Elle va à contre-courant, et elle l’assume. Sima Shine, chercheuse principale à l’Institut d’études de sécurité nationale (INSS), affirme qu’aucun obstacle sécuritaire n’empêche aujourd’hui Israël de conclure des arrangements de sécurité avec le régime d’Ahmad al-Charaa en Syrie. Selon elle, la poursuite de l’immobilisme ne fait qu’aggraver l’isolement diplomatique d’Israël.
Au micro de 103FM, elle n’a pas mâché ses mots : « Il n’y a aucune raison sécuritaire pour qu’Israël ne parvienne pas à des ententes avec al-Charaa et ne revienne pas à la ligne qu’il tenait avant la chute d’Assad. » Pour elle, Israël a la capacité de faire « un geste non majeur qui montrerait qu’Israël peut aussi faire quelque chose de positif ».
🎥 L’intervention de Sima Shine sur 103FM : https://103embed.maariv.co.il/?ZrqvnVq=KHFIEL&c41t4nzVQ=GJL
Ses propos font écho à ceux du président syrien lui-même. Lors d’un événement de l’Atlantic Council à New York, en marge de l’Assemblée générale de l’ONU, Ahmad al-Charaa a affirmé que Damas et Jérusalem s’étaient entendus sur environ 90 % des questions discutées, mais qu’Israël s’était retiré au dernier moment. « Il y a eu plusieurs sessions de négociations avec Israël, et nous sommes presque parvenus à 90 % d’accords », a-t-il déclaré, selon le Jerusalem Post.
Le président syrien a aussi abordé le 7 octobre. « Il n’est pas possible que toutes les politiques soient fixées sur la base d’un incident qui s’est produit dans l’histoire », a-t-il lancé. Selon lui, l’attaque du Hamas ne devrait pas « dicter la politique envers la Syrie ». Il a mis en avant le bilan de plus de 70 000 morts à Gaza.
Al-Charaa a aussi présenté ses exigences. « Israël doit changer de politique, car il crée des problèmes autour de lui », a-t-il affirmé. « Si vous voulez protéger votre propre sécurité, vous devez respecter la sécurité des autres. » Il a aussi dénoncé les frappes israéliennes : « Pourquoi la Syrie est-elle bombardée depuis deux ans, chaque jour ? »
Ses conditions sont claires. Selon lui, Israël doit se retirer sur les positions de 1974 avant toute discussion sur des arrangements de sécurité. Sur le Golan, il a rejeté la reconnaissance de la souveraineté israélienne par Trump : « Le plateau du Golan appartient à son propre peuple. »
Interrogé sur son passé au sein d’Al-Qaïda, al-Charaa n’a pas renié ouvertement ses anciens engagements. Il s’est contenté de dire : « J’avais un autre âge. » Sur les attentats du 11 septembre, il a répondu : « Je n’avais rien à voir avec cela. À l’époque, j’avais 13 ans. » Il a également affirmé que « l’autorité est une institution, et non un individu qui dirige le pays ».
C’est donc dans ce contexte que Sima Shine appelle Jérusalem à bouger. D’un côté, un président syrien qui affirme que l’accord était presque conclu. De l’autre, une chercheuse israélienne qui estime qu’aucun argument sécuritaire ne justifie le blocage, et que chaque mois de gel isole un peu plus Israël sur la scène diplomatique.
Pour aller plus loin sur les relations entre Israël et la Syrie, relisez Le président syrien Ahmad al-Shar’a provoque Israël : « Qu’ils continuent ainsi, ils finiront à Munich » et Plateau du Golan et souveraineté : la carte de l’agence syrienne prouve que la Syrie a reconnu Banias comme territoire israélien avant 1967.



