La nuit du lundi au mardi a été la plus longue depuis le début de la guerre pour les habitants de Téhéran. Dans des témoignages recueillis par l’agence Reuters, des résidents de la capitale iranienne ont décrit une vague de frappes aériennes américano-israéliennes d’une intensité sans précédent depuis le déclenchement du conflit le 28 février. Les explosions se sont succédé sans répit, plongeant la ville dans une atmosphère que plusieurs témoins ont qualifiée d’une seule formule : « c’était comme l’enfer. »
Ce qui distingue cette nuit des précédentes, selon les témoignages rapportés, c’est moins la durée que l’ampleur perçue des frappes. Depuis l’ouverture du conflit, les habitants de Téhéran avaient appris à composer avec les alertes et les détonations nocturnes. Mais cette nuit-là, l’accumulation et la violence des explosions ont atteint un seuil nouveau. Le sentiment qui domine dans les récits recueillis dans les rues de la capitale est celui d’une impuissance totale face à une puissance de feu aérienne que rien, à l’échelle humaine, ne semble pouvoir arrêter. Des familles entières ont passé la nuit dans des caves ou des couloirs, sans informations claires sur ce qui était visé ni sur ce qui venait d’être détruit.
Ces témoignages civils arrivent dans un contexte où la pression militaire sur Téhéran s’intensifie méthodiquement. L’armée de l’air israélienne frappe en ce moment même des centres de commandement des Gardiens de la Révolution et du Bassidj, des installations des industries de défense et des sites stratégiques implantés dans des aéroports civils et militaires. La campagne ne cible pas la population, mais ses effets — le bruit, la lumière des explosions, l’absence de communication fiable — créent une pression psychologique diffuse sur l’ensemble de la ville. Plusieurs millions de personnes vivent ainsi depuis dix jours dans une forme d’état de siège aérien, sans visibilité sur ce que le lendemain leur réserve.
Le récit des habitants de Téhéran est aussi un révélateur de l’état de délabrement de la protection civile iranienne. Contrairement à Israël, qui dispose d’un système d’alerte rodé, d’abris répertoriés et d’un commandement de l’arrière structuré, la population iranienne semble livrée à elle-même dans la gestion de l’urgence quotidienne. Le régime communique peu, les médias officiels minimisent les destructions, et l’information circule principalement via des réseaux sociaux que les autorités tentent simultanément de censurer. Dans ce vide informationnel, l’angoisse se propage parfois plus vite que les bombes elles-mêmes.
La guerre se mène sur plusieurs niveaux en même temps : militaire, psychologique, diplomatique. Les témoignages de civils téhéranais qui décrivent leur nuit comme un enfer participent à cette dimension — ils alimentent la pression internationale pour un cessez-le-feu, mais ils illustrent aussi la fragilité d’un régime incapable de protéger sa propre capitale. Tsahal et Washington le savent. Et selon des sources proches des plans de guerre israéliens, c’est précisément cette dynamique combinée — dégradation militaire et épuisement civil — qui est au cœur de la stratégie en cours.
Source : Maariv






