Dans une tribune publiée sur Arutz Sheva et initialement parue dans FrontPage Magazine, le journaliste Daniel Greenfield, Shillman Journalism Fellow au David Horowitz Freedom Center et auteur du livre « Domestic Enemies: The Founding Fathers’ Fight Against the Left », résume en une phrase le sort réservé aux Juifs qui se rangent du côté des mouvements anti-Israël : il est impossible d’être suffisamment anti-Israël pour satisfaire un mouvement antisémite.
L’auteur ouvre son texte sur l’image de Brad Lander, suppliant en vain ses alliés musulmans de le laisser rester à un rassemblement hostile aux hindous — une scène qui, selon lui, résume tout le propos de sa démonstration.
Rachel Timoner, que le sénateur Chuck Schumer présente comme « sa rabbin », dénonce Israël sans relâche depuis le 7 octobre. Cette religieuse de gauche, très en vue, a milité au sein de groupes anti-Israël comme J Street et T’ruah, et a cofondé l’organisation de gauche New York Jewish Agenda avec Sharon Kleinbaum — une autre figure religieuse qui avait vu son « temple » se vider après avoir récité des prières pour des terroristes du Hamas.
Quand le Premier ministre Netanyahou est venu s’exprimer devant les Nations unies, Timoner a pris la parole lors d’un rassemblement « pour exiger que Netanyahou rende compte de ses crimes de guerre », rejetant sur le dirigeant israélien la responsabilité d’attaques antisémites commises par des musulmans contre des Juifs — dont une attaque terroriste musulmane visant à tuer des enfants juifs d’âge préscolaire. Elle a jugé « totalement inacceptable de passer sa colère contre Netanyahou sur les Juifs américains, de quelque manière que ce soit — mais les victimes de Bibi Netanyahou comptent aussi des parents juifs à travers l’Amérique qui craignent pour leurs enfants en raison de la violence antisémite déclenchée en réaction à ses actes ».
Mais quoi qu’elle ait fait, ses propres alliés politiques se sont retournés contre elle : une école élémentaire du voisinage a rompu une relation de cinquante ans avec son temple, invoquant la question d’Israël. « Cette décision a été prise sans que personne, à l’école, ne vienne nous parler en tant que voisins de leurs préoccupations, ou pour vérifier si leurs suppositions à notre sujet étaient fondées — sans même nous dire qu’ils rompaient ce lien », s’est plainte Timoner devant ses fidèles lors de Yom Kippour. « Cela a fait que beaucoup d’entre nous se sont sentis seuls et incompris. »
Timoner s’était pourtant fait arrêter en manifestant contre l’ICE et contre Donald Trump, avait reçu Zohran Mamdani, et avait écrit un article défendant le BDS. On pouvait la retrouver hurlant devant l’ONU et devant l’ambassade d’Israël son opposition à la guerre menée par Israël contre le Hamas. « Il faut s’approcher doucement et gentiment, et dire : laissez-moi vous expliquer pourquoi cela blesse. Ne faites pas de suppositions à notre sujet », a-t-elle plaidé après une réunion où elle avait sans doute exposé tous ses titres de gloire progressistes et son soutien indéfectible à l’ensemble du programme de la gauche, même contre Israël. Et pourtant, comme on disait autrefois, « pour moi, vous êtes Park Avenue ; pour eux, vous êtes la Quatrième Avenue ».
Son allié politique Brad Lander, parvenu au Congrès en s’alignant sur Mamdani et en obtenant son soutien pour évincer un candidat pro-israélien, s’était lui aussi retourné contre Israël et contre les Juifs, allant jusqu’à prononcer des prières dans une mosquée où l’imam appelait à la mort des non-musulmans. Il s’est présenté pour soutenir une action musulmane contre un événement hindou — avant d’en être expulsé et traité de « sioniste ». Lander, qui avait faussement accusé Israël de « génocide », s’est plaint : « Ils me rendent très difficile le fait de partir. Ils n’ont aucun droit de me dire où me tenir. » Pour reprendre la même formule : pour les uns, un membre de la résistance progressiste ; pour les autres, un « sioniste génocidaire ».
Un scénario quasi identique s’est joué au sein du parti Vert britannique, dirigé par Zack Polanski, homosexuel et d’origine juive, qui a calqué sa trajectoire sur celle de Bernie Sanders en fondant son identité politique sur le dénigrement d’Israël. Des membres de sa propre famille, qui ne lui parlent plus, ont déclaré qu’« il est actuellement le dirigeant du futur parti islamique de Grande-Bretagne » et que « le plus fou, c’est qu’il est homosexuel, qu’il est juif, mais qu’il se rapproche de gens dont l’idéologie est l’antithèse complète de tout ce qu’il est censé représenter. C’est comme s’il était un poulet qui nous demandait de voter KFC. »
Lorsqu’un homme somalien de confession musulmane a poignardé deux personnes juives, dans une attaque dont l’Iran a revendiqué la responsabilité, Polanski a condamné les policiers pour avoir employé la force afin d’arrêter le terroriste.
