Quand les mots deviennent des armes : le piège du littéralisme politique en Israël

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Il y a dans le débat public israélien une mécanique que le chroniqueur Oz Siminovski, écrivant dans Israel Hayom, décrit avec une précision inconfortable : celle du glissement entre la rhétorique politique habituelle et sa réception fatale par ceux qui la prennent au pied de la lettre. Son texte, publié ce 19 mars, n’est pas un pamphlet partisan. C’est un avertissement adressé aux deux camps, sur les dangers que le langage excessif fait courir à la démocratie et à la souveraineté d’Israël.

La métaphore du néophyte religieux

Pour construire son argument, Siminovski part d’une image saisissante tirée du monde religieux. Dans les communautés croyantes, explique-t-il, le langage est souvent double : on énonce des formules théologiques chargées sans les prendre nécessairement dans leur sens le plus littéral. Cette convention implicite est apprise par l’environnement, la tradition, la pratique familiale. Et puis arrive le converti — celui qui n’a pas grandi dans ce bain culturel, qui n’a pas accès à la couche de nuance, et qui lit les textes comme des instructions techniques. Un tel individu est, selon Siminovski, potentiellement redoutable : en appliquant un raisonnement purement logique à des formulations qui ne sont jamais destinées à être appliquées littéralement, il peut en arriver à des conclusions monstrueuses.

C’est le cas, illustre-t-il, de celui qui lirait un texte rabbinique affirmant que faire pécher autrui est pire que de le tuer — et qui en déduirait qu’une chanteuse qui se produit en public mérite la mort parce qu’elle incite au péché. La logique est cohérente dans un cadre purement formel. Elle est aussi parfaitement absurde et criminelle dès qu’elle entre en contact avec la réalité.

Le discours politique et ses néophytes

Siminovski transpose ensuite ce schéma dans l’arène politique. Le camp de Netanyahou, rappelle-t-il, a longtemps martelé qu’Israël n’était pas une véritable démocratie, que le pouvoir réel appartenait aux technocrates et aux juristes, que le gouvernement élu était impuissant face à un État profond hostile. Ce discours, comprend tout initié de la politique israélienne, est un discours de mobilisation, une manière de désigner des adversaires institutionnels, pas une description littérale de l’état du régime — puisque par ailleurs ce même camp attribue à Netanyahou toutes les décisions importantes et lui impute toute la responsabilité des succès comme des échecs.

Mais le néophyte politique — celui qui vient d’horizons radicaux, qui n’a pas été formé à la lecture des codes du débat intérieur — entend quelque chose de différent. Si Israël n’est pas une démocratie, si sa souveraineté est fictive, alors la logique de solliciter des sanctions étrangères contre ses institutions est non seulement acceptable mais nécessaire. Siminovski va jusqu’à cette conclusion glaçante : de la même façon qu’on ne demanderait pas à des citoyens iraniens de résister à des sanctions contre les Gardiens de la Révolution, certains Israéliens qui ont intériorisé le récit de la non-démocratie en sont venus à appeler Trump à sanctionner le système judiciaire israélien — estimant rendre service au peuple en le « libérant » de ses oppresseurs.

Le miroir de l’autre camp

L’honnêteté intellectuelle du texte tient à ce qu’il n’épargne pas le camp adverse. Ceux qui comparent Netanyahou à des dictateurs, qui usent d’un vocabulaire apocalyptique pour décrire sa gouvernance, portent une responsabilité symétrique. Le néophyte du camp opposé lira ces formulations au premier degré, et pourrait en tirer des conclusions sur la légitimité d’une action violente pour « sauver » le peuple. Les leaders politiques auront beau expliquer après coup qu’ils ne visaient pas à cela, Siminovski rappelle une vérité inconfortable : on reconnaît facilement la pente glissante chez l’autre camp, beaucoup moins chez le sien.

Le mécanisme qu’il décrit est auto-alimenté. Le néophyte n’est pas seul : il entraîne avec lui des suiveurs qui étaient jusqu’alors habitués au discours codé du camp, et qui, grisés par la radicalité du nouveau venu, consentent à abandonner le double langage pour le passage à l’acte. Jusqu’à ce qu’un nouveau néophyte encore plus radical le dépasse, exposant sa propre tiédeur et proposant un nouveau degré d’escalade.

Une mise en garde pour les deux rives

Ce que Siminovski dessine, au fond, c’est le portrait d’une démocratie qui se fragilise depuis l’intérieur — non pas par la faute d’un camp en particulier, mais par la dynamique commune d’un discours politique qui a perdu le sens de ses propres limites. Quand les mots cessent d’être des signaux dans un jeu rhétorique connu de tous et deviennent des instructions pour des acteurs qui n’ont jamais appris les règles implicites, ils se transforment en détonateurs. L’article ne prescrit pas de censure ni d’autocensure totale. Il demande quelque chose de plus difficile encore : la responsabilité dans le langage, y compris — et surtout — lorsque la cause défendue semble juste.

Source : Israel Hayom — Chronique d’Oz Siminovski

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