Dimanche 3 mai, Donald Trump a posté sur Truth Social une annonce qui a immédiatement fait l’effet d’une onde de choc dans les chancelleries et sur les marchés pétroliers : les États-Unis lanceront dès lundi matin, heure du Moyen-Orient, une opération baptisée « Projet Liberté » — en hébreu « Proïekt Herout », dans la terminologie hébraïque des médias israéliens — visant à escorter hors du détroit d’Ormuz les navires commerciaux de pays neutres bloqués depuis le début de la guerre avec l’Iran. Et il a ajouté une phrase dont la signification n’échappait à personne : « Si cette initiative humanitaire est perturbée de quelque façon que ce soit, cette perturbation devra, malheureusement, être traitée avec une grande force. »
Le détroit d’Ormuz est fermé à la navigation commerciale depuis le début du conflit américano-israélo-iranien, le 28 février. Environ un quart du commerce mondial de pétrole en mer transite normalement par ce couloir de 54 kilomètres de large — l’un des points d’étranglement les plus stratégiques de la planète. La fermeture du détroit a immobilisé environ 800 navires commerciaux, dont les équipages — quelque 20 000 marins selon la Chambre internationale de la navigation — sont bloqués dans les eaux du Golfe depuis des semaines, certains à court de vivres et de carburant.
Le dispositif militaire : une démonstration de force sans ambiguïté
Le Commandement central américain (CENTCOM) a rapidement précisé les contours de l’opération via un communiqué publié sur X. Les moyens engagés donnent la mesure de l’enjeu : des destroyers lance-missiles de classe Arleigh Burke, plus de 100 aéronefs basés à terre et en mer, des plateformes drones multi-domaines, et 15 000 militaires. L’amiral Brad Cooper, commandant du CENTCOM, a résumé la logique de l’opération : « Notre soutien à cette mission défensive est essentiel à la sécurité régionale et à l’économie mondiale, alors que nous maintenons également le blocus naval. »
Ce dernier point mérite attention : le « Projet Liberté » ne remet pas en cause le blocus américain des ports iraniens, en vigueur depuis le 13 avril à la suite de l’échec des négociations d’Islamabad. Les deux dispositifs coexistent : d’un côté, Washington empêche les navires iraniens d’entrer ou de sortir des ports de la République islamique ; de l’autre, il entend désormais dégager les navires neutres pris en otage dans le Golfe. Une architecture à double détente, défensive dans sa formulation, mais redoutablement offensive dans son message.
Un geste humanitaire — avec une menace explicite
Trump a présenté l’opération sous un angle volontairement apaisé. Il a indiqué être « pleinement conscient » que ses représentants menaient des « discussions très positives » avec l’Iran, et que ces échanges « pourraient déboucher sur quelque chose de très positif pour tous ». Le Projet Liberté, a-t-il précisé, est centré exclusivement sur les navires battant pavillon de pays étrangers au conflit — « de simples observateurs neutres et innocents » — et non sur les navires américains ou iraniens.
Mais la nuance disparaît dès lors qu’on lit la clausule finale. Toute interférence sera « traitée par la force » — formule qui place de facto l’Iran devant un choix binaire : laisser passer les convois, ou risquer une reprise des hostilités directes avec les États-Unis. Une ligne rouge posée publiquement, sur Truth Social, par un président qui a déjà montré qu’il était capable d’en tirer les conséquences.
L’ambiguïté opérationnelle : escorte ou présence dissuasive ?
Des responsables américains interrogés par CNN et d’autres médias ont précisé, en marge de l’annonce présidentielle, que le « Projet Liberté » ne constituerait pas formellement une mission d’escorte — les navires de guerre américains ne navigueront pas bord à bord avec les navires commerciaux. Il s’agira plutôt d’une présence renforcée dans et au-dessus du détroit, combinée à la transmission aux capitaines des routes maritimes les plus sûres, notamment celles présentant le moindre risque de mines navales. L’Iran en avait confirmé la présence dans le détroit il y a quelques semaines, en publiant une carte officielle des routes de navigation imposées.
Cette distinction — opération défensive et non d’escorte — n’est pas qu’une querelle sémantique. Elle a une portée juridique : si l’Iran attaque un navire commercial qui transite sous cette « présence » américaine, c’est l’Iran qui initie les hostilités, pas les États-Unis. Trump a d’ailleurs pris soin, le 1er mai, d’envoyer au Congrès une lettre formelle indiquant que les « hostilités » avec l’Iran avaient « pris fin » — manœuvre juridique destinée à prévenir tout déclenchement automatique du compteur de soixante jours prévu par la loi sur les pouvoirs de guerre.
Le secrétaire au Trésor Scott Bessent a ajouté une donnée qui illustre l’efficacité du blocus : les droits de passage perçus par l’Iran sur les navires transitant par le détroit n’auraient généré « pas plus de 1,3 million de dollars » — une somme dérisoire au regard des recettes pétrolières journalières que Téhéran engrangeait avant la guerre. Ses réservoirs de stockage se remplissent, et l’Iran pourrait être contraint dans les jours qui viennent de fermer des puits, faute de capacité d’écoulement.
Lundi matin, heure de Tel Aviv, le « Projet Liberté » était officiellement lancé.
Le contexte direct de cette opération est documenté ici : Détroit d’Ormuz : l’Iran publie une carte officielle des routes maritimes et confirme la présence de mines. Sur les premières tentatives de navires commerciaux de traverser le détroit depuis le début du conflit : Le CMA CGM Kribi passe Hormuz : un « cadeau » iranien à la France pour services rendus à l’ONU ?






