La prochaine étape de Bennett : arrêter le financement des écoles ultra-orthodoxes | Voici comment cela fonctionnerait. L’ancien Premier ministre Naftali Bennett a présenté un plan détaillé visant à réformer en profondeur le système éducatif haredi en Israël. Sous le slogan « Il est temps pour une révolution », Bennett propose de conditionner — voire de suspendre — le financement public des établissements ultra-orthodoxes qui, selon lui, « éduquent contre l’État, contre Tsahal et contre nous tous ».
Dans son argumentaire, Bennett affirme qu’Israël finance aujourd’hui un système qui, dans une partie de ses institutions, rejette le service militaire, refuse l’enseignement des matières fondamentales et encourage une séparation socio-économique durable du reste de la société israélienne. Il estime que la racine de la crise du non-engagement militaire et des tensions croissantes autour du service dans Tsahal se trouve dans certains segments du système éducatif ultra-orthodoxe.
Selon Bennett, environ un tiers des élèves juifs entrant en classe de première année seraient aujourd’hui scolarisés dans des établissements haredi. Il soutient qu’une partie de ces institutions diffuserait des messages hostiles au sionisme et au service militaire, favorisant des slogans tels que « nous mourrons mais nous ne nous enrôlerons pas ». Il ajoute que de nombreux élèves n’y étudient ni l’anglais ni les mathématiques à un niveau conforme aux standards nationaux, ce qui limiterait leur intégration future sur le marché du travail.
L’ancien chef du gouvernement accuse directement Benjamin Netanyahu de connaître parfaitement la problématique mais de céder, selon lui, aux partis ultra-orthodoxes pour préserver sa survie politique. Bennett parle d’une « politique anti-nationale et anti-sioniste » dont les conséquences seraient, à ses yeux, « claires et catastrophiques ». Il va jusqu’à employer des métaphores alarmistes, comparant la trajectoire actuelle du pays à celle d’un navire se dirigeant vers un iceberg.
Concrètement, le plan de Bennett repose sur un principe central : pas de financement public sans respect de critères fondamentaux. Dans le mois suivant son éventuel retour au pouvoir, il promettrait d’interrompre les budgets accordés aux établissements qui encouragent explicitement le refus du service militaire ou qui pratiquent des discriminations à l’encontre d’élèves issus de certaines communautés, notamment séfarades.
Le financement serait également conditionné à l’intégration des matières dites « de base » — mathématiques, anglais, sciences et compétences civiques — dans les programmes scolaires. Les écoles qui refuseraient de se conformer à ces exigences perdraient l’accès aux subventions de l’État.
Parallèlement, Bennett prévoit de développer et d’élargir le réseau des écoles publiques haredi (mamlakhti-haredi), qui combinent études religieuses et enseignement général. L’objectif affiché est d’offrir une alternative compatible avec le mode de vie ultra-orthodoxe tout en assurant une formation académique et professionnelle permettant une meilleure insertion dans l’économie israélienne.
Bennett insiste sur le fait que sa démarche ne serait pas motivée par l’hostilité envers la communauté haredi, mais par une exigence d’intégration équitable. « Je ne haïrai pas et ne réprimerai pas nos frères haredim », affirme-t-il. « Oui, j’exigerai d’eux d’étudier, de travailler et de servir. Comme nous tous. » Il affirme vouloir mettre fin à ce qu’il décrit comme un « État dans l’État », afin de préserver l’unité nationale et la viabilité économique d’Israël.
La question du financement des institutions haredi est l’un des sujets les plus sensibles du débat public israélien. Elle touche à la fois à l’identité juive de l’État, à la cohésion sociale, à la sécurité nationale et à la durabilité budgétaire. Les partisans du statu quo estiment que l’autonomie éducative des communautés religieuses constitue un pilier du pluralisme israélien. Les défenseurs de la réforme, quant à eux, mettent en avant les défis démographiques et économiques liés à la croissance rapide de la population ultra-orthodoxe.
Le débat est d’autant plus stratégique que la proportion d’élèves haredi dans le système scolaire ne cesse d’augmenter. Toute réforme structurelle dans ce domaine pourrait avoir des répercussions profondes sur le marché du travail, le taux de participation à l’armée et l’équilibre politique du pays.






