Une vive controverse a éclaté en Israël après la diffusion sur les réseaux sociaux d’une affiche annonçant une conférence du rabbin Avi Zerbib destinée à des jeunes du mouvement Bnei Akiva à Tel-Aviv. L’événement, présenté sous un titre volontairement provocateur — jouant sur le nom du rabbin et évoquant la bande de Gaza — a suscité de fortes réactions politiques et idéologiques, notamment dans les milieux de gauche. Face à l’ampleur de la polémique, la direction de la yeshiva Orot Shaul a publié un démenti catégorique, affirmant que la conférence n’avait jamais été autorisée ni même prévue dans ses locaux.
Selon l’affiche diffusée en ligne, la conférence devait se tenir dans la section féminine de la yeshiva Orot Shaul, à Tel-Aviv, et porter sur « la combinaison entre la Torah et l’armée ». Le titre, perçu comme violent et incitatif par certains militants, a rapidement provoqué une vague d’indignation. Des activistes ont dénoncé ce qu’ils considéraient comme une banalisation d’un discours extrémiste au cœur même de Tel-Aviv, dans un cadre associé historiquement aux valeurs de « Torah et travail ».
Parmi les voix les plus critiques, l’activiste de gauche Avigail Sheferber a réagi avec virulence, qualifiant l’intitulé de la conférence de « choquant » et accusant les organisateurs de promouvoir un langage de destruction, de supériorité et de radicalisation. Elle a appelé les parents et les anciens membres du mouvement de jeunesse à ne pas rester silencieux, estimant que « le silence équivaut à une approbation » lorsque, selon elle, des idées marginales deviennent dominantes dans des cadres éducatifs centraux.
Face à la tempête médiatique, le rabbin Yuval Cherlow, rosh yeshiva d’Orot Shaul, a tenu à clarifier publiquement la situation. Dans un communiqué officiel, il a affirmé sans ambiguïté : « Il n’y a pas d’événement de ce type à la yeshiva. Il n’y en a jamais eu et il n’y en aura pas. » Il a expliqué que l’annonce avait été publiée à l’initiative d’un petit groupe de jeunes, sans l’accord ni même la connaissance de la direction de l’établissement.
Le rabbin Cherlow a insisté sur le fait qu’aucune salle de la yeshiva ne peut être utilisée sans autorisation explicite, et qu’aucun événement ne peut être annoncé publiquement sans validation préalable. Dès que la direction a pris connaissance de l’existence de cette affiche, l’initiative a été immédiatement stoppée. « Il ne s’agit pas d’une invitation annulée, mais d’un événement qui n’a jamais été planifié », a-t-il martelé.
Ses déclarations ont toutefois provoqué une réaction inverse dans certains milieux de droite, où des militants ont exprimé leur colère face à ce qu’ils perçoivent comme une capitulation devant les pressions de la gauche. À ces critiques, le rabbin Cherlow a répondu en réaffirmant l’indépendance intellectuelle de la yeshiva et son engagement envers un débat ouvert, mais encadré. Il a précisé que si un jour un colloque officiel devait être organisé sur la question de Gaza ou sur des enjeux sécuritaires et éthiques complexes, le rabbin Avi Zerbib ferait naturellement partie des intervenants invités, aux côtés d’autres voix, dans un cadre sérieux et responsable.
Le chef de la yeshiva a également tenu à défendre la réputation de son institution. « Jamais, dans l’histoire de la yeshiva Orot Shaul, une invitation officielle n’a été annulée après avoir été émise », a-t-il souligné. « Nous avons subi par le passé des pressions importantes sur divers sujets, et nous n’avons jamais cédé. Nous exigeons d’abord de nous-mêmes une conduite éthique irréprochable. Les accusations portées contre nous sont donc dénuées de tout fondement. »
Dans une clarification supplémentaire, le rabbin Cherlow a expliqué que le titre controversé était un jeu de mots maladroit sur le nom du rabbin Avi Zerbib, mais qu’il donnait l’impression erronée qu’un rassemblement visant à « raser Gaza » se tiendrait officiellement dans la yeshiva. « Cela n’avait aucun lien avec nous dès le départ », a-t-il affirmé. « Dès que nous l’avons découvert, nous avons agi immédiatement, de notre propre initiative. »
Cette affaire met en lumière les tensions profondes qui traversent aujourd’hui la société israélienne, notamment autour du discours religieux, de l’armée et de la guerre à Gaza. Elle illustre aussi la sensibilité extrême des mots et des symboles, en particulier lorsqu’ils circulent sur les réseaux sociaux sans cadre institutionnel clair. Pour la yeshiva Orot Shaul, l’enjeu était avant tout de rappeler une règle fondamentale : aucun événement ne peut être attribué à une institution religieuse sans son consentement explicite.







