Un analyste iranien a livré ce mercredi une analyse d’une lucidité inhabituelle sur la situation de son pays : l’Iran est pris dans un piège dont il ne peut sortir ni par la victoire, ni par la défaite, ni par un cessez-le-feu. Sa conclusion, publiée par Maariv ce 11 mars 2026 : la guerre durera longtemps, et l’Iran finira par activer ce qu’il appelle « l’arme du Jugement dernier ».
Le raisonnement développé par cet analyste repose sur une équation économique et stratégique implacable. « Si la guerre s’arrête maintenant, l’Iran se retrouvera dans une situation bien pire qu’avant le début du conflit », écrit-il. Et d’énumérer les dégâts : une part significative des infrastructures du pays a été détruite, les capacités balistiques ont été sévèrement touchées, la capacité à exporter du pétrole a été compromise. Mais surtout — et c’est le point le plus lourd — les chances d’obtenir un allègement des sanctions internationales ont été, selon lui, « effacées ».
Cette dernière observation touche au cœur du système de survie économique du régime iranien. Depuis des années, Téhéran navigait entre deux eaux : maintenir sa posture de puissance régionale tout en laissant entrouverte la porte d’une négociation avec l’Occident sur les sanctions. La guerre a fermé cette porte. Aucun pays occidental ne pourra politiquement défendre une levée des sanctions en faveur d’un Iran qui vient de tirer des missiles sur des villes israéliennes et d’attaquer des infrastructures pétrolières dans le Golfe.
La question que pose l’analyste est rhétorique mais dévastatrice : « Qui aidera l’Iran à se reconstruire dans ces circonstances ? » La Russie, elle-même sous sanctions et engagée en Ukraine, ne peut pas jouer ce rôle. La Chine, qui achetait discrètement du pétrole iranien à prix réduit, n’a aucun intérêt à financer une reconstruction qui l’exposerait aux représailles américaines. Et les pays du Golfe, touchés par les frappes de drones iraniens, ne sont pas en position d’empathie.
C’est dans ce contexte d’impasse totale que l’analyste évoque la notion d' »arme du Jugement dernier ». Il ne précise pas explicitement de quoi il s’agit, mais dans le vocabulaire stratégique iranien, cette expression désigne généralement la capacité nucléaire — ou, à défaut, des missiles capables de causer des destructions massives en dehors des frontières régionales. L’idée sous-jacente est celle d’un régime acculé qui, ne pouvant ni gagner ni négocier, choisit l’escalade ultime comme seule issue.
Ce scenario — un Iran défait sur le plan conventionnel mais décidant de franchir le seuil nucléaire — est précisément ce que redoutent les stratèges israéliens et américains depuis le début du conflit. C’est aussi ce que Giorgia Meloni a évoqué ce même matin depuis Rome, en affirmant qu’un régime des ayatollahs armé nucléairement représenterait une menace directe pour l’Europe. L’analyste iranien et la cheffe du gouvernement italien, sans se concerter, tracent le même horizon de risque.
Pour Tsahal et pour Washington, cette analyse confirme que l’objectif ne peut pas être simplement de « réduire » les capacités iraniennes. Tant que le régime est en place, l’incitation à franchir le seuil nucléaire — précisément parce qu’il n’a plus rien à perdre — sera maximale. C’est le paradoxe terrible d’une guerre qui, plus elle avance, plus elle rapproche des scénarios qu’elle était censée prévenir.
Source : Maariv