Des candidats du parti Vert avaient déjà fait la promotion du Hamas et affirmé que « percuter une synagogue n’est pas de l’antisémitisme, c’est de la vengeance ». Une résolution a ensuite été déposée par un « proche ami » d’un terroriste d’Al-Qaïda, lequel avait appelé à ce que les « sionistes » soient « pourchassés » dans le monde entier, réclamant la destruction d’Israël et menaçant d’interdire aux Juifs l’accès aux synagogues jugées « sionistes » — ce qui, compte tenu du lien biblique entre le peuple juif et la terre d’Israël et du fait que les Juifs prient tournés vers Jérusalem, concernerait pratiquement toutes les synagogues.
La résolution a été adoptée, tandis qu’un amendement destiné à protéger les membres de toute exclusion s’ils fréquentaient une synagogue qualifiée de « sioniste » a été largement rejeté. Zack Polanski a soutenu l’appel à la destruction de l’État juif, ce qui a conduit plusieurs membres juifs du parti Vert à annoncer leur départ. La résolution soutenait également « le droit du peuple palestinien à la résistance » et réclamait la libération de terroristes islamistes, dont Marwan Barghouti, responsable de nombreux meurtres de civils.
« Cette motion signifie en réalité que les membres juifs devront choisir entre leur appartenance à une synagogue et leur appartenance au parti », a protesté Elise Benjamin, fondatrice des Jewish Greens. « Je ne vois pas en quoi cela aide les Palestiniens ? Tout cela est une attaque contre les Juifs. »
Le parti Vert a assuré ne pas se livrer à de l’antisémitisme, bien que sa résolution comprenne des textes affirmant que le sionisme relèverait de la « suprématie juive », et soutenant que la notion même d’antisémitisme serait une conspiration juive contre les musulmans qui « efface l’identité sémite des Arabes et des Palestiniens » et « instrumentalise le langage pour privilégier la souffrance d’un groupe en refusant toute reconnaissance à d’autres qui partagent le même héritage sémite ».
Yachad UK, un groupe anti-Israël qui avait fait pression sur le gouvernement travailliste pour durcir sa position face à Israël, défendu le BDS et justifié le harcèlement des synagogues, voit sa dirigeante Hannah Weisfeld entretenir un flux quasi ininterrompu de propagande anti-Israël. Après l’adoption de la résolution du parti Vert, Yachad s’est pourtant plainte : « Dire aux Juifs qu’ils ne sont acceptables que s’ils renoncent à cette conception de l’identité juive collective n’est pas, comme certains ont tenté de l’expliquer, une attaque contre une idéologie politique. C’est une attaque contre l’identité juive. »
Le président d’Amnesty International — organisation qui avait faussement accusé Israël de « génocide » et tenté d’étouffer un rapport sur les atrocités du Hamas — a annoncé son départ du parti Vert, déplorant qu’« en cherchant à séduire l’électorat de la gauche dure, nous avons échoué à combattre les préjugés lorsqu’ils apparaissent dans notre propre camp ».
Charley Baginsky, coprésidente de « Progressive Judaism UK », et son coprésident Josh Levy, avaient pourtant été hués hors de la scène d’un rassemblement pro-israélien après avoir appelé à un accord avec le Hamas et à un État terroriste ; Baginsky avait elle-même participé à un rassemblement contre la guerre. Mais après le vote du parti Vert, les deux coprésidents ont publié un communiqué affirmant que « le parti Vert a fait de l’antisémitisme une politique officielle et est devenu un parti raciste ».
Pour Greenfield, l’issue était écrite depuis le début. La campagne contre Israël n’a jamais porté sur l’autodétermination : si tel avait été l’objectif, les accords d’Oslo n’auraient pas été suivis par le terrorisme. Elle ne concerne pas davantage uniquement Israël : si c’était le cas, les militants anti-Israël et les synagogues qui se trouvent être juives ne seraient pas eux-mêmes visés. La question n’a jamais été celle d’un État palestinien, ni même celle d’Israël : il s’agissait, selon lui, de construire une structure de légitimation de l’antisémitisme, destinée à normaliser la violence islamiste et celle de l’extrême gauche radicale.
Ce qui arrive aux Juifs anti-Israël n’est ni une erreur ni un malentendu, écrit Greenfield : c’est précisément le but recherché. Les Juifs qui tentent de s’intégrer à un mouvement anti-Israël finissent, selon lui, par atteindre un point où l’antisémitisme du mouvement devient trop important même pour eux — ou bien, à force de vouloir se montrer plus antisémites que les antisémites eux-mêmes, voient leur véritable rôle leur être brutalement rappelé. En URSS, rappelle-t-il, les communistes juifs avaient aidé le régime à persécuter les Juifs, à fermer des synagogues et à tuer des « sionistes » ; ils ont ensuite été, à leur tour, arrêtés, jugés puis exécutés par le régime soviétique. Il n’existe, conclut Greenfield, aucune sécurité à tirer de la collaboration : les collaborateurs sont simplement les derniers à mourir.
Sur ce même sujet, alyaexpress-news.com a déjà suivi plusieurs épisodes de cette confrontation entre élus new-yorkais et communauté juive : notre article sur le discours de Netanyahou dénonçant l’antisémitisme devant l’ONU, celui consacré à l’admor qui défend Mamdani et dénonce une « provocation », ainsi que notre enquête sur la hausse des incidents antisémites à New York.



