Ceuta : au moins 18 morts dans la traversée, Madrid refuse l’état d’urgence national

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Selon un rapport publié par le New York Times, les migrants arrivés à Ceuta ces derniers jours, en grande majorité de jeunes hommes, ont emprunté des voies diverses et dangereuses pour atteindre cette péninsule d’environ dix kilomètres de long, sous souveraineté espagnole depuis des siècles. Certains ont escaladé les hautes clôtures frontalières, tandis que d’autres ont parcouru de longues distances à la nage pour rejoindre la terre ferme. Aux côtés d’images de jeunes migrants épuisés, dont certains au bord de la mort, les médias espagnols ont également documenté des scènes de liesse, où l’on voit des migrants embrasser le sol espagnol, jeter leurs sandales en l’air et crier « Vive l’Espagne ». Le prix payé en vies humaines reste toutefois très lourd : un porte-parole du gouvernement espagnol a confirmé qu’au moins 18 personnes ont trouvé la mort dans cette tentative désespérée de traversée.

Selon le ministère espagnol de l’Intérieur, 2 826 migrants ont rejoint Ceuta entre le 1er janvier et le 15 juillet 2026, contre 1 133 sur la même période l’an dernier — soit plus du double. À partir du printemps, la voie maritime est devenue progressivement la principale route d’accès à l’enclave, les candidats au départ s’élançant principalement depuis Fnideq, au sud, ou Benzu, au nord, afin de contourner une frontière terrestre fortement militarisée. Depuis le début de l’année, Ceuta enregistre davantage d’arrivées que l’ensemble des autres routes migratoires vers l’Espagne, y compris les Canaries.

Sur les douze derniers mois, plus de 60 personnes seraient mortes en tentant cette traversée, selon des données reprises par plusieurs médias européens.

Madrid refuse la déclaration d’état d’urgence nationale

Le président de la ville autonome de Ceuta, Juan Jesús Vivas, a demandé au gouvernement central de déclarer l’état d’urgence national. Mais Madrid refuse cette mesure, selon le média public espagnol RTVE. La garde civile a bien été déployée sur zone, sans toutefois parvenir à stopper les nouvelles tentatives d’entrée sur le territoire espagnol.

Cette accélération de la crise intervient quelques semaines après un arrêt rendu début juillet par la Cour suprême espagnole, selon lequel les migrants interceptés en mer ne doivent pas être renvoyés immédiatement lorsqu’ils tentent d’atteindre Ceuta ou Melilla, contrairement aux procédures habituelles appliquées aux frontières terrestres.

Un précédent qui rappelle 2021 — et une inconnue marocaine

Cette nouvelle vague ravive le souvenir de la crise de mai 2021, durant laquelle environ 10 000 personnes étaient entrées à Ceuta en l’espace de deux jours seulement, ainsi que celui de la tragédie de Melilla en 2022, où au moins 23 migrants avaient perdu la vie dans une bousculade à la frontière.

Si la cause exacte de la vague actuelle n’est pas encore pleinement établie, plusieurs analystes avancent une explication : le Maroc, qui contrôle de fait le flux migratoire vers l’enclave, pourrait laisser volontairement passer les migrants en signe de protestation contre les récentes tentatives de Madrid d’approfondir ses relations diplomatiques avec l’Algérie, la grande rivale régionale de Rabat. Le Maroc affirme de son côté coopérer avec l’Espagne et l’Union européenne pour gérer ces nouvelles arrivées, bien qu’il ait par le passé été accusé d’instrumentaliser les flux migratoires à des fins de pression politique sur son voisin européen.

Liens internes

Sur les précédents épisodes de cette crise, retrouvez notre article « État d’urgence absolu » : des milliers de migrants forcent la frontière espagnole de Ceuta [lien vers l’article publié précédemment dans cette session].

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