« VOUS NE POUVEZ PAS EFFACER MON PEUPLE » : l’envoyé israélien réplique aux manifestants qui réclament son expulsion

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Il aurait pu se taire et laisser passer. C’est même la règle non écrite du métier : un diplomate visé par une manifestation attend, observe, laisse la police faire son travail. Emmanuel Navon a choisi l’inverse. Quelques heures avant le rassemblement prévu mardi soir devant l’ambassade d’Israël à Tokyo, où des manifestants réclamaient son expulsion du Japon sur fond d’accusations de génocide portées contre son pays, l’ambassadeur désigné a publié sur X une vidéo et un message qui n’ont rien d’une note verbale.

« Ce soir, une manifestation exigeant mon expulsion se tiendra devant l’ambassade d’Israël à Tokyo », a-t-il écrit. « Au mensonge du « génocide » contre Israël, je réponds ainsi. » Suivait la vidéo :

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Le ton est donné dès les premières phrases. Vous pouvez barrer ma photo d’une croix, dit-il en substance, vous n’effacerez ni l’histoire ni l’avenir de mon peuple. Et cette formule, qui a fait le tour des réseaux : plus vous élèverez la voix, plus haut je hisserai le drapeau de mon pays. Il conclut par trois mots que tout lecteur francophone reconnaîtra — Am Israël Haï, le peuple d’Israël est vivant.

La démonstration, point par point

Ce qui distingue cette prise de parole d’un simple cri de fierté, c’est qu’elle s’appuie sur un argumentaire construit. Navon commence par une observation chronologique. Bien avant le déclenchement de l’offensive terrestre israélienne — dès le lendemain du 7 octobre —, une pancarte brandie lors d’un rassemblement new-yorkais proclamait déjà que le sionisme était un génocide. L’accusation, souligne-t-il, précédait donc les faits qu’elle prétend décrire.

Il enchaîne sur un paradoxe militaire. Israël dispose d’une supériorité aérienne écrasante, rappelle-t-il ; s’il avait voulu détruire une population, il n’avait besoin d’aucun soldat au sol. Or il a engagé des troupes terrestres, exposant ses propres hommes, précisément pour limiter les pertes civiles.

Trois autres éléments viennent compléter sa démonstration : les avis d’évacuation diffusés par Tsahal avant les frappes, l’annulation d’opérations lorsque des civils étaient repérés dans la zone visée, et la suspension d’opérations militaires pour permettre la campagne de vaccination des enfants de Gaza contre la poliomyélite. « Alors arrêtez de dire n’importe quoi », lâche-t-il.

L’inversion et le calendrier hébraïque

Le passage le plus dur de sa déclaration porte sur ce qu’il appelle une inversion perverse. Le peuple qui a survécu à la Shoah, et dont les ennemis promettent encore la destruction, se retrouve désigné comme le nouveau nazi. Le massacre commis par le Hamas est excusé sous le nom de résistance ; le combat d’Israël contre le Hamas est qualifié de génocide.

Navon pousse le parallèle plus loin encore. La propagande nazie, rappelle-t-il, présentait les Juifs comme un danger dont l’élimination rachèterait le monde. Ceux qui promettent aujourd’hui un monde meilleur par la disparition d’Israël reprennent, selon lui, exactement la même logique empoisonnée.

Et puis vient le calendrier. À quelques jours de Roch Hachana, l’ambassadeur transforme sa réponse politique en interpellation morale. Le Nouvel An juif ouvre les dix jours de techouva, période d’examen des actes, de reconnaissance des fautes et de changement de cap. Pour ceux qui propagent cette calomnie, dit-il, cela signifie renoncer au mensonge et se détourner de la haine. Il conclut par un verset — qui bénit Israël sera béni, qui maudit Israël sera maudit.

Sa péroraison mêle fierté personnelle et défi. Il se dit fier d’être juif et fier d’être israélien, honoré de représenter son pays au Japon. Il porte le drapeau, dit-il, avec amour, avec fierté et avec une détermination inébranlable. Il souhaite enfin que la nouvelle année apporte le jugement à ceux qui répandent mensonges et haine contre Israël, avant un Chana Tova qui sonne comme une signature.

Interrogé par ailleurs par un média israélien, Navon a tenu à relativiser l’ampleur du phénomène. Les manifestations, explique-t-il, sont l’œuvre d’un petit groupe d’extrémistes. Sur le fond, la police japonaise se montre remarquable et Israël compte de nombreux soutiens dans le pays. Et ces soutiens, ajoute-t-il, attendent des représentants israéliens qu’ils fassent preuve de courage et de détermination.

Le personnage explique en partie le ton de cette réponse. Emmanuel Navon n’est pas un diplomate de carrière formé au langage feutré des chancelleries. Né à Paris en 1971 sous le nom d’Emmanuel Mréjen, diplômé de Sciences-Po, monté en Israël en 1993, il est devenu docteur en relations internationales et a enseigné pendant plus de vingt ans à l’Université de Tel-Aviv. Figure familière du public francophone d’Israël, essayiste, spécialiste de politique étrangère, il a été nommé au poste de Tokyo par le ministre des Affaires étrangères Gideon Saar et a pris ses fonctions en août 2026.

Autrement dit : un intellectuel habitué au débat public a été envoyé en poste, et il ne compte manifestement pas abandonner cette habitude.

Sur cette bataille d’accusations et les réponses qui lui sont opposées, nos articles précédents apportent des éclairages complémentaires : le philosophe Asa Kasher, auteur du code éthique de Tsahal, démontant l’accusation de génocide, le procès intenté à Israël devant la Cour internationale de Justice, et les propos de l’ambassadeur de France en Israël sur l’antisémitisme.

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