« Club de combat » et moniteur qui embrassait des enfants sur la bouche : la tempête des agressions sexuelles dans les écoles de Paris

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La France fait face, en ce moment, à un scandale d’une ampleur rarement atteinte dans l’univers scolaire. La police de Paris mène des enquêtes dans des dizaines de crèches, jardins d’enfants et écoles primaires après des allégations de violences, d’agressions sexuelles et de viols sur des mineurs. Seize personnes ont été auditionnées la semaine dernière, deux hommes et une femme ont été placés en garde à vue, sur la base des témoignages de 44 enfants. La police soupçonne que le nombre de victimes est bien supérieur.

Le parquet de Paris a précisé dans un communiqué qu’« environ une centaine d’enquêtes ont été ouvertes dans des crèches, une vingtaine dans des écoles primaires et une dizaine dans des établissements de garde ». Seule une vingtaine d’entre elles ont été classées. Les enquêtes concernent principalement le 17e arrondissement, mais les associations de terrain insistent : le problème dépasse largement Paris et touche l’ensemble du territoire français.

Un récidiviste dans le même arrondissement

Le scandale a pris une dimension supplémentaire quand le quotidien Le Parisien a révélé qu’un moniteur arrêté en 2025 pour agression sexuelle sur un enfant en bas âge dans une école du 11e arrondissement avait déjà été mis en cause, un an auparavant, pour des faits similaires dans un autre établissement du même arrondissement. Son procès s’est ouvert aujourd’hui. Par ailleurs, un autre moniteur de 47 ans, accusé de harcèlement sur neuf fillettes de 10 ans et d’agression sexuelle sur trois d’entre elles, est lui aussi actuellement jugé — avec un verdict attendu le mois prochain.

Des parents ont témoigné auprès de Radio France. L’une d’elles raconte que sa fille de cinq ans a été agressée sexuellement dans l’enceinte de son école au cours de l’année scolaire précédente : « J’ai compris immédiatement, d’après sa description, qu’il ne s’agissait pas d’une simple accolade innocente. » Une autre décrit l’agression subie par sa fille de douze ans au réfectoire de l’école.

Des images tournées en caméra cachée

L’émission d’investigation « Le Moniteur », diffusée en janvier sur la chaîne publique parisienne, avait déjà sonné l’alarme. Des séquences filmées en caméra cachée montraient des moniteurs criant sur des enfants, les humiliant, et dans l’un des cas, un adulte embrassant un enfant sur la bouche. La même émission soulignait que la majorité des incidents se produisaient pendant les récréations et les activités extrascolaires, en raison d’un manque flagrant d’encadrement hors des heures de classe.

Ces moniteurs scolaires — appelés animateurs en France — constituent un corps à part entière, distinct du personnel enseignant. Dans les crèches, jardins d’enfants et écoles parisiennes, leur rôle consiste à surveiller les enfants et à animer les activités de loisirs. Paris en compte environ 15 000. Selon l’association SOS-Périscolaire, le problème central réside dans le faible niveau de qualification exigé à l’embauche : un simple brevet d’aptitude aux fonctions d’animateur suffit pour être recruté. Et dans les périodes de pénurie de personnel, même cette exigence minimale est parfois abandonnée.

Un « club de combat » dans une école du 16e

Élisabeth Goutman, fondatrice de SOS-Périscolaire en 2021 — association créée précisément en réponse à des signalements croissants de parents sur le comportement de certains moniteurs — a décrit un cas qui illustre la nature du problème. Dans une école primaire du 16e arrondissement, quatre moniteurs avaient organisé ce qu’ils appelaient entre eux un « club de combat » : des enfants étaient contraints de se battre entre eux pendant que d’autres faisaient cercle et criaient des encouragements à frapper.

Les 84 établissements visés par les enquêtes sont tous publics et relèvent de la mairie de Paris. Le nouveau maire, Emmanuel Grégoire, a annoncé une réforme du système de recrutement des animateurs, avec une enveloppe de 20 millions d’euros dédiée à la formation et à la supervision. Il a également indiqué que depuis le début de l’année, 78 moniteurs avaient été suspendus à titre conservatoire à la suite de plaintes, dont une trentaine pour des soupçons d’agression sexuelle. Désormais, a-t-il précisé, tout moniteur faisant l’objet d’une seule plainte sera automatiquement suspendu dans l’attente de l’instruction.

Les moniteurs se défendent

Du côté des moniteurs, le ton est à la résistance. La semaine dernière, plusieurs d’entre eux ont débrayé pour réclamer une meilleure reconnaissance de leur statut, estimant qu’ils sont devenus les cibles d’une atmosphère de suspicion généralisée. « Les parents ont un peu pris le contrôle des écoles et ont commencé à signaler des choses. Mais tout ce qu’ils signalent n’est pas nécessairement exact », a affirmé Carla Bonnet, représentante syndicale FO. « La mairie a perdu toute objectivité », a renchéri Rami, un moniteur en périscolaire. « Elle ne nous protège plus. Quand on travaille avec des enfants aujourd’hui, en un instant, on peut se retrouver accusé de n’importe quoi. »

Ce dernier argument ne convainc guère les familles dont les enfants ont parlé. Entre la nécessité d’entendre les adultes et l’impératif de protéger les plus jeunes, la France doit désormais choisir — et la réponse institutionnelle sera scrutée bien au-delà de Paris.


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