
Alors que la tension ne cesse de monter entre Washington et Téhéran, un autre niveau du conflit se met en place, plus discret mais potentiellement plus explosif encore. Selon les informations relayées par Amir Tsarfati, le Hezbollah au Liban, les milices chiites en Irak et les Houthis au Yémen se tiennent prêts à intervenir si une guerre ouverte éclatait contre l’Iran. Cette réalité met en lumière ce que les stratèges appellent depuis des années la “ceinture de feu” iranienne, un réseau d’acteurs armés déployés autour d’Israël et des intérêts américains au Moyen-Orient.
Ces organisations ne sont pas des acteurs isolés. Elles constituent les piliers régionaux de la stratégie iranienne, conçue pour dissuader toute attaque directe contre la République islamique. Le principe est simple : frapper l’Iran déclencherait automatiquement une réaction en chaîne sur plusieurs fronts simultanés, rendant toute opération militaire extrêmement coûteuse et difficile à contenir.
Au Liban, Hezbollah représente le maillon le plus puissant de ce dispositif. Doté de dizaines de milliers de roquettes et de missiles, certains de précision, le mouvement chiite est aujourd’hui considéré comme l’armée non étatique la plus lourdement armée au monde. Son leadership a répété à plusieurs reprises que toute attaque contre l’Iran serait considérée comme une attaque contre “l’axe de la résistance”, impliquant une réponse immédiate contre Israël.
En Irak, les milices chiites pro-iraniennes, intégrées pour certaines au sein des Forces de mobilisation populaire, disposent d’une capacité de nuisance considérable. Elles ont déjà démontré leur aptitude à frapper des bases américaines par des tirs de roquettes ou de drones. Leur rôle serait crucial dans un scénario d’escalade, en maintenant une pression constante sur les forces américaines et en compliquant la logistique militaire régionale.
Plus au sud, les Houthis au Yémen constituent un autre bras armé de Téhéran. Bien qu’éloignés géographiquement d’Israël, ils contrôlent des zones stratégiques permettant de menacer les routes maritimes internationales, notamment en mer Rouge et dans le détroit de Bab el-Mandeb. Ces derniers mois, leurs attaques contre des navires commerciaux ont déjà démontré leur capacité à perturber le commerce mondial et à internationaliser un conflit régional.
Face à cette architecture militaire, Israël et les États-Unis se retrouvent confrontés à une décision stratégique majeure : qui frappera en premier, et comment ? D’après l’analyse partagée par Tsarfati, il est probable que les États-Unis, s’ils décidaient de tenir leur promesse d’une action contre l’Iran, s’attendent à ce qu’Israël mène une opération décisive contre les forces périphériques, afin de neutraliser simultanément les menaces immédiates à ses frontières.
Cette perspective pose un dilemme sécuritaire majeur pour l’État hébreu. Une frappe contre le Hezbollah, par exemple, entraînerait presque mécaniquement une guerre à grande échelle sur le front nord, avec un impact massif sur la population civile israélienne. Pourtant, ne pas agir laisserait à l’Iran la capacité de coordonner une offensive multi-fronts, utilisant ses proxies pour saturer les défenses israéliennes.
Du côté américain, l’équation est tout aussi complexe. Une attaque directe contre l’Iran risquerait d’embraser l’ensemble du Moyen-Orient, mettant en danger les troupes américaines déployées en Irak, en Syrie et dans le Golfe. C’est précisément cette menace qui constitue, depuis des années, le principal outil de dissuasion de Téhéran : faire comprendre que toute guerre serait régionale, longue et imprévisible.
Ce qui distingue la situation actuelle des crises précédentes, c’est le niveau de préparation simultané observé chez ces différents acteurs. Les déclarations, les mouvements militaires et les signaux envoyés sur les réseaux sociaux indiquent que ces organisations ne se contentent plus d’un rôle défensif passif. Elles se positionnent comme des acteurs prêts à intervenir rapidement, en coordination, selon des scénarios déjà établis.
Dans ce contexte, Israël apparaît comme le pivot central. Selon plusieurs analystes, si une confrontation éclatait, l’État hébreu serait contraint de frapper non seulement pour se défendre, mais aussi pour briser l’encerclement stratégique mis en place par l’Iran. Cela impliquerait des choix militaires lourds de conséquences, tant sur le plan humain que diplomatique.
Pour l’instant, aucun coup n’a été porté. Mais l’absence de combats ouverts ne doit pas masquer la réalité : le compte à rebours stratégique est enclenché. Chaque déclaration, chaque mouvement de troupes, chaque livraison d’armes s’inscrit dans une logique de préparation à un affrontement que beaucoup considèrent désormais comme une question de temps.





