Une tempête politique, communautaire et judiciaire a éclaté en Israël après la publication d’un communiqué particulièrement virulent du פלג ירושלמי à la suite de la mort de Naftali Tzvi Kramer, 18 ans, décédé lors d’un accident impliquant un autobus sur la route 3533, près du moshav Komemiyut. Selon ce courant haredi radical, les images issues des caméras de l’autobus ne laisseraient « aucun doute » : il ne s’agirait pas d’un accident de la route, mais d’une attaque volontaire par écrasement visant des étudiants de yeshiva qui manifestaient sur l’axe routier.
Dans son communiqué publié mercredi matin, le פלג הירושלמי accuse frontalement la Police israélienne d’« ignorer un meurtre » et va jusqu’à affirmer que « le sang est sur les mains de la police », dénonçant une attitude qu’il qualifie de systématiquement violente et discriminatoire à l’encontre du public haredi. Ces accusations extrêmement graves interviennent alors que l’enquête officielle est toujours en cours.
« Le document vidéo ne laisse aucune place au doute »
Au cœur de la polémique se trouve une vidéo filmée à l’intérieur de l’autobus impliqué. D’après le פלג הירושלמי, ce document visuel prouverait que le conducteur a délibérément dirigé son véhicule vers un groupe de jeunes manifestants, provoquant la mort de Naftali Tzvi Kramer ז״ל, élève de la yeshiva Satmar. Le communiqué décrit une « atteinte directe » et une « mise à mort choquante » d’un jeune de 18 ans, affirmant que la version policière d’un accident ou d’une perte de contrôle serait contredite par les images.
Le mouvement reproche à la police d’avoir publié, quelques minutes seulement après l’incident, un communiqué affirmant qu’il ne s’agissait pas d’une attaque volontaire. « Une réaction automatique, irresponsable et brutale », selon ses termes, qui révélerait « la véritable valeur accordée par la police à la vie humaine lorsqu’il s’agit de citoyens haredim ».
Une attaque frontale contre la police
Au-delà du cas précis, la déclaration du פלג הירושלמי s’inscrit dans un discours beaucoup plus large de défiance envers les forces de l’ordre. Le texte dresse un réquisitoire sévère contre ce qu’il décrit comme un schéma récurrent : violences policières lors de manifestations, usage excessif de la force, gaz lacrymogène, canons à eau, matraques, et traitements humiliants envers des jeunes, des femmes et même des enfants issus du public ultra-orthodoxe.
Le communiqué va jusqu’à comparer ces comportements à ceux de « régimes obscurs », évoquant des images de policiers « étranglant des enfants » ou se livrant à des abus répétés lors de manifestations. Pour le mouvement, la mort de Naftali Tzvi Kramer ne serait pas un incident isolé, mais le point culminant d’un climat où, selon ses mots, « le sang des haredim a été rendu licite ».
Le parquet et le système judiciaire également visés
La colère ne se limite pas à la police. Le parquet et le système judiciaire israélien sont également accusés de porter une responsabilité directe. Le פלג הירושלמי affirme que des décisions judiciaires passées, jugées « indulgentes, absurdes et scandaleuses », auraient envoyé un message dangereux aux conducteurs impliqués dans des affaires similaires : celui d’une impunité de fait lorsqu’il s’agit de victimes haredim.
Le communiqué accuse la justice d’avoir « enterré et étouffé » de nombreux dossiers de collisions mortelles survenues lors de manifestations ces dernières années, affirmant que plusieurs cas récents — y compris au cours des dernières 24 heures — auraient été clos malgré l’existence de vidéos accablantes, parfois même largement diffusées dans les médias.
La position officielle de la police
Face à ces accusations, la position officielle de la police reste, à ce stade, plus mesurée. Les autorités ont annoncé que le conducteur de l’autobus a été arrêté et placé en garde à vue. Il est soupçonné de homicide par imprudence, de causation de mort par négligence et de mise en danger de la vie d’autrui. Il doit être présenté devant un tribunal pour une audience sur la prolongation de sa détention.
La police n’a, pour l’instant, pas requalifié les faits en meurtre volontaire, soulignant que l’enquête est en cours et que l’analyse complète des images, des témoignages et des données techniques est toujours en cours. Elle appelle à la retenue et met en garde contre des conclusions hâtives susceptibles d’enflammer davantage les tensions.
Une fracture profonde et durable
Cette affaire met en lumière une fracture profonde entre une partie du public haredi radical et les institutions de l’État. La mort de Naftali Tzvi Kramer ז״ל est devenue, au-delà du drame humain, un symbole d’un sentiment ancien de persécution et de méfiance. Pour ses proches et pour le פלג הירושלמי, il ne s’agit pas seulement de justice pour un jeune homme tué, mais d’une lutte plus large pour la reconnaissance et la protection de leur communauté.
Dans un climat déjà extrêmement tendu, marqué par des affrontements réguliers entre manifestants haredim et forces de l’ordre, cette affaire pourrait avoir des répercussions durables. Tout dépendra désormais des conclusions de l’enquête officielle, de la manière dont les images seront interprétées par la justice et de la capacité — ou non — des institutions à restaurer une confiance profondément érodée.






