politique de ces ventes, d’autant plus que les annonces ont été publiées après 17 heures un vendredi, un créneau souvent utilisé à Washington pour limiter la couverture médiatique.
Israël, bénéficiaire central de l’aide américaine
Les États-Unis accordent à Israël une aide militaire annuelle d’environ 3,8 milliards de dollars, dans le cadre d’un accord bilatéral à long terme approuvé par le Congrès. Depuis le déclenchement de la guerre contre le Hamas en octobre 2023, cette aide a été complétée par plusieurs enveloppes supplémentaires se chiffrant en milliards de dollars.
L’administration Trump, à l’instar de l’administration précédente, considère que le renforcement militaire d’Israël relève d’un impératif stratégique et moral. Des responsables américains insistent sur le droit d’Israël à se défendre face aux menaces régionales, notamment le Hamas, le Hezbollah et l’Iran.
Une contestation croissante aux États-Unis
Parallèlement, la contestation contre ces livraisons d’armes s’intensifie aux États-Unis. Des élus progressistes, des ONG et des figures publiques accusent les administrations successives d’être complices de violations du droit international, voire de « crimes de guerre ». Ces accusations sont rejetées par la Maison-Blanche et le Département d’État, qui rappellent qu’Israël est un allié stratégique clé et que les ventes d’armes respectent le cadre légal américain.
Le mois dernier déjà, Marco Rubio avait utilisé des pouvoirs d’urgence pour approuver une vente d’armes à Israël d’une valeur de 4 milliards de dollars, après une autre transaction de 8 milliards de dollars initiée sous l’administration Biden. Ces précédents expliquent pourquoi l’annonce actuelle est perçue comme une répétition assumée d’une stratégie désormais rodée.
Un signal politique fort
Au-delà des aspects techniques, cette décision envoie un message politique clair : malgré les critiques internes et internationales, l’administration Trump entend maintenir un soutien militaire sans faille à Israël, quitte à froisser une partie du Congrès. En parallèle, le Département d’État a également annoncé une vente de missiles d’interception Patriot à l’Arabie saoudite pour 9 milliards de dollars, cette fois avec l’aval des commissions parlementaires.
Pour les observateurs, la multiplication de ces décisions prises en marge du contrôle parlementaire pourrait accentuer les tensions institutionnelles à Washington. Elle souligne aussi à quel point le dossier israélien reste l’un des plus sensibles et polarisants de la politique étrangère américaine.
À mesure que la guerre se prolonge et que la pression internationale s’accentue, chaque nouvelle livraison d’armes devient non seulement un acte stratégique, mais aussi un test politique pour l’équilibre des pouvoirs aux États-Unis. Et pour la troisième fois, l’administration Trump a choisi de trancher sans attendre l’aval du Congrès.






