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Inquiétude en Israël : d’ici une décennie, la Turquie pourrait devenir un ennemi aussi redoutable que l’Iran

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La frappe israélienne menée avant-hier (lundi) en Syrie, dont le cabinet du Premier ministre a assumé une responsabilité partielle dans un message publié uniquement en anglais, constitue une tentative israélienne de tracer une ligne rouge à la fois pour la Turquie d’Erdogan — qu’elle n’essaie pas de s’implanter en Syrie — et pour la Syrie d’Ahmed al-Sharaa — qu’elle ne permette pas aux Turcs d’utiliser son territoire et ses infrastructures pour porter atteinte aux intérêts sécuritaires israéliens.

Selon des rapports étrangers, la frappe visait à empêcher une implantation turque sur l’aéroport d’Abou al-Douhour, via le déploiement de systèmes de défense aérienne et de radars. Au-delà du message stratégique, il s’agissait vraisemblablement aussi de lever une menace pesant sur la liberté d’action israélienne dans le ciel syrien — un ciel qui, comme on le sait, mène aussi vers l’Iran. Pour éviter une confrontation directe avec les Turcs, la frappe a été menée de nuit, dans des zones dépourvues de soldats ou de civils turcs.

Une décennie pour se préparer à un nouvel ennemi ?

Ce n’est un secret pour personne : au sein de l’establishment sécuritaire israélien, on observe la Turquie avec une inquiétude grandissante depuis un certain temps déjà. En apparence, rien n’a changé, et Erdogan reste fidèle à la même idéologie anti-israélienne radicale, particulièrement affichée depuis l’épisode de la flottille du Mavi Marmara en 2010. Mais ces derniers mois, des processus ouvertement préoccupants pour Israël se déroulent en Turquie. Certains évoquent même la possibilité qu’au cours de la prochaine décennie ou des deux prochaines, la Turquie devienne un ennemi d’Israël aussi redoutable que l’Iran.

À l’heure actuelle, la Turquie n’est pas définie comme un ennemi, mais elle est bel et bien considérée en Israël comme un « État de bascule », c’est-à-dire un pays dont les relations sécuritaires avec Israël pourraient se détériorer dans un avenir prévisible. Erdogan ne cache pas ses ambitions impérialistes, dont les racines remontent à l’époque ottomane, et ce n’est pas un hasard s’il investit des moyens et des fonds considérables dans le renforcement de son armée. Son successeur pressenti, Hakan Fidan, bien connu de l’establishment sécuritaire israélien pour avoir dirigé par le passé les services secrets turcs et occupant aujourd’hui le poste de ministre des Affaires étrangères, est considéré comme tout aussi radical qu’Erdogan — certains diraient même davantage.

La menace venue de la mer

La tentative turque de prendre pied en Syrie après la chute du régime d’Assad n’a pas échappé à Israël. Récemment encore, la Turquie a tenté de faire avancer l’acquisition d’avions F-35 avancés auprès des États-Unis, après des années durant lesquelles Washington avait refusé de lui vendre cet appareil furtif, bien qu’elle ait fait partie du programme dès ses débuts.

Mais tant que la Turquie ne s’équipe pas de ces avions avancés, et compte tenu du fait qu’elle n’introduit pas, à ce stade, de forces terrestres en Syrie — pays frontalier d’Israël —, la préoccupation immédiate d’Israël concerne surtout la marine turque. Celle-ci bénéficie d’un avantage significatif sur la marine israélienne en nombre de navires : des dizaines de frégates et de navires de débarquement lui permettraient, si elle le souhaitait, de débarquer des divisions entières en profondeur du territoire ennemi. Et si les Turcs se préparent à débarquer des forces en profondeur du territoire ennemi, l’État d’Israël, en particulier après le 7 octobre, ne peut se permettre d’ignorer cette éventualité.

Aux navires de débarquement turcs s’ajoutent 12 sous-marins turcs, 6 autres en construction, ainsi que 24 frégates et destroyers, des dizaines de navires de patrouille, des avions de patrouille maritime, des hélicoptères navals et des porte-drones facilement transformables en porte-avions. À titre de comparaison, selon diverses publications, Israël dispose de 15 navires lance-missiles, 6 sous-marins et quelques dizaines de bâtiments de sécurité côtière. Des hélicoptères navals doivent prochainement entrer en service au sein de l’escadrille 193, rouverte à la base de Palmahim.

À l’heure actuelle, la Turquie demeure membre de l’OTAN et n’est pas définie en Israël comme un État ennemi, mais la tentative d’Erdogan de créer un véritable « anneau d’étranglement » autour d’Israël — depuis la terre via la Syrie, et depuis la mer — devient déjà un sujet de discussion au sein de l’establishment sécuritaire. Un haut responsable a confié à Israel Hayom que si Israël devait un jour se préparer à faire face à la menace turque, il lui faudrait reconstruire Tsahal d’une manière entièrement différente — un chantier qui prendrait des années, et qu’il vaudrait mieux commencer à envisager dès maintenant.

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