Une crise discrète mais lourde de conséquences semble se dessiner au cœur d’un dispositif stratégique clé installé en Israël. Selon une enquête de Reuters, plusieurs pays européens envisagent sérieusement de réduire, voire de suspendre totalement leur participation au Centre de coordination civilo-militaire (CMCC), le quartier général américain établi à Kiryat Gat. Cette structure, mise en place à l’initiative de l’administration américaine, devait jouer un rôle central dans la supervision du cessez-le-feu à Gaza, la coordination de l’aide humanitaire et la préparation d’un cadre politique pour « l’après-guerre ».
Une absence qui inquiète à Kiryat Gat
Selon le rapport, plusieurs officiers et représentants européens affectés au CMCC ont quitté Israël pour les congés de fin d’année, en décembre 2025. Or, ils ne sont toujours pas revenus à la date prévue, alimentant les interrogations sur l’avenir même de la structure. Dans des échanges diplomatiques non officiels, des responsables européens font état d’un scepticisme croissant quant à la valeur ajoutée de leur engagement dans ce mécanisme piloté par Washington.
Le CMCC a été créé en octobre dernier sous l’impulsion directe de l’administration de Donald Trump, avec la participation de pays européens majeurs tels que Allemagne, France et le Royaume-Uni. L’objectif affiché était ambitieux : offrir une plateforme internationale capable de concilier les impératifs sécuritaires d’Israël avec les exigences humanitaires à Gaza, tout en jetant les bases d’un futur arrangement politique.
Désillusion européenne et frustrations accumulées
Dans la pratique, le bilan est jugé décevant par plusieurs partenaires européens. D’après des diplomates cités par Reuters, l’acheminement de l’aide humanitaire reste limité, les avancées diplomatiques sont quasi inexistantes et, surtout, l’influence réelle des Européens sur la prise de décision est bien inférieure aux attentes initiales.
Cette situation alimente un sentiment d’instrumentalisation : certains responsables européens estiment que leur présence sert principalement à donner une façade multilatérale à un processus largement contrôlé par Washington et Jérusalem. À cela s’ajoute l’absence d’un calendrier clair pour la « phase deux » du plan américain, censée inclure le désarmement des groupes armés et la reconstruction de la bande de Gaza.
Le nœud du problème : l’absence d’horizon politique
Au cœur du malaise européen se trouve une crainte stratégique majeure : la poursuite d’un contrôle sécuritaire israélien sans horizon politique clairement défini. Pour plusieurs capitales européennes, cette situation compromet la capacité à mobiliser un soutien international durable et fragilise la crédibilité même du cadre proposé par l’administration Trump.
À Jérusalem, on observe ces signaux avec préoccupation, tout en martelant que les considérations sécuritaires demeurent non négociables. Des responsables israéliens soulignent que toute évolution politique devra impérativement garantir que Gaza ne redevienne pas une base opérationnelle pour les organisations terroristes.
Le poids du dossier du dernier otage
La crise autour du CMCC se double d’un autre facteur hautement sensible : le sort du dernier otage israélien, le sergent-chef Ran Guiali ז״ל. En Israël, les autorités affirment qu’il est détenu par le Hamas et le Jihad islamique palestinien, et que sa localisation approximative est connue des ravisseurs.
Des sources gouvernementales indiquent que ces informations ont été transmises aux États-Unis par les canaux sécuritaires bilatéraux. Le président Trump lui-même a déclaré récemment : « Nous savons probablement où il se trouve ». Cette affaire continue d’exercer une pression émotionnelle et politique considérable sur les décideurs israéliens, compliquant toute flexibilité diplomatique.
Des frappes ciblées malgré le cessez-le-feu
Dans ce contexte tendu, la réalité sécuritaire sur le terrain reste instable. Ces dernières heures, l’aviation israélienne a mené des frappes ciblées contre des infrastructures terroristes à Deir al-Balah et dans la zone de Bani Suheila. Selon Tsahal, ces opérations visaient des groupes armés ayant violé les termes du cessez-le-feu et cherchant à reconstituer leurs capacités militaires.
Ces actions, bien que qualifiées de « limitées », rappellent la fragilité de l’équilibre actuel et renforcent le scepticisme de certains partenaires internationaux quant à la viabilité des mécanismes de supervision existants.
Une coordination internationale en perte de souffle ?
L’ensemble de ces développements dessine une image préoccupante. D’un côté, une érosion de la confiance entre Washington et plusieurs capitales européennes quant à la gestion du dossier gazaoui. De l’autre, une réalité sécuritaire qui contraint Israël à maintenir une posture militaire ferme, au risque d’alimenter les critiques internationales.
La création de mécanismes internationaux sans résultats tangibles sur le terrain, ni véritable adhésion régionale, laisse planer le doute sur l’avenir du CMCC et, plus largement, sur la capacité de la communauté internationale à influencer durablement la situation à Gaza. Comme l’a rappelé récemment le chef d’état-major Eyal Zamir (dans une déclaration publique), Tsahal ne se retirera pas de Gaza tant que les objectifs stratégiques de la guerre ne seront pas atteints — une décision qui relève toutefois, in fine, du pouvoir politique.
En attendant, Israël limite son action sous une supervision américaine étroite, tandis que les partenaires européens s’interrogent de plus en plus ouvertement sur leur rôle. Une chose est certaine : derrière le calme apparent, le quartier général de Kiryat Gat est devenu le symbole d’un malaise international grandissant, dont les répercussions pourraient façonner la prochaine phase du conflit.






