Israël refuse un visa de travail à la journaliste allemande Serena Bilanceri, accusée d’antisionisme

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L’Autorité de la population et de l’immigration a rejeté dimanche la demande de visa de travail déposée par la journaliste allemande Serena Bilanceri, bloquant du même coup sa nomination comme correspondante permanente en Israël pour le quotidien allemand Die Tageszeitung, plus connu sous son acronyme taz.

Cette décision découle d’une recommandation officielle signée par Avi Cohen Scali, directeur général du ministère des Affaires de la diaspora et de la lutte contre l’antisémitisme, transmise à l’Autorité de la population et de l’immigration. Le texte s’appuie sur l’Amendement 40 à la Loi sur l’entrée en Israël, qui autorise les autorités à refuser l’entrée et les visas aux personnes dont l’action est jugée contraire aux intérêts de l’État. Elle s’inscrit également dans un accord conclu entre plusieurs ministères pour partager informations et recommandations dans ce type de dossiers.

Âgée de 43 ans et d’origine italienne, Bilanceri couvre le conflit régional depuis plusieurs postes d’observation, entre la Jordanie, la Syrie et Israël. Elle avait obtenu de son journal le poste de correspondante permanente avant que ce refus de visa ne vienne contrecarrer sa prise de fonction. Pour décrocher ce visa de travail, la journaliste avait sollicité une recommandation du Bureau de presse du gouvernement (Government Press Office). C’est dans ce cadre qu’Avi Cohen Scali est intervenu pour demander à l’Autorité de la population et de l’immigration de lui refuser l’entrée.

Le ministère a estimé que les appels publics à des sanctions formulés par la journaliste remplissaient les critères fixés par la Loi sur l’entrée en Israël, un texte qui permet de refuser un visa d’entrée ou de résidence à toute personne faisant la promotion d’un boycott du pays.

Le ministère des Affaires de la diaspora a formalisé ses griefs dans une lettre adressée à Amnon Shmueli, responsable de la division de l’aéroport Ben-Gourion, énumérant précisément les déclarations à l’origine de la recommandation de refus. Deux tribunes publiées par la journaliste en 2025 ont scellé l’affaire.

La première, parue le 17 novembre 2025 sous le titre « Sanctions Against Israel », reprenait la qualification d’« État d’apartheid » forgée par Amnesty International et présentait la violence des Juifs de Judée-Samarie comme relevant d’une stratégie d’expulsion radicale. Bilanceri y appelait les États-Unis, l’Allemagne et d’autres pays européens à imposer des sanctions économiques et militaires à Israël. Elle y écrivait, selon les extraits cités par la presse israélienne, que la pression devait venir de la communauté internationale et se traduire par des sanctions économiques et militaires.

Le second texte, publié le 1er septembre 2025 sous le titre « The European Union Must Act Together Now », s’en prenait à l’Allemagne, accusée de s’être opposée à une proposition de la Commission européenne visant à sanctionner Israël pour les combats à Gaza. Bilanceri y exhortait les pays européens à coordonner leurs efforts et, si cette première étape se révélait insuffisante, à durcir encore les sanctions. « L’Europe doit désormais adopter une position ferme. Et si cette démarche se révèle inefficace, de nouvelles sanctions devront être imposées », écrivait-elle.

Pour Avi Cohen Scali, le message est sans détour. « Les acteurs anti-israéliens et ceux qui calomnient Israël ne doivent pas poser le pied dans le pays », a-t-il déclaré. « Nous ne tolérerons pas les appels au boycott d’Israël sous couvert de journalisme professionnel », a-t-il ajouté. Pour les responsables du ministère, le journalisme professionnel doit rester neutre et non servir de tribune à une cause militante.

La décision a été prise en vertu de l’autorité conférée au ministre de l’Intérieur par l’article 2(d)(1) de la Loi sur l’entrée en Israël.

Ce refus ne constitue pas un cas isolé. Il s’inscrit dans une série de mesures réglementaires prises récemment par les autorités de sécurité et le gouvernement israéliens à l’encontre de militants étrangers et de journalistes qui plaident pour des boycotts ou des sanctions contre Israël.

Pour Bilanceri, ce refus signifie l’impossibilité de prendre le poste de correspondante qu’elle avait pourtant déjà obtenu auprès de son journal. Il prive le taz d’une présence permanente sur le terrain israélien avec la journaliste initialement désignée, et relance le débat sur la frontière entre liberté de la presse et défense des intérêts nationaux d’un État qui se dit visé par des campagnes de délégitimation.

L’affaire illustre la manière dont Jérusalem croise désormais systématiquement les écrits publiés par les journalistes étrangers avant de leur accorder un visa de travail. La lettre envoyée à la division de l’aéroport Ben-Gourion, qui cite nommément les deux articles de Bilanceri avec leurs dates de publication, montre le degré de précision avec lequel le ministère des Affaires de la diaspora a documenté son dossier avant de le transmettre à l’Autorité de la population et de l’immigration.

Sur des sujets proches, Alyaexpress-News avait déjà évoqué le cas d’une « reporter » de CNN interpellant un berger israélien devant la caméra, le débat sur les « juifs antisionistes », une caution utile pour les antisémites ?, ainsi que la pression de douze pays contre Israël autour des constructions.

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