Chabbat en Jordanie : l’odyssée des jeunes de Chabad bloqués par la guerre

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La guerre change les trajectoires. Elle ferme des espaces aériens, bloque des frontières, transforme un voyage ordinaire en aventure de survie. Pour une soixantaine de jeunes étudiants de Chabad — des garçons de yeshiva et des filles de séminaire — les premières semaines du conflit contre l’Iran n’auront pas été vécues depuis les abris de Tsfa’t ou de Jérusalem, mais depuis un hôtel cinq étoiles d’Amman, coincés entre des missiles qui survolaient la Jordanie et des espaces aériens fermés dans toutes les directions. Ils sont arrivés aux États-Unis cette semaine, après une semaine d’errance à travers le royaume hachémite. Le récit de leur sauvetage, rapporté ce 9 mars 2026 par Arutz 7, est à la fois un témoignage sur la résilience d’une communauté et un miroir des chaos logistiques engendrés par l’opération Roaring Lion.


Une mission de Torah, un départ raté

Tout commence avec Yud Shvat — l’une des dates les plus sacrées du calendrier Chabad, anniversaire du décès du précédent Rabbi Schneerson et d’entrée en fonction du Rebbe actuel. Les garçons de la Yeshiva Tzeirei Hashluchim Mesivta à Tsfa’t avaient travaillé dur sur un programme exigeant d’étude et d’observance en l’honneur de cette journée. Ceux qui avaient réussi devaient partir en voyage en Géorgie, dans l’ex-Union soviétique. Mais lorsque la guerre a éclaté le Chabbat avant Pourim, le voyage a été annulé.

Le groupe de 30 garçons se retrouve donc sans plan. C’est là qu’entre en jeu une organisation américaine de sauvetage, Grey Bull, dirigée par Brian et Olivia Stern. Ils promettent d’évacuer en toute sécurité les étudiants via la Jordanie, sur un vol vers l’Europe, puis vers les États-Unis. Le mardi après-midi — jour de Pourim — ils sont conduits en Jordanie, où des hébergements sont réservés dans un hôtel cinq étoiles à Amman. Ils ne peuvent pas quitter l’hôtel, par mesure de sécurité. Le lendemain, un groupe de 35 filles du séminaire Bais Rivkah les rejoint.


Le piège jordanien

Le problème, c’est que partir est plus facile à promettre qu’à réaliser. Des missiles survolent la Jordanie, et la fermeture des espaces aériens complique chaque tentative de départ. De son côté, la Jordanie a partiellement fermé son espace aérien quotidiennement de 18h à 9h du lendemain, en raison des développements régionaux et d’une évaluation des risques selon les normes internationales.

Le mercredi se transforme en jeudi. Le jeudi soir, les étudiants se rendent à l’aéroport dans l’espoir de partir vers Athènes et d’y passer le Chabbat. Le vol ne décolle jamais, faute de créneau horaire. Ils sont ramenés à l’hôtel, face à la perspective de passer le Chabbat en Jordanie.


Un Chabbat en terre étrangère

Ce détail — passer le Chabbat en Jordanie — peut sembler anodin pour un observateur extérieur. Pour ces jeunes Loubavitchs, profondément attachés à la loi juive dans ses moindres détails, c’est une épreuve d’une tout autre nature. Entre-temps, les garçons et les filles n’avaient presque rien à manger et survivaient avec quelques en-cas. Grâce à une des personnes attendant le vol avec eux, qui avait généreusement partagé ses chocolats à lait certifié cacher, ils avaient de quoi tenir.

L’organisation du repas de Chabbat devient une opération en soi. Le Rabbin Sholom Duchman de Colel Chabad en Israël se mobilise le vendredi matin pour préparer et envoyer de la nourriture — une grande quantité, car les étudiants n’avaient pas mangé correctement depuis plusieurs jours. Mais les autorités frontalières jordaniennes confisquent les vivres et les jettent.

C’est alors que les filles du séminaire entrent en action. Maintenant les standards les plus stricts de la cacherout, elles préparent les repas de Chabbat avec les produits de base qu’elles ont pu se procurer. La cuisine est rendue cacher, du matériel tout neuf est obtenu pour la cuisson.

Un moment de tension halakhique surgit. Des rabbins sont consultés et les étudiants sont informés que le Chabbat pourrait être profané pour les secourir, car il s’agissait d’un doute sur le danger de vie (safek pikouah nefesh). Les garçons et les filles, pourtant affamés, anxieux et épuisés par des nuits sans sommeil, ne voulaient pas enfreindre le Chabbat. Ils observent les règles avec une rigueur impressionnante, posent de nombreuses questions halakhiques et ne compromettent sur rien. Ils gardent le moral tout au long, même dans un lieu où ils doivent rester très discrets. Le Chabbat se déroule finalement dans la prière, le chant et la joie — un Chabbat de ferveur, décrit par les témoins comme empreint de « chayos », de vitalité spirituelle.


Pourquoi la Jordanie ?

Pour comprendre pourquoi ces jeunes se sont retrouvés à Amman plutôt qu’ailleurs, il faut revenir aux réalités logistiques de la guerre. Dès le 28 février 2026, l’espace aérien israélien est fermé à l’aviation civile, rendant impossible tout départ depuis Ben Gourion. Pour les départs urgents, les autorités recommandent de privilégier une sortie via la Jordanie ou l’Égypte, dont les frontières terrestres restent ouvertes.

Selon le Times of Israël, quelque 900 étudiants et professeurs israéliens sont bloqués à l’étranger après la fermeture de l’espace aérien, tandis que des dizaines de milliers de voyageurs israéliens à travers le monde sont également dans l’impossibilité de rentrer. Dans ce contexte, le couloir jordanien devient la seule voie de sortie praticable — mais elle est loin d’être simple. Des compagnies comme Lufthansa, Turkish Airlines ou British Airways suspendent leurs vols vers Amman en plus de Tel Aviv, réduisant encore les options disponibles depuis le royaume.

La réouverture progressive de l’espace aérien israélien est annoncée par la ministre des Transports Miri Regev, à partir de la nuit du mercredi au jeudi, prioritairement pour les vols de rapatriement. C’est ce créneau de réouverture partielle qui permettra finalement aux étudiants de rejoindre les États-Unis, après près d’une semaine d’attente.


Un kiddouch Hachem inattendu

Le terme revient dans tous les témoignages recueillis par Arutz 7 et les médias communautaires : kiddouch Hachem — la sanctification du Nom divin. Ces jeunes, au lieu de plier sous la pression des circonstances, ont choisi de les transformer en démonstration de leur foi et de leur discipline. C’est un Chabbat rempli de ferveur, de prière, de chants et de repas de Chabbat, note le récit.

Dans une période où Israël est en guerre, où les sirènes retentissent, où les espaces aériens se ferment et où les familles s’inquiètent pour leurs enfants bloqués à l’étranger, cette histoire porte une charge émotionnelle particulière. Elle rappelle que derrière les chiffres de la guerre — les missiles interceptés, les kilomètres de front, les diplomaties qui s’agitent — il y a des dizaines de jeunes de 17 à 20 ans qui récitent des bénédictions dans un hôtel d’Amman en attendant de pouvoir rentrer chez eux.

Ils sont rentrés. Sains et saufs.


Sources : Arutz 7 / INN, 09/03/2026 | COLlive — Stranded in Jordan for Days | Times of Israël — Espace aérien | Diplomatie française en Israël — Voies de sortie

 

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