Il y a quelques mois, Ahmad Nassar, maire d’Arabe, traitait publiquement les institutions de l’État d’Israël d' »ennemi ». Ce soir, hospitalisé après cinq balles reçues dans une tentative d’assassinat, il s’exprime depuis son lit au centre médical Nord, entouré d’une protection rapprochée de la police israélienne et du Shin Bet — ces mêmes « institutions sionistes » qu’il avait vilipendées avec virulence dans un discours enflammé en pleine période de tensions sécuritaires. L’ironie de la situation n’a pas échappé aux observateurs.
L’incident s’est produit cette semaine dans une boulangerie d’Arabe, en plein milieu d’une sortie familiale. Selon le récit du maire lui-même, rien n’annonçait ce qui allait se passer : « Ça s’est passé en quelques secondes, sans avertissement, au milieu d’une sortie avec des proches. Quelqu’un a soudainement ouvert le feu et c’est devenu cet événement dramatique, grave et hors du commun. » Nassar a été touché par cinq balles selon les témoignages, et a subi plusieurs opérations chirurgicales. Un médecin présent sur place, le Dr Anwar Yassine, a lui aussi été blessé et a décrit la scène : l’assaillant aurait tiré plus de huit balles au total.
En raison de la sensibilité du dossier, le Shin Bet a été associé à l’enquête sur cette tentative d’assassinat. Nassar est désormais classé au niveau de menace maximal — niveau 6 — par les services de sécurité. Il bénéficie d’une protection policière lourde et continue, mise en place par l’État dont il contestait, il y a à peine quelques mois, jusqu’à la légitimité.
Dans ses déclarations depuis l’hôpital, le maire adopte un tout autre registre que celui de ses discours passés. Il appelle l’État à agir contre l’absence d’autorité et la violence qui ravagent la société arabe, déclarant qu’il y a là « un franchissement d’une ligne rouge très épaisse » que tous doivent prendre au sérieux. Il affirme vouloir quitter l’hôpital au plus vite, « avec beaucoup d’énergie et de courage ».
Le commentateur Avi Yaakov, dans son article pour Arutz 7, ne se prive pas de pointer la contradiction : un élu qui qualifiait l’État d' »ennemi » dans ses discours publics est aujourd’hui contraint de s’appuyer sur cet État — police, Shin Bet, hôpitaux publics — pour survivre à une tentative de meurtre. La violence criminelle dans le secteur arabe, qui ne cesse de s’aggraver depuis des années malgré les appels répétés à une intervention gouvernementale plus décisive, a fini par atteindre celui qui en appelait à l’affrontement avec les institutions chargées de la combattre.
L’affaire illustre une tension structurelle profonde : des élus du secteur arabe qui, pour des raisons politiques ou électorales, adoptent un discours de rupture vis-à-vis de l’État, tout en dépendant quotidiennement de ses services pour exercer leurs fonctions — et, dans le cas présent, pour rester en vie. La question de la gouvernance dans les villes arabes, de la lutte contre les organisations criminelles qui y sèment la terreur, et du rôle des élus locaux dans cette bataille, se pose désormais avec une acuité renouvelée.






