Le président colombien assiste à un office de Roch Hachana à la synagogue et déclare : « Je ne cesserai jamais de défendre Israël »

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Samedi matin, le président colombien Abelardo de la Espriella s’est rendu à la synagogue Bet-El de Barranquilla pour se joindre à la communauté juive du pays, réunie pour Roch Hachana. Il y a pris la parole, et ses mots ont dépassé le cadre de la célébration : « Je ne cesserai jamais de défendre Israël, parce que c’est le peuple de Dieu », a-t-il déclaré devant l’assistance, ajoutant qu’il serait toujours aux côtés de l’État hébreu.

Le chef de l’État a lui-même tenu à cadrer sa venue. Il a demandé que sa présence ce matin-là soit comprise pour ce qu’elle était : « un geste de respect, d’affection et de fraternité ». Il a insisté sur la nécessité de restaurer la proximité entre la présidence de la République et la population juive colombienne — une formule qui dit assez clairement que cette proximité s’était perdue.

Le président a poursuivi en appelant juifs et chrétiens à défendre ensemble un socle de valeurs qu’il a énumérées : la foi, la vie, la famille, la dignité humaine, la justice et la paix. Il a conclu en demandant au Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob de bénir chaque famille juive de Colombie et l’ensemble du peuple d’Israël, et en formant des vœux de santé, de prospérité et de paix pour les communautés juives du pays comme du monde entier.

Le lieu choisi porte lui aussi sa charge symbolique. La synagogue Bet-El, installée dans le quartier El Prado de Barranquilla, a été édifiée en 1964 et relève du courant massorti, ou conservateur. Son architecture, issue d’un concours lancé par la communauté ashkénaze de la ville, reprend dans ses formes le motif de l’étoile de David et reste considérée comme un exemple marquant du modernisme architectural local. L’édifice est orienté vers l’est — tourné en permanence vers Israël, selon la formule du rabbin des lieux.

Pour mesurer l’ampleur de ce qui s’est joué samedi, il faut se souvenir d’où vient la Colombie. Sous la présidence de Gustavo Petro, premier gouvernement de gauche de l’histoire du pays, Bogota avait rompu ses relations diplomatiques avec Israël en pleine guerre contre le Hamas, le président sortant accusant l’État hébreu de commettre un génocide à Gaza. La Colombie s’était également associée à la procédure engagée par l’Afrique du Sud devant la Cour internationale de justice. Un pays qui comptait historiquement parmi les partenaires les plus proches d’Israël en Amérique latine, notamment en matière de défense, de renseignement et de technologie, était devenu l’un de ses adversaires les plus bruyants sur le continent.

Le renversement s’est joué le 21 juin dernier. Abelardo de la Espriella, avocat pénaliste et homme d’affaires de 48 ans originaire de la côte caraïbe, surnommé « El Tigre » et sans aucune expérience de la fonction publique, a remporté le second tour avec 49,66 % des voix contre 48,70 % à son adversaire de gauche Iván Cepeda — environ deux cent cinquante mille bulletins d’écart. Il est le premier président colombien élu sans majorité absolue dans le système actuel à deux tours. Les analystes le classent nettement à droite, certains à l’extrême droite, et il revendique un alignement assumé sur Washington. Il a prêté serment le 7 août, à Cali plutôt qu’à Bogota, pour signifier sa volonté d’en découdre avec les groupes armés du sud-ouest du pays.

Avant même son investiture, il avait passé près de trois heures avec le ministre israélien des Affaires étrangères Gideon Sa’ar. Le programme arrêté ce jour-là est considérable : rétablissement des relations diplomatiques, transfert de l’ambassade colombienne à Jérusalem, nomination de nouveaux ambassadeurs, suppression réciproque des visas, reprise des exportations de charbon colombien vers Israël, et retrait de la Colombie de la procédure sud-africaine devant la Cour internationale de justice. Le chef de la diplomatie israélienne avait qualifié cette décision d’historique.

Ce qui s’est passé samedi à Barranquilla n’ajoute donc rien aux accords — mais change la nature du message. Une déclaration de politique étrangère se signe dans un bureau. Une visite dans une synagogue un matin de Roch Hachana, avec une prière au Dieu d’Abraham, relève d’un autre registre : celui de l’adresse directe à une communauté qui s’était sentie abandonnée par son propre État.

Il y a dix-huit mois, les Juifs de Colombie regardaient leur président accuser Israël de génocide devant les tribunes internationales. Samedi, ils l’ont vu entrer dans leur synagogue pour leur souhaiter une douce année. Peu de pays auront basculé aussi vite, et aussi complètement.

Sur les recompositions diplomatiques en Amérique latine et les liens entre la Colombie et Israël, nos archives donnent les repères utiles :

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