Il connaît les arcanes du Mossad. Il sait comment les Iraniens négocient, comment ils tergiversent, comment ils accordent d’une main ce qu’ils refusent de l’autre. Et c’est précisément pour ça que les mots de David Meidan pèsent lourd ce lundi matin : quand un ancien haut responsable du Mossad dit que quelque chose représente « de très mauvaises nouvelles pour Israël », ce n’est pas de la rhétorique. C’est un diagnostic.
L’uranium qui risque de disparaître dans le brouillard
David Meidan, ancien haut responsable du Mossad, a estimé ce matin qu’un accord entre les États-Unis et l’Iran sera conclu, mais a mis en garde contre la possibilité que la question de l’extraction de l’uranium enrichi du territoire de la République islamique reste en dehors de l’accord.
Dans une interview sur la Chaîne B de Kan, il a formulé son inquiétude avec une précision clinique : « Ma crainte, c’est qu’on arrive simplement à une situation où cela se retrouve profondément enfoui dans le sol et qu’il devient difficile de l’extraire. On arrive à une situation où tout le sujet de l’uranium commence à se dissoudre sous nos yeux — et du point de vue d’Israël, ce sont de très mauvaises nouvelles. »
L’image est saisissante : l’uranium ne disparaît pas, il s’enfouit. Ce que Meidan décrit, c’est un accord qui ferait semblant de régler le problème nucléaire en en déplaçant les paramètres, sans en éliminer les fondations. Une victoire diplomatique américaine qui masquerait un danger persistant pour Israël.
Ormuz contre le nucléaire : la hiérarchie qui inquiète
Meidan a précisé que selon lui, les Iraniens feront des concessions sur la question du détroit d’Ormuz. « Pour les Américains, c’est le sujet le plus important pour eux en ce moment, à mon avis même plus que le nucléaire. »
Ce glissement de priorités est au cœur de la crainte israélienne. Washington, sous la pression d’une économie mondiale perturbée par la fermeture d’Ormuz et d’un prix du pétrole qui flambe, pourrait accepter une normalisation du détroit en échange d’engagements iraniens sur le nucléaire — des engagements qui, selon Meidan, risquent de ne pas aller assez loin.
Il a d’ailleurs formulé ce risque de manière directe : « Ma crainte, c’est que le sujet de l’uranium enrichi finisse par ressembler à quelque chose comme ‘le désarmement du Hezbollah’ ou ‘le désarmement du Hamas’. » La comparaison est brutale dans sa clarté : deux engagements solennels qui n’ont jamais été tenus, deux processus qui ont abouti au statu quo ou à une recomposition des menaces, jamais à leur élimination.
Le régime tient — et s’en félicite
Sur la résistance interne du régime iranien, Meidan a brossé un tableau qui n’invite pas à l’optimisme : « Ils disent que malgré tout ce qu’ils ont traversé, ils tiennent debout et que le régime subsiste — et c’est pour eux la chose la plus significative. »
C’est là un élément souvent sous-estimé dans les analyses occidentales du conflit. La guerre, les frappes, les pertes humaines et les dommages économiques n’ont pas provoqué l’effondrement du régime — ils l’ont, dans une certaine logique, consolidé dans sa posture de martyr résistant. Téhéran communique sur sa survie comme sur une victoire politique, et ce message résonne dans les capitales qui hésitent à pousser plus loin la pression.
Ce qu’un vrai succès israélien nécessiterait
Meidan a été explicite sur ce que représenterait un véritable acquis stratégique pour Israël dans ce dossier : « Israël a significativement réduit le danger, mais si l’uranium reste là-bas — les implications sont claires. » Le seul succès véritable serait l’extraction totale de tout l’uranium enrichi du territoire iranien. Tout le reste, aussi présentable diplomatiquement, ne serait qu’un report du problème.
La mise en garde de Meidan s’inscrit dans un moment charnière : celui où les négociations entre Washington et Téhéran reprennent, où la pression du blocus crée des incitations à l’accord rapide, et où Israël risque de se retrouver spectateur d’un deal qui le rassure en surface tout en laissant intactes les capacités iraniennes à construire une bombe.
Pour aller plus loin, retrouvez sur infos-israel.news : Étranglement de l’industrie des missiles : Tsahal détruit un site pétrochimique stratégique en Iran et « L’Iran joue avec le feu » : Israël possède des missiles Jericho armés d’armes nucléaires.







