L’OTAN traverse l’une des crises existentielles les plus graves de son histoire. Cette crise ne vient pas uniquement de menaces extérieures, mais de contradictions internes devenues impossibles à ignorer. Au cœur de ces contradictions se trouve la Turquie. Membre formel de l’alliance atlantique, Ankara adopte depuis plusieurs années une posture idéologique, diplomatique et stratégique de plus en plus incompatible avec les fondements mêmes de l’OTAN.
Une alliance militaire repose sur trois piliers : des intérêts communs, une confiance mutuelle et une vision partagée des menaces. Or, sur chacun de ces points, la Turquie s’en éloigne. Son rapprochement avec l’Iran, sa coopération militaire avec le Qatar, son dialogue stratégique avec la Russie et sa rhétorique ouvertement hostile à Israël créent une dissonance permanente au sein de l’alliance. Cette dissonance n’est plus marginale. Elle est structurelle.
Le problème n’est pas seulement idéologique, il est opérationnel. L’OTAN fonctionne sur la base de la coordination, du partage de renseignements et de la planification collective. Lorsque l’un de ses membres poursuit des objectifs contraires à ceux des autres, la crédibilité de l’ensemble est affaiblie. Comment planifier une dissuasion crédible lorsque l’un des alliés entretient des relations étroites avec des acteurs considérés comme hostiles par le reste de l’alliance ? Comment garantir la sécurité collective lorsque la loyauté stratégique devient conditionnelle ?
La Turquie n’est plus un allié imprévisible, elle est un allié ambigu. Cette ambiguïté est dangereuse. Elle paralyse la prise de décision, alimente la méfiance et réduit la capacité de réaction rapide de l’OTAN. Dans un contexte international marqué par la montée des tensions et la multiplication des crises hybrides, cette fragilité interne constitue un risque majeur.
L’évolution du discours turc à l’égard d’Israël est particulièrement révélatrice. En désignant Israël comme un facteur de déstabilisation régionale et en minimisant, voire en excusant, les actions de régimes ou de groupes hostiles, Ankara se place en contradiction directe avec les intérêts sécuritaires de plusieurs membres clés de l’OTAN. Cette posture dépasse la simple divergence diplomatique. Elle remet en cause la solidarité stratégique.
Pour Israël, cette situation est observée avec inquiétude. Une OTAN affaiblie, divisée et incohérente est moins capable de jouer son rôle stabilisateur. Elle laisse davantage d’espace aux puissances révisionnistes et aux acteurs non étatiques violents. Elle contribue à un environnement international plus chaotique, où les lignes rouges sont floues et les engagements incertains.
La question n’est donc plus de savoir si la présence de la Turquie pose problème, mais si l’OTAN peut continuer à fonctionner efficacement avec un membre qui remet en cause ses principes fondateurs. Une alliance incapable de trancher ses contradictions internes finit par perdre sa raison d’être. Elle devient un cadre vide, incapable de dissuader ou de protéger.
Dans un monde où les rapports de force se durcissent, les alliances doivent être claires ou disparaître. L’OTAN est à un tournant. Soit elle redéfinit ses lignes, soit elle accepte une lente érosion de sa crédibilité. Dans les deux cas, la Turquie occupe une place centrale dans cette équation, non plus comme pilier, mais comme facteur de fragilisation.






