Le rabbin Yossef Mendelevitch : « Les Juifs d’Europe font face à deux ennemis et n’ont pas d’avenir en diaspora »

0
29
Soyez le premier informé - Rejoignez notre page Facebook.

Il a connu les cellules du KGB, les camps de travail sibériens, onze années de détention pour avoir tenté de fuir l’Union soviétique vers Israël. Le rabbin Yossef Mendelevitch est l’une des figures les plus emblématiques du mouvement des Prisonniers de Sion, ces Juifs soviétiques qui ont lutté au péril de leur vie pour le droit à l’alyah. Aujourd’hui, sa voix porte un avertissement qui dépasse de loin les frontières de l’ex-URSS : les Juifs d’Europe, dit-il, n’ont pas d’avenir en diaspora — et le temps presse.

Dans un entretien accordé au journaliste Tsvi Fishman, Mendelevitch trace un parallèle saisissant entre le combat des Juifs soviétiques sous le régime communiste et la situation actuelle des communautés juives en Europe occidentale. Mais il insiste sur une différence fondamentale : la menace d’aujourd’hui est à la fois plus complexe et plus grave.

Deux ennemis, pas un

Sous l’URSS, explique-t-il, l’ennemi était clairement identifié : le régime. La répression était brutale, mais sa source était unique et connue. En Europe en 2026, les Juifs font face à une double menace simultanée qui rend la situation autrement plus périlleuse. « L’un est l’extrémisme islamique et ses soutiens non arabes. L’autre, ce sont les gouvernements officiels eux-mêmes, qui tremblent maintenant de peur face à leurs populations immigrées arabes », déclare-t-il. Et d’ajouter : il n’existe aucune certitude que les États européens se porteront aux côtés des Juifs le jour où la crise s’aggravera vraiment.

Cette mise en cause des institutions étatiques est au cœur de son analyse. Mendelevitch doute explicitement de la capacité de l’Europe à protéger ses communautés juives en cas de montée en puissance de la violence. Il va plus loin en formulant une question concrète et dérangeante : en cas d’escalade majeure, est-ce que des pays comme la Belgique, la France, l’Angleterre ou l’Allemagne accepteraient même d’autoriser des vols d’évacuation vers Israël pour les Juifs qui voudraient fuir ? « Et alors, où serions-nous ? » demande-t-il.

La diaspora n’est pas une solution

Le rabbin revient sur les fondements idéologiques qui animaient le mouvement des Prisonniers de Sion à l’époque soviétique. Contrairement à d’autres minorités qui réclamaient des droits civiques complets au sein de l’URSS, les activistes juifs n’ont jamais demandé à s’intégrer davantage dans le système soviétique — parce que pour eux, la vie en diaspora ne peut pas constituer une solution à la condition juive. « À l’ère nouvelle, il est impossible de vivre en tant que Juif en diaspora », dit-il, citant à l’appui le rabbin Yoel Ben Noun, pour qui la Shoah a été « un signe du ciel que l’ère de la diaspora est terminée ».

Cette conviction forgée dans la souffrance des camps sibériens n’a pas faibli avec le temps. Elle s’est au contraire renforcée au fil des décennies, nourrie par l’observation de ce qui se passe aujourd’hui en Europe.

Les rabbins de la diaspora face à leurs propres limites

Interrogé sur le grand rabbin de Grande-Bretagne, Ephraim Mirvis, Mendelevitch formule une critique qui vaut en réalité pour l’ensemble du leadership juif de la diaspora : les rabbins de la diaspora ont du mal à transmettre des messages que leurs communautés ne sont pas prêtes à entendre. Il ne leur reproche pas la lâcheté, mais une forme de dépendance structurelle à l’égard des communautés qu’ils servent. « Le rabbin Mirvis est invité à donner l’exemple à sa communauté et à rentrer au pays », déclare-t-il sans détour.

Il s’attarde également sur les raisons pour lesquelles l’alyah reste faible parmi les Juifs britanniques, malgré un sentiment de menace croissant. Les Juifs religieux, dit-il, sont « paralysés par des considérations matérielles », tandis qu’une grande partie des Juifs laïcs est déjà engagée dans un processus d’assimilation. Dans les deux cas, l’urgence de partir ne se traduit pas en acte.

Un appel sans détour

La conclusion du rabbin Mendelevitch ne laisse place à aucune ambiguïté. « Notre devoir est de leur crier : vous êtes en danger d’extinction, fuyez. » Questionné enfin sur la responsabilité de l’État d’Israël dans l’encouragement à l’alyah, il admet ne pas savoir précisément ce qui est fait en pratique — mais réaffirme que la responsabilité ultime incombe aussi aux Juifs eux-mêmes. « Il y aura bien sûr des difficultés. J’en ai eu aussi. Mais ce n’est pas une raison de rester en diaspora et d’attendre la corde du gibet. »

De la part d’un homme qui a survécu au Goulag pour atteindre Israël, ces mots ont le poids de l’expérience vécue.


À lire également sur notre site :

➡️ 89 % des Juifs européens déclarent que l’antisémitisme a fortement augmenté

➡️ Qui sont ces Juifs de France qui préfèrent l’alyah intérieure à l’alyah en Israël ?

Infos Israel News en direct d’Israël 

Ce qu'on vous cache - CQVC 

Rak Be Israel, le top d’Israël !